Horace de Saint-Aubin,
auteur du Vicaire des Ardennes.
LE CENTENAIRE, OU LES DEUX BÉRINGHELD

Horace de Saint-Aubin / Le Centenaire, ou les deux Béringheld / Paris; Pollet Libr.-éd.; 1822

TOME QUATRIÈME

CHAPITRE XXV.

Vision de Marianine. — Son état étrange. — Bëringheld à Paris. — Scène au café de Foi. — Toujours le Centenaire.



[{Po 51}] LE lendemain, Marianine pensa toute la journée au plaisir qu'elle aurait si l'inconnu pouvait lui montrer le général. Les idées les plus bizarres se disputaient la place dans son âme.

— Enfin, se dit-elle, ne dois-je pas aller lui rendre la somme {Po 52} que nous lui devons!.. Ce motif et l'espoir la décidèrent...

Aussitôt que la nuit fut venue, Marianine sortit et courut vers l'endroit où le vieillard la conduisait. Elle ne l'y trouva pas, et son désir s'augmenta singulièrement par cette attente ; elle éprouva tous les tourmens de cette espèce de supplice de l'âme.

Enfin, elle entendit la démarche lourde et lente de ce vieillard, elle aperçut indistinctement la vive lumière de ses yeux. Alors, le vague soupçon d'un danger la fit tressaillir, et dès ce moment, elle fut en proie à tous {Po 53} les vertiges d'une peur délirante. (*)


(*) Nous avons essayé de rendre d'une manière plus suivie et plus intelligible, les idées bizarres, les choses incohérentes, et la relation singulière que le général Béringheld écrivit d'après ce que Marianine a retenu. Ce n'est point à nous qu'il faut imputer le vague des expressions, les lacunes d'idées, et l'extraordinaire de ce récit.

( Note de l'Éditeur.)

Marianine sent les mains glacées du vieillard saisir les extrémités de deux de ses doigts; et, par les pores de cette faible partie de son corps, il se glisse un nuage qui s'empare de tout son être, à peu près comme la nuit envahit peu à peu la nature. La {Po 54} jeune fille essaye de se défendre, mais une puissance invisible, irrésistible lui charge les paupières d'un tel poids, qu'elles s'abaissent, et elle ressemble à Daphné qu'une écorce magique vint revêtir. Une douce sensation, immense dans son étendue et suave dans ses détails, inonda Marianine, une fois que, fatiguée d'un vain combat, elle se laissa aller au torrent..... elle succombe.....

Son cerveau, tranquille et rendu inhabile à donner le signal des sensations et à recevoir des idées, ne fait plus sentir son influence morale. La nuit règne sur l'existence de Marianine, et {Po 55} tout ce qui a vie semble s'être retiré...

Pour rendre cet état, elle se servit d'une comparaison presque triviale, mais que nous employerons à cause de sa justesse. Elle se trouvait, au-dedans d'elle-même, dans la situation où l'on est lorsque l'on attend, dans une nuit profonde, les clartés pâles et les effets magiques de la fantasmagorie. On est dans une chambre, devant une toile tendue, les yeux ont beau se fatiguer, ils n'aperçoivent rien; mais bientôt une lueur faible illumine la toile sur laquelle vont se jouer de clairs et de bizarres fantômes {Po 56} qui grossiront, diminueront et s'évanouiront à la volonté du physicien habile.

Mais cette chambre est le cerveau de Marianine, elle se regarde en elle-même, et trouve un néant de couleurs... Au bout d'un temps incertain, une clarté indéfinie commence à poindre, cette lumière a le vague de celle des rêves... Enfin, elle finit par devenir de plus en plus réelle et brillante; et Marianine, sans bouger de sa place, se sent emporter avec une rapidité sans égale, et au milieu de ces sensations de lumière et de voyage, elle aperçoit le vieillard qui ne {Po 57} cesse de l'accompagner, tantôt il disparaît, tantôt il revient à sa vue qui ressemblait à la vue qu'à l'ombre d'un mort, mais toujours elle le sent à ses cotés.

Marianine ne put jamais préciser le temps, puisqu'aucune circonstance humaine n'agissait plus sur elle, mais il arriva un moment où elle perdit de vue le vieillard, et où elle n'eut plus que le spectacle suivant.

A travers un léger nuage diaphane, lumineux, et comparable à une gaze, elle vit une auberge; cette auberge était sur le devant d'une rue. Elle lut au-dessus de la porte : Vanard, {Po 58} aubergiste, loge à pied, à cheval; elle vit l'enseigne : au Soleil d'or; elle monta un escalier grossier, et ouvrit elle-même la porte d'une chambre, au premier, sans que personne lui dise un seul mot, car on ne la voyait pas : elle passait au travers le corps des personnes, sans qu'ils fissent le moindre mouvement. En ouvrant la porte, elle jeta un coup d'œil, par une fenêtre, sur une cour, et vit la berline du général Béringheld : elle vit les armes sur le panneau, et en entrant dans la chambre, elle lança un cri!.... Elle voyait Tullius qui ne se dérangea pas. Alors {Po 59} Marianine, oubliant qu'elle était invisible, se mît à pleurer.

Béringheld était assis sur une chaise, devant une table grossière, il achevait d'écrire une lettre à son intendant. Marianine s'approche, lit la lettre. Tullius ordonnait à son intendant de faire les plus grandes recherches pour retrouver Marianine; il lui donnait des billets pour les ministres de la police, de l'intérieur et de la guerre, afin qu'il fut aidé dans ses recherches. Marianine entendit le bruit du canon.

Tullius l'entendit aussi, il quitta sa lettre, se leva, et, se promenant à grands pas, il {Po 60} s'écria : « Que va devenir la France!.. mon pays!.. n'importe, je t'ai bien payé ma dette, car j'ai délaissé Marianine et son père...»

— Tullius, s'écria Marianine, Tullius!.. elle le serra dans ses bras, et Tullius marchait comme si rien ne le touchait. Marianine couvrit son visage de ses pleurs! Il marchait toujours!.. La jeune fille souffrait le martyre.

A ce moment, Lagloire entra et dit : « Général, il faut partir, l'ennemi s'avance!.. » a

Marianine, comme si la lampe de la fantasmagorie s'éteignait, tomba dans la plus profonde obscurité, et ne vit plus rien. Elle {Po 61} fut replacée dans le même état de vague qui l'avait saisie auparavant. Elle était passive comme le jouet qu'un enfant tourmente.

Elle resta long-temps dans cet état, pendant lequel il se passa les choses les plus bizarres et les plus extraordinaires ; elles sortaient de la classe des choses possibles, mais elle n'en garda point le souvenir. Elle n'eut la mémoire que de l'aspect de Béringheld, et celle de la promesse qu'elle fit au vieillard de venir dans quatre jours – à onze heures du soir, aux environs de l'Observatoire, à l'entrée d'une maison qui se trouvait au milieu d'un {Po 62} grand jardin encombré de ruines et de constructions. Elle aperçut vaguement et le chemin et l'entrée de ce bâtiment, où elle promit, d'une manière immuable, de se rendre.

Il lui resta l'idée vague d'un combat très-rude qu'elle avait soutenu avant de promettre, mais le grand vieillard l'étouffait sous un amas de vapeur, et il triompha. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Marianine avait été rue de l'ouest, à dix heures du soir, le vieillard s'était rendu à onze près d'elle, et à onze heures et demie elle commença à ne plus exister!.... {Po 63} Marianine se réveille en proie à des sentimens indéfinissables. Elle croit se trouver rue de l'ouest à onze heures et demie du soir, il est dix heures du matin!.. et elle est dans son lit, dans sa chambre, chez son père...

Elle ouvre les yeux bien péniblement, elle voit Julie et Véryno assis à son chevet. L'espace de temps qui s'est écoulé entre onze heures et demie, de la veille, et dix heures du lendemain, est retranché de son existence, et elle n'en garde que deux souvenirs.

Elle a vu Béringheld, et elle a promis au vieillard de se rendre, dans quatre jours, à son palais. {Po 64} De plus, elle sent en elle-même une obligation solennelle de ne rien dire de ces circonstances. A chaque instant de la journée, elle voulut instruire son père, mais une puissance invincible retint sa langue captive.

— Tu as bien souffert, ma fille?.. fut le premier oiot de son père.

— Comment vous trouvez-vous ce matin, mademoiselle?... continua Julie.

— Que voulez-vous dire? leur répondit Marianine étonnée.

— Le médecin a cru que tu n'en reviendrais pas, dit son vieux père; liens, regarde, Marianine...

{Po 65} La petite femme, au comble de la surprise, contempla son père, et vit ses yeux gonflés et encore rouges des pleurs qu'il avait versés. Elle se mit à rire ; et, ce rire franc et plein de jeunesse, de force et de santé, loin de rassurer le vieillard, l'épouvanta. Il fit signe à Julie, et Julie de son côté : tressaillit; ils crurent que Marianine devenait folle.

Enfin, on lui apprit que le matin, vers une heure, elle était rentrée, les yeux fixes, la langue tellement glacée, qu'elle n'avait pas prononcé une parole ; qu'elle ne répondit rien à toutes les questions qu'on lui fit ; qu'elle {Po 66} se coucha d'une manière machinale, et comme si elle eût été seule, quoiqu'en présence de son père qu'elle ne voyait pas ; qu'alarmé d'un pareil état, on avait été chercher un médecin qui venait de s'en aller, après avoir prononcé qu'aucun secours humain ne pouvait la tirer d'un état dont il n'existait pas d'exemple dans les annales de la médecine; qu'à chaque fois que le médecin, Julie ou son père l'avaient touchée, elle murmurait sourdement un cri plaintif...

Marianine ne conçut rien à un pareil récit, et au grand étonnement de son père et de Julie, elle {Po 67} se leva, et ne parut aucunement indisposée. . . . . . . . .



[filet orné]



Béringheld et Lagloire se trouvaient, en efiet, dans un village aux environs de Paris. Le général, apprenant les événemens de Fontainebleau et l'abdication de Bonaparte, monta dans sa berline, et se rendit à Paris.

Nous allons laisser le général Béringheld, dans son hôtel, désolé de ne pas retrouver Marianine et son père; ayant envoyé en Suisse pour savoir par où ils avaient passé pour revenir en France, etc. Nous abandonneronsaussi la tendre Marianine, qui ne cesse de {Po 68} penser à son amant, qui apprend par les journaux qu'il vient d'arriver à Paris, et qui jure de ne pas faire un seul pas pour aller à sa rencontre. La fierté de Marianine s'était accrue pendant ses malheurs : cependant, des larmes coulent sur ses joues, quand elle pense à ce jour de joie et de bonheur, ce jour, où elle revit Béringheld revenant d'Espagne. — Je pouvais, disait-elle, aller au devant de lui! alors, j'étais dans un magnifique landau, fille d'un préfet, riche!.. maintenant, je suis pauvre, fille d'un proscrit, c'est à lui de venir!. . . . . . . . . .



[filet orné]



{Po 69} Un soir (*), au Palais-Royal, et dans un coin du café de Foy, sept à huit personnes étaient réunies au tour de deux tables de marbre sur lesquelles erraient des demi-tasses vides et des soucoupes dans lesquelles il restait quelques morceaux de sucre.


[*) On verra comment ce fragment, qui doit être naturellement placé dans cet endroit, a pu parvenir a la connaissance du général, dans les manuscrits duquel nous avons puisé ce renseignement.

( Note de l'Éditeur.)

— Il est singulier, dit un petit homme en mettant dans sa poche les restes de son sucre; il est même étonnant que le gouvernement {Po 70} n'ait pas fait des recherches sur des choses aussi étonnantes : des faits semblables méritent son attention...

— Monsieur, répondit un homme de figure blême, il y a long-temps que cette science est connue, et, tout ce que vous trouvez de si extraordinaire, résulte de cette même science, qui demande des esprits capables de s'adonner tout entiers à la connaissance de la nature ; mais il y a long-temps que, dans un de mes ouvrages, j'ai signalé ce qui vous étonne, et j'ai moi-même été témoin d'expériences curieuses.

Les cinq autres personnes {Po 71} hochèrent la tête en signe de désapprobation de ce discours, et la victoire demeura au petit homme incrédule, qui s'écria :

— Rêveries, mon cher monsieur; j'ai connu Mesmer et son baquet, mais il faut reléguer cela avec les magiciens du 15e siècle, avec les feseurs 1 d'or potable, avec les alchimistes, l'astrologie judiciaire, et je ne sais combien de prétendues sciences, dont les fripons abusent pour tromper d'honnêtes propriétaires.... et, le petit homme s'échauffant, continua : C'est comme les rose-croix qui cherchaient le secret de la vie humaine...

{Po 72} A ces mots, un grand vieillard qui n'avait pas prononcé une seule parole depuis le commencement de la soirée, parut se mouvoir. Il était placé dans l'angle même ; comme il était assis sur un tabouret extrêmement bas, il dissimulait sa grande taille, et semblait de niveau avec tous les autres : son chapeau lui tombait sur les yeux. Quand il vint chercher une place, il ne fut pas remarqué au milieu de la foule dont le café était inondé ; mais, lorsqu'il s'assit, chacun des habitués du groupe le considéra en tâchant vainement de se rendre compte de l'ampleur {Po 73} extraordinaire de ses vêtemens. Les vieillards se regardèrent, comme pour se consulter, mais l'inconnu, le nez enseveli dans sa redingotte, parut sommeiller après avoir pris un demi-bol de punch ; alors l'on ne s'occupa plus de lui.

On commença par parler des derniers événemens politiques, mais, la conversation s'épuisant, l'on en était venu à parler des progrès des sciences, et entr'autres de la chimie qui s'avançait d'une manière effrayante, etc.

— Y a-t-il, disait le petit rentier habillé de noir, y a-t-il un seul rose-croix, un seul faiseur {Po 74} d'or, un astrologue, un alchimiste, qui ait avancé d'une ligne le magnifique édifice des sciences humaines, et, cependant, combien d'honnêtes propriétaires et rentiers ont-ils abusé!.

Le vieillard, arrêtant le bras de l'homme à figure pâle par un mouvement b presque despotique, se tourna vers le petit rentier ; et ces dispositions, de la part de l'étranger silencieux, attirèrent l'attention du cercle, qui devint muet et attentif.

— Monsieur, votre figure ronde annonce un propriétaire, et le peu de saillie des signes de votre visage, indique que les sciences {Po 75} ne vous ont pas exclusivement occupé! avouez que les soins et l'entendement de certains propriétaires, bourgeois de cette ville, qui n'ont pas été plus loin que Montargis, ne va pas au delà de la conduite d'un procès, pour le mur mitoyen de leur maison du marais; car vous y demeurez, n'est-ce pas? et avant dix heures vous serez rentré... alors, mon cher monsieur, avouez qu'il est au moins inconsidéré à eux de vouloir parler des sciences? ils barbotent dans cette vaste mer, et s'y trouvent comme un batelier d'eau douce dans la mer du Spitzberg, ou plutôt, ils ressemblent {Po 76} à ce rat de la fable, qui prenait une taupinée 2 pour les Alpes.

A ce début, aux accens magiques de la voix cassée de ce vieillard, il y eut plusieurs savans qui vinrent se joindre au groupe des vieux habitués : plusieurs s'accoudèrent, et l'on écouta l'étranger sans faire attention aux gestes de mécontentement du petit propriétaire.

— Monsieur, vous avez osé parler des rose-croix, ainsi que d'une science que l'on méprise en ce moment, et vous en avez parlé avec ce dédain des gens qui n'ont rien approfondi. Quant aux {Po 77} rose-croix... n'est-ce rien que de se hasarder dans une science qui a pour but de rendre la vie de l'homme plus longue, et presqu'éternelle? de rechercher ce qu'on nomme le fluide vital?...

Quelle gloire pour un homme de le découvrir, et au moyen de certaines précautions, d'acquérir une vie aussi durable que le monde. Le voyez-vous, thésauriser les sciences, ne perdre rien des découvertes particulières, poursuivant avec constance, sans cesse, et toujours, des recherches sur la nature; s'emparant de tous les pouvoirs; parcourant tout le globe, le connaissant dans {Po 78} ses plus petits détails; devenant, à lui seul, les archives de la nature et de l'humanité : se dérobant â toutes les investigations, en se réfugiant dans tous les pays : libre comme l'air, évitant les poursuites, par une connaissance exacte des lieux, des souterrains sur lesquels les villes sont assises. Tantôt, revêtant les haillons de la misère, et, le lendemain, prenant le titre d'une maison éteinte et voyageant dans une voiture magnifique ; sauvant la vie des bons, et laissant mourir les méchants : un tel homme remplace le destin, il est presque Dieu!.. il a dans sa main tous les secrets {Po 79} de l'art de gouverner, et les secrets de chaque état. Il apprend enfin à quoi s'en tenir sur les religions, sur l'homme et sur les institutions.. il regarde les vains débats de cette terre comme du haut d'un nuage, il erre au milieu des vivans, comme un soleil : enfin, il traverse les siècles sans mourir.

A cette idée, le vieillard se haussa un peu, son chapeau se dérangea, et les auditeurs commencèrent à chanceler en eux-mêmes; la main desséchée du vieillard faisait des mouvemens significatifs, qu'ils tremblaient d'interpréter.

— Croyez-vous, dit le colossal {Po 80} vieillard en se redressant, que les sacrifices coûtent pour une pareille existence, et s'il faut en faire de cruels, qui de vous ne les oserait?...

A cette question, les auditeurs se sentirent en proie à une horreur indéfinissable.

— Et si un homme a trouvé ce fluide vital, pensez-vous qu'il soit assez simple pour le dire?.. il en profitera dans le silence, il tâchera d'échapper aux regards des hommes d'un jour; il regardera couler le fleuve de leur vie, sans chercher à en faire un lac. Fontenelle 3 me disait que s'il avait la main pleine de vérités, il la {Po 81} tiendrait fermée, il pensait juste... Ecoutez-moi, monsieur? dit-il au petit propriétaire : l'avant-dernier rose-croix vivait en 1350, c'était Alqeufather l'Arabe, le dernier grand-maître de l'ordre : il trouva le secret de la vie humaine dans le souterrain d'Aquila, mais il mourut pour n'avoir pas su ménager le feu de sa cornue. Depuis, que de pas a fait la science, en marchant avec cette science que vous méprisez, et avec la vraie médecine!....

A ces mots, le grand vieillard s'arrêta; et, regardant l'assemblée étonnée, il fit le geste d'un homme qui s'aperçoit d'une faute qu'il {Po 82} commet, et que son adversaire ne voit pas encore. Alors, le vieillard se leva, sa taille gigantesque, la grosseur de ses os, parurent, et chacun crut voir sa tête et son front d'airain menacer le plafond. Il lança aux assistans un coup d'œil qui les plongea dans une terreur involontaire, par l'impassible rigueur du filet de lumière qui partait de ses yeux creux. Chacun crut avoir reçu en lui-même un éclair du tonnerre des cieux.

L'inconnu s'en alla lentement, et ceux qui purent être témoins de sa démarche, conçurent l'idée de l'alliance bizarre de la vie et {Po 83} de la mort, composant une hideuse construction humaine qui tienne également de tous deux. Il disparut comme une ombre fantasmagorique qui s'évanouit, et l'étonnement régna dans le café. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

CHAPITRE XXIV CHAPITRE XXVI


Variantes

  1. nous ajoutons le guillemet manquant dans {Po}
  2. nu mouvement {Po} nous corrigeons

Notes

  1. feseur : « orthographe que quelques auteurs suivent pour faiseur » (Littré)
  2. taupinée : terme dont le sens de taupinière est vieilli.
  3. Fontenelle vécut presque centenaire : il mourut à un mois de ses cent ans.