M. A. DE VIELLERGLÉ,
AUTEUR des DEUX HECTOR ET DE
CHARLES POINTEL
,
ET LORD R'HOONE.

L'HÉRITIÈRE
DE
BIRAGUE,
HISTOIRE TIRÉE DES MANUSCRITS DE DOM RAGO,
EX-PRIEUR DE BÉNÉDICTINS,
MISE AU JOUR PAR SES DEUX NEVEUX


A. de Viellerglé et lord R'Hoone / L'Héritière de Birague / Paris; Hubert Libr.; 1822

TOME TROISIÈME.

CHAPITRE IV

Et le caporal Trim entra fièrement, tenant
à la main la paire de bottes transformée en
deux mortiers qui devaient servir pour assiéger
Dunkerque.
        (Sterne, Tristram Shandy.)

[{Hu 88}] LE sénéchal, furieux du renversement de ses projets de famille, quitta son fils, dont il s'efforçait de calmer la colère, pour se rendre à l'appartement de son frère. L'entrée ne lui en fut point accordée, et malgré ses vives instances, Christophe vint lui annoncer que le comte était hors d'état de recevoir qui que ce fût. Le sénéchal jura alors, au nom de Thémis et de ses nobles aïeux, que jamais il n'oublierait ce double affront. Plein de ressentiment, il descendit dans les cours du {Hu 89} château, et ordonna à ses gens de se tenir prêts à quitter Birague dans deux heures.

Pendant que le sénéchal se livrait à sa colère autant qu'un homme de robe pouvait décemment le faire, le capitaine de Chanclos s'était emparé de d'Olbreuse, et s'efforçait, depuis une demi-heure, de calmer les transports violens qui l'agitaient. Ses efforts furent infructueux. Il semblait, au contraire, que la colère du chevalier augmentait en raison des obstacles qu'on voulait mettre à la vengeance qu'il prétendait tirer de Villani. L'ami de Vieille-Roche qui avait parfois du bon sens, et cela n'arrivait jamais que lorsqu'il était entre deux vins, conseilla à Pofficier de Chanclos d'avoir l'air de servir les projets du jeune gentilhomme, et de se rendre ainsi maître d'en diriger le {Hu 90} cours. Le capitaine trouva cet avis fort raisonnable, et résolut d'en profiter. En conséquence, il se mit à crier et à menacer Villani vingt fois plus haut que d'Olbreuse, et il fut le premier à engager ce dernier à monter à l'appartement du marquis italien, se promettant bien de ne laisser pousser les choses que jusqu'au point où elles devaient aller. D'Olbreuse se voyant libre, arriva en deux bonds à la porte du marquis; il fut suivi de l'officier de Chanclos, qui marchait à sa suite avec toute la gravité d'un médiateur. Pour de Vieille-Roche 1, il resta un peu en arrière, s'occupant des moyens qui pouvaient contribuer à la réussite des desseins de ses amis.

Arrivé à la porte de l'appartement du marquis, d'Olbreuse y frappa violemment. « Un peu de sang-froid, mon petit {Hu 91} chevalier, dit le capitaine; » et il se mit à frapper lui-même avec une modération remarquable pour la circonstance. Le calme du capitaine n'amena pas un résultat plus satisfaisant que la turbulence d'Adolphe, et la porte du marquis de Villani ne s'ouvrit toujours point. D'Olbreuse, irrité par la conduite de son rival, redoubla le bruit qu'il faisait. L'officier de Chanclos ne fut pas long-temps sans partager l'indignation de son jeune ami, et il finit par s'irriter autant et même plus que lui de ce qu'il appelait l'impertinence italienne. Il s'empare donc du bouton de la porte, et la secoue si vigoureusement, qu'elle eût certainement sauté hors de ses gonds, si, par les soins de Robert, toutes les portes et armoires du château n'eussent été à l'épreuve de l'effraction.

De Vieille-Roche, de l'arrière-garde {Hu 92} où il était placé, entendant le vacarme causé par l'attaque furibonde d'Adolphe et du capitaine, se douta que les confédérés avaient besoin de secours, et il se mit en devoir de leur en porter. En guerrier habile, il ne voulut point s'avancer sans être assuré de ses derrières 2, et sans avoir créé des magasins remplis de munitions de guerre et de bouche. En conséquence, il plaça en sentinelle avancée l'animal à deux pieds, deux mains et figure humaine, que le capitaine avait décoré du titre pompeux de son piqueur; puis, ayant eu le soin de se munir de deux excellentes bouteilles de vin et d'un énorme bâton, il s'avança résolument au secours de ses alliés. « Hé! de par saint Henri, patron de mon invincible maître, s'écria l'officier de Chanclos en s'adressant {Hu 93} à de Vieille-Roche, que signifie l'équipage où je te vois?......

— Cela signifie, mon ami, répondit le prudent gentilhomme, que jamais siége n'a pu être conduit sans munitions de guerre et de bouche. — Voilà donc pour toi et ton jeune parent, dit-il en remettant dans les mains de Chanclos l'énorme bûche dont il s'était chargé, et voici pour moi, ajouta-t-il en montrant les deux flacons qu'il tenait embrassés.... Allons, allons, mes amis, que chacun fasse son devoir, et en avant... »

En achevant cette énergique exhortation, de Vieille-Roche porta à ses lèvres un des deux flacons, et but à longs traits la liqueur vermeille dont la vertu est de donner du courage aux poltrons, de l'esprit aux sots, de la tendresse aux égoïstes, de la douceur aux dévots, de la générosité {Hu 94} aux avares, et aux femmes ce qui ne tarde pas à leur manquer. Chanclos et d'Olbreuse, pendant que de Vieille-Roche prenait ainsi des forces pour eux, avaient porté tous leurs soins à forcer l'entrée de l'appartement du marquis, auquel ils se promettaient bien de faire un mauvais parti. De Vieille-Roche les encourageait, leur disant que toutes les précautions étaient prises pour que personne ne pût venir les troubler dans le siége qu'ils entreprenaient. « Courage, mes amis, leur disait-il; bientôt nous tiendrons ce marquis d'Italie, et nous le condamnerons, en vertu de ce qu'il vous plaira lui imposer pour votre satisfaction personnelle, à ne boire que de l'eau pendant six mois... Quel bon tour si nous l'attrapons! mais aussi quelle honte et quelle nuée de brocards tomberont sur nous si nous le laissons échapper!.... »

{Hu 95} D'Olbreuse, brûlant d'amour et de jalousie, fut tout-à-fait insensible aux considérations que de Vieille-Roche ne présentait pas aussi naïvement qu'on aurait pu le croire; l'honnête messire y entendait malice. Quant à Chanclos, pointilleux et soldat, le ridicule et le point d'honneur avaient beaucoup d'empire sur son âme; aussi les paroles de son ami lui firent-elles mettre de l'amour-propre à n'avoir pas le démenti de l'entreprise. Ainsi donc d'Olbreuse, par amour et par jalousie, le capitaine par point d'honneur, et de Vieille-Roche par compagnie, travaillaient de concert à pénétrer dans l'appartement où, selon toutes les apparences, le marquis se tenait caché. La porte céda enfin à tant d'efforts réunis, et les vainqueurs entrèrent chez Villani en poussant des cris de triomphe. Maîtres du fort {Hu 96} de l'ennemi, les confédérés s'avancèrent en bon ordre. De Vieille-Roche continua de faire l'avant-garde a, non qu'il eût peur, mais parce que sa plus grande affaire n'était pas de se battre avec Villani, mais bien de garder un juste équilibre, chose plus difficile qu'on ne pense, quand on a bu huit bouteilles de vin dans sa matinée.

Une fois maître de la place, il fallait s'emparer de la garnison; c'est de quoi s'occupèrent d'Olbreuse et le capitaine : ils firent une perquisition exacte dans toutes les pièces, et eurent le désappointement de ne rien trouver : une échelle posée à l'une des fenêtres de l'appartement leur prouva clairement que le marquis s'était évadé par là, à l'aide d'intelligences qu'il avait formées au dehors. C'était le cas, ou jamais, de tenir un conseil de {Hu 97} guerre; il s'assembla donc, et la parole fut à Chanclos, qui s'en empara... « Il est évident, dit gravement le bon capitaine, que le marquis s'est échappé.

— Cela est évident, répéta de Vieille-Roche. »

L'évidence de la fuite de Villani ainsi démontrée, Adolphe se mit à jurer comme un mahométan; et vous savez qu'un mahométan jure davantage et plus long-temps que ne le peut faire un chrétien catholique, apostolique et romain, et cela par trois raisons; la première, parce qu'un mahométan n'est pas un chrétien catholique, etc.; la seconde, parce qu'un mahométan a l'âme plus dure que celle d'un chrétien romain; et la troisième enfin, la meilleure, parce qu'un mahométan a les organes bien plus propres aux juremens qu'un chrétien apostolique, etc.

{Hu 98} — Un peu de modération, ventre saint gris, dit Chanclos en s'efforçant de calmer l'exaspération du jeune amant; tout n'est pas encore perdu, et il reste peut-être quelque espoir....

— Oui, il reste peut-être quelqu'espoir, répéta de Vieille-Roche en portant à ses lèvres, et l'un après l'autre, les flacons auxquels il avait parlé trop souvent durant le siége pour pouvoir en obtenir une réponse satisfaite en ce moment....... Non, mon ami, ajouta-t-il en regardant piteusement le capitaine, il n'y en a plus.

— Par saint Henri, de Vieille-Roche, ne dis donc pas ce que tu dis. ...

— Il est certain que cela est cruel à entendre. Cependant, comme un homme d'honneur ne transige point avec la vérité, je dois déclarer hautement que tout est fini.

{Hu 99} — Pour d'Olbreuse!.......

— Pour d'Olbreuse comme pour toi, mon cher Chanclos, car les deux bouteilles sont vides.

— Que le diable t'emporte avec tes deux bouteilles; il s'agit bien de cela, vraiment!.....

— De quoi peut-il donc être question? demanda de Vieille-Roche avec l'air de l'effroi le plus visible.....

— Des moyens, reprit le capitaine, qui peuvent nous conduire à rejoindre cette couleuvre d'Italie qui glisse toujours des mains au moment où l'on croit la saisir..... Je vous disais donc, mes amis, que j'avais l'espoir... »

En ce moment, la sentinelle placée par le prudent de Vieille-Roche poussa le cri d'alarme, et se replia sur le gros de l'armée; elle ne tarda pas à être suivie de {Hu 100} deux guerriers dans les personnes desquelles le capitaine reconnut son gendre Montbard et le sénéchal de Bourgogne.

— Eh bien! qu'y a-t-il, mon gendre? l'ennemi manœuvrerait-il sur nos derrières?.....

— Précisément, capitaine; car le marquis Villani est en ce moment chez la comtesse. Je puis même ajouter que c'est à sa considération qu'elle a chargé d'une commission fort désagréable pour vous un domestique qui s'en serait déjà acquitté, si je n'eusse réclamé l'honneur de l'ambassade, afin de ne pas rendre publiques les dissensions qui séparent les membres d'une même famille.

— Parlez, mon gendre; que chante ma fille?

— Elle ne chante pas, capitaine; elle vous prie seulement de sortir de son château {Hu 101} le plus tôt possible, vous, d'Olbreuse et M. de Vieille-Roche.

— Par l'aigle du Béarn, l'impudente aurait osé......

— Rien n'est plus vrai, capitaine, reprit le sénéchal. Votre fille vous donne une heure pour sortir de ses domaines; et je crois même que si la chose avait été possible, elle m'aurait prié de quitter le château de mes pères. Quoi qu'il en soit, j'en sortirai bientôt, mais volontairement, ajouta-t-il avec toute la fierté des Morvan.

— Par l'aigle du Béarn, s'écria Chanclos, transporté de colère, je jure que je vais laver comme il convient la tête de mon insolente fille.....

— Croyez-moi, mon cher capitaine, dit Montbard en retenant son beau-père, il vaut mieux quitter ces lieux sans {Hu 102} donner à la valetaille du château la comédie à nos dépens b.

— Oui, cela vaut beaucoup mieux, ajouta le sénéchal.

— Cela vaut beaucoup mieux! répéta de Vieille-Roche en poussant un soupir qu'il accordait à la cave de Birague; cela vaut beaucoup mieux.... »

Le capitaine, qui avait beaucoup d'estime et d'amitié pour son gendre, et une grande considération pour la personne du sénéchal, se décida à se conduire par leurs conseils. Il ordonna donc à son domestique de seller le fidèle Henri, et annonça à Montbard qu'il allait quitter le château à l'instant.

« Je vous suivrai bientôt, capitaine; car vous sentez parfaitement qu'après la conduite de la comtesse envers vous et {Hu 103} d'Olbreuse, je ne puis consentir à prolonger mon séjour en ces lieux. »

Le capitaine approuva beaucoup le plan de conduite de son gendre. Il l'embrassa en lui jurant énergiquement qu'il le trouvait le plus brave gentilhomme de l'Europe; puis, ayant salué le sénéchal et serré la main de d'Olbreuse, il descendit l'escalier en sifflant à tue-tête la fanfare de son invincible maître. Henri, tout bridé, attendait son inséparable cavalier; l'officier de Chanclos l'enjamba lestement, et traversa fièrement les cours de Birague au trot de son vieux destrier. De Vieille-Roche suivait l'oreille basse; il réfléchissait en lui-même à la fatalité qui, le poursuivant toujours, ne lui avait jamais permis de prendre racine dans une maison riche et décente.

Tandis que Chanclos quittait Birague, {Hu 104} le sénéchal, d'Olbreuse et Montbard étaient encore dans l'appartement du marquis. Le sénéchal, dont la fierté était tempérée par la prudence, avait laissé Chanclos, et surtout Vieille-Roche, s'éloigner avant de faire part à son fils des exhortations qu'il croyait devoir lui adresser. Aussitôt qu'il se vit seul avec Montbard et lui, il se tourne vers le chevalier, et lui dit d'un ton presque solennel :

« Mon fils, il m'est impossible d'approuver votre conduite d'aujourd'hui, surtout en ce qui concerne l'espèce d'association que vous aviez pour ainsi dire formée avec le capitaine de Chanclos et son ami de Vieille-Roche. Adolphe, est-ce ainsi que l'héritier de mon nom, le futur comte de Morvan devrait se conduire?......

— Mais, mon père, je devais et je dois encore......

{Hu 105} — Vous devez m'écouter, monsieur... Croyez-vous, jeune tête légère, connaître mieux que moi la conduite qu'il faut tenir en cette circonstance?..... Convient-il au rejeton des Mathieu de compromettre son rang et son honneur en se mesurant avec un obscur étranger sans rang et sans honneur?...... Monsieur, je vous défends, au nom de toute l'autorité que le ciel m'a donnée sur vous, et de toute l'amitié que vous devez à un père qui a toujours été plus votre ami que votre père, de vous compromettre davantage avec le vil intrigant qu'on vous préfère.... Renoncez, en un mot, et pour toujours, ou à votre père, ou à la fille de Mathilde de Chanclos.

— Mon père......

— Choisissez......

— J'en mourrai peut-être, mais je {Hu 106} n'hésite pas. Mon père, je suis prêt à vous suivre.

— Bien, d'Olbreuse, bien, mon cher fils..... Partons donc...... Marquis de Montbard, recevez nos adieux... J'espère vous posséder, vous et votre charmante femme, quelques jours à Dijon, et à mon château d'Olbreuse. »

A ces mots, le sénéchal tendit la main à Montbard, et lui renouvela son amicale invitation. Pour d'Olbreuse et Montbard, ils s'embrassèrent plusieurs fois, et à la vue même de Robert, qui parut en ce moment au bas de l'escalier. Le jeune chevalier, en serrant son ami dans ses bras, lui fit promettre tout bas de ne pas le laisser manquer de nouvelles d'Aloïse. Cette dernière prière faite, le sénéchal et son fils quittèrent l'heureux époux d'Anna, et descendirent dans les cours,} où leurs chevaux les attendaient. Quand ils passèrent devant Robert, qui était placé au bas de l'escalier, le vieux serviteur des Morvan s'inclina en silence; et, après avoir jeté autour de lui un regard de défiance, il s'empara des mains du sénéchal et de d'Olbreuse, les porta à ses lèvres, et y déposa même une larme.

« Brave homme, dit le sénéchal attendri par l'action du bon intendant, puisses-tu vivre long-temps et heureux dans la demeure de mes pères!

— O, monseigneur! répondit Robert, si telle est votre volonté, que le ciel l'accom plisse : cependant j'ose assurer monsieur le baron, que si je n'avais pas quoique espérance de voir le calme renaître dans ce château je formerais des vœux contraires à ceux qu'il a la bonté de faire pour moi. Oui, monseigneur, j'aurai trop {Hu 108} vécu du moment que mes pauvres yeux verront le malheur d'un Morvan.... Courage, mon jeune maître, ajouta-t-il en s'adressant à Adolphe; il y a une providence dans le ciel pour tous les hommes, et il y en a de plus une pour vous seul sur la terre. »

En achevant ces mots, Robert s'éloigna aussi rapidement que pouvait le permettre la dignité de la charge dont il était revêtu.

« Mon père, dit Adolphe, avez-vous entendu les paroles du vieux Robert?

— Oui, mon ami.......

— Ne trouvez-vous pas qu'il y a dans tout ce qu'il a dit une sagesse vraiment étonnante?...

— Jeune fou, reprit le sénéchal en montant à cheval, les passions, si je n'y prenais garde, t'entraîneraient aussi vite {Hu 109} que nos coursiers...... Adieu, tours de Birague, ajouta-t-il en élevant la voix; vous ne reverrez jamais le sénéchal de Bourgogne dans vos murs tant qu'ils seront souillés par la présence de cette Mathilde.....

— Fasse que le vent emporte ce serment! dit d'Olbreuse tout bas, et fasse qu'Aloïse m'aime toujours! ajouta-t-il encore plus bas. Pressant alors son coursier, il se mit sur les traces de son père, et perdit bientôt de vue les masses romantiques de Birague.....

Le capitaine avait bien quitté le château de son gendre, mais non les environs. Il aperçut le sénéchal, d'Olbreuse et leur suite traverser la campagne au grand galop de leurs montures. « Ha, ça, de Vieille-Roche, attention!....

— Attention, mon ami!

{Hu 110} — Veux-tu me servir?

— Oui, mon ami.

— Mais tu ne connais pas mes projets?

— C'est égal, mon ami, je les approuve.

— Apprends donc que je veux tenir le château de Birague étroitement bloqué.

— Ha, ha, mon ami! bloqué!

— On nous a chassés du dedans; eh bien, investissons les dehors.

— Ho, ho! les dehors!...

— Pour cela, campons ici jusqu'à ce que Villani tombe dans nos mains, et soit étrillé de manière à perdre le goût du mariage.

— Hé!... hé!... le goût du mariage!... Mais, mon cher Chanclos, je pense à une chose importante. Tu sais par expérience, et je te l'ai même prouvé tout-à-l'heure au siége de l'appartement du marquis, {Hu 111} on ne prend point une place sans munitions de bouche.

— Je t'entends..... Du pain, des jambons et deux cents bouteilles de vin seront mis à la disposition de l'armée assiégeante.

— Deux cents bouteilles! ce n'est guère!...... N'importe; il n'est aucune privation que je ne consente à m'imposer pour te rendre service....... Etablissons donc notre quartier-général dans le premier cabaret; et vienne l'ennemi quand il voudra, je l'attends de pied ferme.

— De pied ferme! cela est important, de Vieille-Roche.

— Sois tranquille; il n'y a que deux cents bouteilles.

CHAPITRE III CHAPITRE V


Variantes

  1. avant-garde {Hu}, confusion involontaire pour arrière-garde
  2. à n osdépens {Hu} (nous corrigeons)

Notes

  1. Pour a ici le sens de quant à que reconnaît l'édition de 1798 du Dictionnaire de l'Académie Françoise, tout en le réstreignant apparemment à « pour moi, vous, pour lui ». La 6ème édition, de 1835, maintient ce sens sans le restreindre.
  2. s'être assuré de ses derrières: tant l'édition de 1798 du Dictionnaire de l'Académie Françoise, que celle de 1835, ne connaissent pas l'expression assurer ses arrières. Celle de 1835, généralement plus développée, donne bien derrières: « se dit au pluriel, en termes de Guerre, Des derniers corps d'une armée en marche ou en bataille; et Du côté auquel l'armée tourne le dos, ou Du pays qu'elle laisse derrière elle. Il fondit sur les derrières de l'ennemi. Les derrières de l'armée. Un marais couvrait, protégeait ses derrières. Assurer ses derrières » (nous soulignons).