M. A. DE VIELLERGLÉ,
AUTEUR des DEUX HECTOR ET DE
CHARLES POINTEL
,
ET LORD R'HOONE.

L'HÉRITIÈRE
DE
BIRAGUE,
HISTOIRE TIRÉE DES MANUSCRITS DE DOM RAGO,
EX-PRIEUR DE BÉNÉDICTINS,
MISE AU JOUR PAR SES DEUX NEVEUX


A. de Viellerglé et lord R'Hoone / L'Héritière de Birague / Paris; Hubert Libr.; 1822

TOME QUATRIÈME.

CHAPITRE PREMIER.

............... Levis una mors est
                virginum culpæ

                  HORACE.

.........................................
Et mourir une fois est un léger supplice
    pour les grands criminels.
                ANONYME.

[{Hu 5}] L'ÉTONNEMENT était peint sur tous les visages, mais il fit place à la frayeur lorsqu'on aperçut le comte à demi renversé sur l'autel, et qui, pâle, les cheveux {Hu 7} hérissés, promenait son œil noir sur toute l'assemblée, avec le triste sourire d'un homme presque aliéné.

Cette attitude convulsive d'un criminel, son regard éloquent de souvenirs, contrastaient avec le flegme du prêtre dont le front vénérable était levé vers les cieux qu'il implorait. Chacun, comme poussé par l'accent terrible qui accompagnait l'ordre du comte, abandonna la chapelle antique des Morvans dans le plus grand silence.

La comtesse voulut parler; mais un geste de son mari l'en empêcha; elle sortit; Aloïse la suivit; la jeune fille se trouvait si heureuse d'échapper au supplice d'unir son sort à Villani, que le bonheur présent lui semblait le gage assuré d'une félicité future; tant la jeunesse est oublieuse!... Après lé départ de la comtesse, {Hu 7} des groupes de gens inquiets se formèrent dans les cours, et l'on s'y entretint de ce qui venait d'arriver.

Robert fut le dernier à s'en aller. Le comte, en voyant les cheveux blanchis de son vieux serviteur qui passait entre les piliers comme une ombre légère, conçut les soupçons naturels à un criminel qui croit sa honte connue par tout ce qui l'environne : il s'écria d'une voix sévère :

« Restez, Robert, et venez près de moi.... »

Le vieillard chemina à pas lents, comme pour se donner le temps de la réflexion. Le comte quitta l'autel, et regarda Robert avec une expression terrible; il sembla craindre de l'interroger.

« Vous êtes toujours sur mes pas, » dit-il enfin. Le conseiller privé, voyant {Hu 8} l'orage, se contenta de s'incliner. Le comte, se retournant encore, répéta :

« Vous êtes à la piste comme un renard...

— Monseigneur, je le dois, et....

— Taisez-vous!.... » Morvan croisant ses bras, le fixa un moment, en cherchant à lire dans son âme :

« Puisque vous êtes si savant..... » Le comte s'arrêta de nouveau, et Robert, fort heureusement, se garda d'expliquer tout ce que ce mot lui suggérait de contentement; car Mathieu XLVI, s'avançant brusquement, lui présenta le fatal anneau, en disant d'une voix altérée :

« Savez-vous quel est cet anneau?....

— Par saint Mathieu, si je le connais! s'écria Robert avec l'effroi le mieux joué: hélas! comment se fait-il que j'aie été intendant vingt ans, et conseiller trois jours sous un Mathieu qui n'avait pas le {Hu 9} véritable anneau des comtes de Morvan?.... eh! d'où peut-il venir? ajouta-t-il d'un air ingénu.

— Vieux fourbe, c'est ce que je té demande!..... Vous avouez donc le connaître, Robert? ajouta le comte d'un ton plus calme.

— Oui, monseigneur, et sans le voir je puis dire que la pierre sur laquelle sont gravées les véritables armes des Morvan, a dix lignes de large sur dix-huit de long; que c'est la plus belle onyx de l'Europe, et que la devise : Mort à qui m'arrête est au bas de l'écusson. »

Le comte, sans écouter ce que prononçait avec emphase le ruse conseiller, jetait sur lui un regard observateur que la physionomie naïve de Robert mit en défaut...... Charmé, malgré sa terreur, d'acquérir une espèce de preuve, qu'au {Hu 10} moins son intendant ne savait que bien peu de chose de ses secrets, il lui dit avec bonté: « Allons, confrontez donc ces anneaux, afin de découvrir quel est le véritable. »

Le vieillard, après les avoir examinés en remuant sa tête presque chauve, répondit à son maître : « Monseigneur, le vôtre est mal imité; il n'a qu'une pierre très-commune; la devise est en haut!.... Monseigneur, je suis perdu; que deviendra ma probité si mes comptes sont mal scellés?... Si j'osais questionner un Morvan, je demanderais à monseigneur qui a pu le troubler ainsi?....

— Robert, répliqua le comte avec assez de douceur, je vais vous l'expliquer.... »

Le serviteur fidèle s'approcha de son maître, en feignant une curiosité qui en aurait imposé au plus fin diplomate.

{Hu 11} « L'hymen de Villani faisait le malheur de ma fille... accablé sous le poids des raisons qui le nécessitaient, j'ai pu consentir...... Mais, quand je fus prêt à consommer le sacrifice, une voix secrète et la tendresse que j'ai pour Aloïse, m'ont arrêté; alors j'ai saisi, pour le rompre, la circonstance de la présentation de cet anneau, qui est un problème pour moi comme pour vous!.... »

Ici Robert s'inclina et répondit : « Monseigneur n'a jamais pu posséder l'anneau de son père, puisque le comte Mathieu XLV est mort en mer.

— C'est bien pour cela que l'existence de cet anneau m'a surpris!...... Enfin l'hymen de ma fille avec un vil intrigant n'aura pas lieu!....

— Je reconnais là le sang des Morvan, s'écria Robert avec chaleur.

{Hu 12} — Hélas! reprit le comte en poussant un profond soupir, fidèle serviteur, notre honneur est menacé!.... des étrangers en sont les maîtres!.... »

Tout en prononçant ces douloureuses paroles, Morvan semblait, par ses regards, percer la vieille enveloppe qui cachait les secrètes pensées de son conseiller, qui lui répondit : « Jamais pareille chose n'arrivera sous Robert XIV : nommez-moi ceux que vous redoutez, et je cours les renfermer dans la tour aux calvinistes. »

Le dévouement du vieillard émut le comte; il s'appuya sur l'épaule de son intendant, et lui dit à voix basse : « Tu connais Villani?.... c'est l'un des deux hommes qui en veulent à nous tous!.....

— Vous ne le craindrez pas long-temps, monseigneur. » Et l'intendant fit, en baissant la main, un signe horizontal {Hu 13} très-significatif, en répétant tout bas : « La tour!... la tour!... »

Le comte, n'osant répondre, embrassa son serviteur : cette fois-ci Robert n'eut aucune indécision, ce fut la joue gauche qui reçut le visage brûlant de son maître. Le conseiller n'en répéta qu'avec plus d'énergie : « La tour!... la tour!... »

Alors Mathieu XLVI sortit, et les groupes des vassaux décrivirent des demi-cercles respectueux, et contemplèrent leur maître abattu par la douleur.

Cet incident avait été prôné par la renommée 1 dans tous les coins du château et même au dehors, et chacun commentait dans la cour cette aventure extraordinaire; on se félicitait qu'Aloïse eût échappé à son malheur; mais les efforts de Christophe et de Marie ne pouvaient empêcher {Hu 14} qu'on se livrât aux conjectures les plus absurdes sur l'honorable famille.

Christophe n'avait point oublié les paroles de Robert; Marie, de son côté, s'en était souvenue, et ce je le savais voltigeant de bouche en bouche, fermentant de tête en tête, produisit un brouhaha général, qui éclata quand le conseiller, enveloppé dans sa simarre et son hermine, parut sous le portique de la chapelle : il s'avança, et sur-le-champ Christophe et Marie s'écrièrent les premiers : Il va nous expliquer comment.....

— Monsieur de Robert nous dira-t-il....

— Pourquoi ce mariage?....

— Cette interruption?.... »

Ces différentes interrogations partirent toutes à-la-fois; elles étourdirent le conseiller. Il considéra cet attroupement curieux, et remettant son mortier avec {Hu 15} dignité, comme si, nouveau l'Hôpital, il avait à calmer une émeute, il s'écria : « Eh bien!.. eh bien!... jamais le ver n'a levé la tête si haut!...... Que dirait Mathieu XLIV?..... Comment, canaille roturière, serfs, corvéables, vous m'interrogez, je crois! moi, le conseiller privé de la maison de Morvan!

« Canaille!.... répliqua Chalyne, furieuse du désappointement de la comtesse, et plus encore de la discrétion de Robert, depuis quand la tête du ver se plaint-elle de la queue?...

— Ma mie, répondit Robert, abasourdi par l'épigramme, vous m'avez tout l'air de vouloir manger votre pain entre quatre murs, et de compagnie avec les os de cinquante calvinistes que j'ai fait pendre.

— Osez le faire!... murmura Chalyne.

— Vite, reprit le conseiller, feignant {Hu 16} de ne pas entendre, et s'adressant aux vassaux, débarrassez la cour de vos corps. En vérité, ils s'habitueront bientôt à voir les murs de l'intérieur du château, et puis ils voudront se familiariser avec eux..... toujours ils empiètent;. donnez-leur un pouce, ils en prennent dix!.... »

Christophe le tira par la manche et lui dit : « Monsieur le conseiller, vous nous instruirez de cette aventure, puisque vous la savez?....

— Christophe!... Christophe!.. s'écria Robert, tu fais peu de progrès dans la belle carrière que je t'ai ouverte..... Est-ce que l'on s'occupe de la haute politique, quand on est encore à peine la bête qui fait tourner la machine?.... Allons, mon enfant, de l'humilité avec moi.... Avec le reste tu peux être aussi insolent qu'il te plaira. »

{Hu 17} Là-dessus, le conseiller passa sa main sous le menton de Marie, et frappa sur l'épaule de Christophe, que ces gestes ne satisfirent qu'à moitié. Enfin, malgré les ordres et les cris de Robert, la foule ne se dissipa que lentement.

Comme le parrain de Christophe montait à l'intendance, il fut abordé par Aloïse, qui lui dit avec mystère : « Robert, comment tout cela finira-t-il?...

— Bien, noble demoiselle, il faut l'espérer!... mais nous avons encore à briser des épines; ce Villani nous a retardés; nous devons prendre des précautions..... Allez, jeune fille, c'est un rude fardeau que l'honneur d'une famille quand on veut la préserver de toute espèce de tache!... Cela vaut dix intendances!

— Mais, Robert, quel était donc ce {Hu 18} personnage décoré de tous les ordres de l'Europe, qui.....

— Eh! le sais-je, noble dame?

— Oui, Robert, vous le savez; quand je n'aurais pour preuve que le regard que vous m'avez lancé avant qu'il parût....

— Il est certain, mademoiselle, que je puis m'en douter; un Robert XIV ne peut pas, à quatre-vingts ans, manquer de perspicacité et d'expérience.

— Dites-moi donc son nom?

— Illustre héritière, répliqua le vieillard en remuant la tête, je ne suis qu'une chétive mousse du bel arbre dont vous êtes le gracieux rejeton; comment voulez-vous que je connaisse le cœur de l'arbre?...

— 11 était mis, continua la jeune fille pensive, comme le prince le plus riche : {Hu 19} ses ordres en diamans!... ses colliers!.... avez-vous vu le roi?

— Oui, mademoiselle, j'ai vu plus d'un roi. Charles IX vint en ce château, et Henri IV me dit, à moi parlant, que j'avais l'œil égrillard. Ce fut lorsqu'il me donna cette fameuse lettre à porter à... »

Aloïse s'échappa comme un trait et fut se réfugier dans son appartement en entendant la voix de Chalyne qui la cherchait. Sans cette dernière circonstance, on aurait pu présumer que l'histoire de la célèbre lettre qu'elle avait déjà entendue plus de cinquante fois, était pour quelque chose dans ce départ précipité.

« Pauvre enfant! dit le serviteur octogénaire, ta destinée va se décider bientôt!... Il veut assurer ta félicité!... »

Alors il entra dans l'intendance et se {Hu 20} mit à feuilleter les registres de ses exercices; et, pour ne pas prêter une grande attention à cette contemplation périodique de ses travaux, il fallait qu'il fût bien préoccupé. En effet, il pensait à la manière dont cette aventure se débrouillerait. Il aimait trop l'honneur de sa maison pour approuver l'éclat que Jean Pâqué répandait depuis quelque temps... Le vieil intendant, craignant une catastrophe, se promit bien de veiller plus que jamais aux intérêts de la famille, et, semblable au chien généreux, il résolut de périr à son poste, fidèle jusqu'à son dernier soupir. Confirmé par l'aveu du comte dans ce qu'il soupçonnait, c'est-à-dire que Villani avait surpris une partie d'un secret concentré dans le cœur de quatre personnes, il se chargea de a surveiller l'animal venimeux qui sans doute lancerait le poison funeste {Hu 21} à l'honneur des Mathieu, et par contre-coup des Robert!... Que serait-ce de l'intendance, si un Mathieu montait ignominieusement à l'échafaud? Encore si c'était pour un crime d'État! disait le conseiller, pour une belle conspiration, comme en ourdirent Mathieu XXVII et Mathieu XXX, dit le Mécontent, passe! l'honneur serait sauvé, et même accru, car nous avons sept têtes tranchées dans la famille; mais un Mathieu assassin!.... »

Pendant qu'il pesait en sa tête ces graves considérations, Mathilde et Villani, ayant attendu avec impatience le comte Mathieu, le voyaient arriver à grands pas.

« M'expliquerez-vous , monsieur le comte, dit Villani, la cause de l'affront que vous me faites?...

— L'affront!... répliqua le seigneur de {Hu 22} Birague en lançant un regard ironique; vous vous trompez, monsieur Villani, je ne crois pas que ce soit vous qui le receviez....

— Monsieur, vous m'insultez!...

— Demandez-m'en raison, s'écria le comte en tirant son épée avec un visible plaisir.

— Je sais, monsieur, que ma mort est ce que vous souhaitez avec le plus d'ardeur; mon intérêt exige que vous viviez, et ceci change nos positions respectives.

— Lâche!... traître!... »

Et le comte, indigné d'avoir à souffrir une insulte sans vengeance, donna un violent coup à son épée pour la faire rentrer dans le fourreau.

« Pourquoi se quereller au lieu de se réunir? dit Mathilde; il faut terminer ces terreurs renaissantes : voyons, monsieur le comte, qui donc a pu produire cette {Hu 23} brusque interruption et votre étonnante stupeur?....

— Madame..... Aloïse m'a présenté la preuve irrécusable qu'il existe un être dans le monde qui connaît notre secret tout entier... Cet homme redoutable voltige, pour ainsi dire, au-dessus de nos têtes depuis qu'il fut question de marier notre fille; il se joue de nos terreurs, et se plaît à les exciter;... il est partout, au dehors,... au sein de nos réunions;... il assiste à ma vie; il semble s'être réveillé d'un sommeil profond, et son doigt terrible trace jusque sur nos murs un arrêt tôt ou tard inévitable à subir....

— Eh bien, monsieur le comte?

— Eh bien, marquis, vous comprenez, car vous êtes assez adroit pour cela, qu'il m'est indifférent de périr par vos mains ou par celles d'un autre, et qu'alors ma fille {Hu 24} ne doit plus être malheureuse; elle vivra.... déshonorée peut-être, mais elle n'aura pas à joindre à l'infortune que lui léguera son père une autre infortune aussi pesante....

— Monsieur, reprit l'Italien, n'est-ce que cela qui vous embarrasse? je me charge alors de vous délivrer de cet ennemi, quel qu'il soit.... A de pareils traits vous reconnaîtrez, je l'espère, le dévouement d'un homme qui désire vous appartenir? »

Le comte le regarda d'un air étonné, ou plutôt avec horreur. En ce moment la comtesse, qui jusque là s'était tenue pensive, prit la main du comte, et dit : « Mais si Aloïse vous remit cette preuve certaine, elle a dû la recevoir; de qui?.... en quel moment?.... en quels lieux?.... et comment?...... Si nous l'interrogions?...... peut-être aurions-nous des renseignemens {Hu 25} plus positifs sur cet homme mystérieux?

— Excellente idée! » s'écria Villani.

Voilà pourquoi Chalyne était à la recherche de la jeune héritière; elle ne la trouva que dans ses appartemens.

Aloïse entrant dans le salon, eut un regard sévère de la comtesse, qu'elle vit assise près de Villani, pendant que le comte se promènait les bras croisés avec force. A la vue de sa fille bien-aimée, il s'arrête, et la prenant par la main, il la fait mettre à ses côtés en lui disant avec douceur :

« Aloïse, ma chère enfant, l'anneau que tu m'as remis n'a pu se trouver entre tes mains que par l'intervention du plus cruel de mes ennemis.... »

La jeune fille, naïve et peu habituée à cacher ses pensées, fit un mouvement qui {Hu 26} n'échappa à aucun des trois spectateurs de son trouble.

« Dis-moi donc, continua le comte, comment il te parvint?... »

Aloïse garda le silence.

« Répondrez-vous? lui cria sa mère avec dureté.

— Doucement, madame, répliqua le comte..... Ma fille, j'espère que le repos et l'honneur de ta famille ne trouveront pas en toi une ennemie; explique-nous ce que tu sais.

— Mon père, je ne puis vous dépeindre l'homme qui m'a donné cet anneau; il m'a paru devoir être un grand personnage;.... un de ses gestes m'a commande le silence, et il ne me dit que ces simples paroles à voix basse : Remettez à votre père cet anneau en place du vôtre.

{Hu 27} — Mais en quel lieu vous le donna-t-il? demanda l'impétueuse comtesse.

— A la chapelle.

— Quand?...

— Tout-à-l'heure.

— Vous nous en imposez; je n'ai vu personne vous aborder....

— Je jure que j'ai dit la vérité!... » et, pour la première fois de sa vie, le mouvement d'une généreuse colère enflamma la jeune fille.

Chacun resta muet d'étonnement.

« Il est partout!... dit le comte avec un accent de rage, et en levant vers le ciel un œil presque accusateur.

— Il portait, reprit Aloïse, un manteau de velours rouge enrichi d'une broderie d'or de la plus grande beauté: de belles plumes blanches flottaient sur son chapeau, {Hu 28} et tous les ordres de l'Europe brillaient sur son sein....

— J'ai cru voir... dit la comtesse en interrompant sa fille; mais c'est un sylphe, une ombre, car il a disparu comme une fumée qui se dissipe.... Sortez, mademoiselle, et restez dans votre appartement. »

La jeune héritière se leva doucement; son père, plongé dans la rêverie, fut réveillé par ce mouvement, et il embrassa sa fille sur le front. Aussitôt qu'elle fut partie, la comtesse s'écria : « Cet être mystérieux est au château; le marquis l'a vu dans le pavillon septentrional....

— Cherchons-le donc, dirent en même temps le comte et Villani!

— Et sur-le-champ, » répondit la comtesse.

Aussitôt des ordres extrêmement sévères furent donnés à tous les domestiques; {HU 29} Le comte leur distribua des postes de distance en distance, de manière que le vaste château de Birague se trouvait entouré d'un cordon de gardes, et rien n'en pouvait sortir sans être aperçu. Afin que l'homme qui produisait ces précautions ne pût échapper, le comte, sa femme et Villani, munis des clefs nécessaires que Robert ne donna qu'en rechignant, se partagèrent le château. Le comte se réserva les souterrains et les galeries secrètes qui lui étaient connues; là comtesse eut à parcourir l'aile des Morvans; le marquis, armé de son poignard, devait examiner l'aile, qu'à force de manœuvres l'intendant avait fait nommer le pavillon Robert.

Cette recherche scrupuleuse, dirigée par les maîtres du château, excita bien plus encore le babil des gens. Le rusé {Hu 30} conseiller, au milieu de cet appareil, allait et venait en souriant d'un air goguenard, et parlait de toute autre chose pour donner le change; mais ses deux yeux marquaient parfois une certaine inquiétude. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

TOME III
CHAPITRE VII
CHAPITRE II


Variantes

  1. se chargea da {Hu} (nous corrigeons)

Notes

  1. prôné par la renommée : cette expression est inhabituelle dans ce sens de répandu par la rumeur. Prôner a un sens plus actif: prêcher, préconiser, vanter; mais renommée est bien pris dans le sens de rumeur.
    L'association ici de ce verbe et de ce substantif donne une impression de forte émotion : émotion favorable puisque « on se félicitait ».