A. de Viellerglé et lord R'Hoone
AUTEURS DE L'HÉRITIÈRE DE BIRAGUE.
JEAN LOUIS, OU LA FILLE TROUVEE

A. de Viellerglé et lord R'Hoone / Jean Louis, ou La Fille trouvée / Paris; Hubert Libr.; 1822

TOME TROISIÈME.

{Hu 55} CHAPITRE III.

Nul ne sut mieux que lui le grand art de séduire,
Nul sur ses passions n'eut jamais plus d'empire,
Et ne sut mieux cacher, sous des dehors trompeurs,
D'un criminel dessein les sombres profondeurs.
                (VOLTAIRE.)

Celui qui ne s'émeut, a l'âme d'un barbare,
Ou n'en a du tout point.
                (MALHERBE.)

LE marquis de Vandeuil courait comme s'il eût eu à sa poursuite une légion de diables. Il arriva à la place Maubert, prit un fiacre, et se fit conduire à l'hôtel de Parthenay.

Après avoir changé de vêtemens, il se présenta dans le salon avec un visage riant et en lançant à sa femme des regards par lesquels il s'efforça {Hu 56} de peindre un amour perfide, qui, dans la circonstance présente, ressemblait à ces feux follets qui mènent le voyageur yers le gouffre où il doit périr.

Ernestine tressaillit en voyant entrer son époux, et ce mouvement marqua toute la surprise qu'elle éprouvait.

« Qu'avez-vous, ma chère cousine? lui demanda Léonie étonnée.

— Voulez-vous que je vous l'explique? répondit le marquis en s'asseyant entre les deux amies, et saisissant la main de la tendre Ernestine: J'ai, continua-il en se tournant vers Léonie, j'ai un ange pour femme; je suis un démon indigne d'un tel bonheur, car je l'ai méconnue et abandonnée; elle a souffert en silence, {Hu 57} pleurant mes erreurs et me les par-donnant toujours.... Enfin tant d'amour m'a touché, je suis revenu de mes égaremens et, j'ai juré dans ma pensée, car je ne sais si elle eût cru mes sermens... »

A ce mot, Ernestine pleura de joie en regardant le marquis, qui lui baisa la main avec tout l'enthousiasme d'un amant d'un jour.

« Chère Léonie! continua Vandeuil en prenant le ton de la confiance et de l'amitié, depuis que je suis marié je n'ai pas passé dix soirées avec Ernestine.

Léonie fit un mouvement de surprise, et s'écria: Dix soirées!...

— Oui, ma chère, dit la marquise, il en est ainsi de tous les mariages des grands. Léonie tressaillit encore.

{Hu 58} — Eh bien! chère cousine, reprit le marquis, ma femme, en me voyant rentrer lui tenir compagnie, a été étonnée, et, je vous le demande, n'y avait- il pas de quoi?... N'est-ce pas un phénomène que dans notre siècle un mari puisse aimer sa femme? Savez-vous, ma chère cousine, que je vais être exposé à mille brocards de la part de tous les jeunes courtisans? Ne sera-ce pas un scandale, que dans un siècle de philosophie et de lumière, un seigneur soit aux petits soins pour sa légitime épouse?...... Aussi vous avez vu la surprise de ma chère Esnestine; elle n'ose pas encore croire à mon retour; elle ne peut s'imaginer que je revienne à elle!...... quoique depuis deux jours je cherche à le lui prouver. »

{Hu 59} Alors le marquis prenant sa femme, la conduisit devant une glace, et lui dit avec un léger sourire: « Connaissez-vous donc vous-même, et voyez si l'on ne peut pas tout affronter pour vous plaire? »

Ernestine ne put rien répondre: elle se jeta dans les bras de Vandeuil, et y répandit un torrent de larmes de plaisir.

« Monsieur, cet instant me ferait oublier un siècle de malheurs!...

— Vous me pardonnez donc, Ernestine?

— Pouvez-vous le demander!.....

— Chère amie! tu dois maintenant être rassurée; l'amour fondé sur l'estime dure toujours. »

Cette scène était de l'alkoran tout pur pour Léonie; elle cherchait dans {Hu 60} sa pensée à concevoir ce qu'avait voulu dire le marquis; elle fut émue néanmoins des larmes de sa cousine, et n'en comprit pas plus les discours de Vandeuil. En effet, que l'on se représente une jeune fille simple et naïve, de mœurs irréprochables, témoin de toutes les actions de celui qu'elle aime, n'ayant sur le mariage que les idées saines du vulgaire; transportée tout-à-coup dans le grand monde, où le mariage, la vie et les mœurs sont dirigés par des principes tout contraires!... je le demande, ne doit-elle pas être étonnée d'une scène où la reconnaissance des droits de la société est regardée comme une faute?

« Eh bien! ma chère Leonie, vous paraissez stupéfaite? s'écria la marquise.

{Hu 6l} — Je vous avouerai, cousine, que je ne comprends rien à ce que vous avez fait et dit.

— Vous êtes bienheureuse alors, » répondit Ernestine.

Jamais la pauvre marquise ne passa des momens plus enchanteurs. Vandeuil voulait couronner sa victime de fleurs: la fin de cette soirée fut délicieuse pour elle. Son mari lui prodigua les témoignages de l'amour le plus tendre. Léonie, en voyant ces petits soins, pensa à tout ce que Jean Louis faisait autrefois pour elle, et sa petite mine toute rêveuse ne fut pas aperçue par Ernestine et le marquis, tout-à fait l'un à l'autre. L'amante du fils de Granivel enviait le bonheur dont elle était témoin; et ce spectacle la rendit chagrine, car elle {Hu 62} songeait que Jean Louis ne pouvait plus être son époux!.... elle souriait à sa cousine, mais son sourire avait quelque chose de triste qu'Ernestine ne vit pas, elle était trop heureuse pour y l'aire attention.

On aime à croire le bonheur: aussi la marquise fut- elle convaincue de la sincérité du repentir de son mari par les événemens de la nuit, dont nous abandonnons les détails à l'imagination de chacun; bien persuadés qu'il y aura autant de versions que de ménages qui liront cette véridique histoire de Jean Louis le charbonnier. . . . . . . . . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . . . . . . . .

Je ne pense pas que nous devions décrire le lever de l'aurore, parce que depuis long-temps le inonde connaît {Hu 63} le point du jour, et que si l'on est curieux de poésies, on peut en lire mille descriptions dans Homère, Virgile, et tous les poètes français jusqu'au dix-neuvième siècle exclusivement. Cependant, qu'il nous soit permis de dire que le soleil s'élançait dans les cieux, lorsque le marquis et la marquise, réunis pour la seconde fois sous le même plafond depuis la nuit de leur mariage, s'éveillèrent dans une attitude tout-à-fait conjugale.... Il n'y a rien de si peu romantique que le lever de deux époux, car sitôt que l'on en parle, M. et madame Denis s'offrent à la pensée: il faudrait, pour parler di-gnement des mystères de l'hymen, que l'on pût employer des expressions poétiques comme celles-ci:

{Hu 64} .... Un époux glorieux
Qui dès l'aube matinale.
De sa couche nuptiale,
Sort brillant et radieux.

Mais remarquez qu'un époux glorieux toute la nuit ne peut guère sortir brillant et radieux le matin, à moins d'être un Hercule ou un Jean Louis: aussi le poète lyrique a commis une grande faute, et c'est très-bien prouvé par le lever du marquis de Vandeuil. En effet, ce dernier s'éveilla pâle et les yeux battus; la tendre Ernestine languissamment et mollement couchée sur des coussins tant de fois foulés, ouvrait et refermait les yeux tour-à-tour, semblable à une Ménade, qui, dans les fêtes de Bacchus, succombe sous les efforts du Dieu qu'elle a {Hu 65} trop honore.... Elle balbutie même quelques paroles entrecoupées, trop vagues pour être rapportées. Certes, les chastes caresses que tout époux qui se respecte lui-même, doit prodiguer encore à sa tendre moitié, quand elle est jolie et qu'un tendre demi-jour invite à couronner l'œuvre, peuvent être dévoilées, et même sentent trop le devoir, pour être erotiques: on peut les décrire au public sans redouter des reproches; et les tendresses de Vandeuil, libertin consommé, serviraient d'exemple à plus d'un bourgeois ménage, qui fait tout bourgeoisement; mais j'avouerai que je me sens très-peu propre à un pareil récit.... je craindrais la chaleur de mon imagination!. . l'on m'accuserait de cynisme, de violation des {Hu 66} mœurs, et je redoute singulièrement la prison! on y est seul!.... non pas que je sois marié, car alors la prison serait, dans certains cas, un asile... ... Enfin, le marquis prenant le cordon de la sonnette, la tire violemment.... et elle sonna à plusieurs reprises.... Victoire d'accourir: elle entre avec cet air curieux qu'ont les laquais lorsqu'un événement extraordinaire se passe, et qu'ils sont impatiens d'en savoir les résultats. Tout en ouvrant les croisées et arrangeant les rideaux, elle jeta sur le lit assez de regards furtifs pour deviner tout, depuis pater jusqu'à amen, et pouvoir en gloser avec les valets!... Que l'on est malheureux d'avoir des gens!...

Le marquis sortit en disant à sa femme qu'il reviendrait prendre le {Hu 67} chocolat avec elle, et dans ses appartemens. Cette petite attention combla de joie la pauvre marquise, et saisissant avec avidité cette lueur de bonheur, elle fut dès-lors persuadée que le retour de son mari était sincère; sans l'attribuer à son propre mérite, elle crut qu'elle le devait au bon naturel de Vandeuil. L'innocente joie de cette victime dévouée à la mort, se dévoila par mille mouvemens tandis que Victoire l'habillait. Elle mit une attention scrupuleuse à sa toilette du matin; consulta pour sa parure les goûts de Vandeuil; elle se souriait à elle-même en se regardant dans sa glace; elle ne dit rien que d'obligeant à sa femme-de-chambre, et fredonna quelques sons avec l'accent et la vive gaîté du bonheur.

{Hu 68} Pendant ce temps-là, le marquis examinait comment i! pourrait empoisonner sa femme; il regardait la poudre rougeâtre qu'il acheta la veille à Maïco l'Américain 1, et il cherchait vainement les moyens de la faire prendre à Ernestine d'une manière assez adroite pour ne pas attirer son attention.

« Si j'avais encore ce coquin de Duroc, se disait-il, je ne serais pas embarrassé; il eût fait cela en un tour de main!... Allons, s'écria-t-il en lui-même, confions-nous à mon bon génie, il m'inspirera peut-être. » Mettant alors le poison dans la poche de sa veste, il revint dans les appartemens de sa femme.

Aussitôt qu'il arrive, Ernestine, entendant son approche, accourt {Hu 69} au-devant de lui avec l'empressement de l'amour; Vandeuil, en ce moment, sentit une espèce de regret; il rougit en pensant au crime qu'il allait commettre; il tressaille involontairement à l'aspect de la joie qui éclate sur le visage de sa victime, et des remords anticipés lui font détourner les yeux.

« Eh quoi! lui dit la marquise, qui prit le change, serais-je mal coiffée, mal habillée? parlez, mon ami; si dans ma parure quelque chose vous déplaît, soudain je vais l'ôter?...

— Non, ma chère Ernestine, répondit le marquis, telle toilette que vous choisissiez, vous l'embellirez toujours!...»

Ils s'assirent à côté l'un de l'autre devant une petite table de marbre {Hu 70} sur laquelle on avait préparé leur déjeûner. Le marquis épiait tous les mouvemens de sa femme avec une curieuse attention, qu'elle prit pour celle de l'amour; souvent leurs yeux se rencontrèrent, et le trouble du marquis semblait à Ernestine un nouveau gage de tendresse.

Enlin, l'on apporta les deux tasses de chocolat, etVandeuil espéra pouvoir accomplir son dessein... Il mangeait d'un air distrait en regardant Ernestine, à laquelle il sourit de ce sourire affecté qui cache toujours quelque chose! mais celle-ci, pressée de terminer son déjeûner, achevait sa tasse avec une rapidité que le marquis maudissait en lui-même.... Il songeait déjà qu'il pourrait fort bien remettre la partie à une autre {Hu 71} fois, car il ne restait plus à sa femme que très-peu de chocolat, lorsqu'il s'avisa de l'expédient suivant:

Il feignit de chercher quelque chose avec inquiétude; ses mouvemens et ses regards arrêtèrent sur-le-champ Ernestine, qui lui demanda:

« Mon ami, que voulez-vous?...

— Rien, rien.

— Si, vous semblez desirer quelque chose; que ne puis-je la deviner!....

— Je ne sais, reprit-il, ce que j'ai fait de mon mouchoir, il est peut-être sur le lit....»

A ces mots, l'amoureuse marquise, jalouse de prouver son amour, s'élance dans sa chambre pour éviter à son ami la peine d'y aller.

Maître de la place, Vandeuil saisit précipitamment le poison, déploie le {Hu 72} papier qui le renferme, le prend dans ses doigts, les élève au-dessus de la tasse!... Mais en ce moment Léonie entre étourdiment en chantant, et le marquis, pâlissant de rage et de confusion, a à peine le temps d'avaler le papier qu'il tenait à la main.... La poudre rougeâtre est entre son pouce et son index droits; il la presse, et tâche de déguiser son attitude gênée.

Ernestine rentre alors, et lui présente le mouchoir qu'il avait demandé, il le saisit de la main gauche et s'en couvrit la main droite.

L'arrivée de Léonie empêcha la marquise de s'apercevoir que son mari ne se servait pas de son mouchoir.

« Comment, Léonie, s'écria-t-elle, vous venez ainsi surprendre vos amis?

{Hu 73} — Surprendre est le mot, dit Vandeuil, car je n'ai pas encore eu letemps de saluer ma chère cousine...

— Que voulez-vous? répondit Léonie; il y bien long-temps que je suis debout; songez donc qu'il est midi, que je me lève avec le jour, que je n'ai vu personne depuis ce matin, et que je vous aime?.....

— Vous êtes charmante, ma chère, » répondit la marquise. Elle embrassa Léonie.

Vandeuil ne savait que faire du poison qu'il tenait entre ses doigts; l'arrivée de Léonie était un contre-temps bien fatal à ses desseins, et bienheureuxpour savictime... Enfin, se souvenant de la manière dont les sauvages de l'Amérique s'empoisonnent entre eux, il conçut l'idée de {Hu 74} les imiter. Il glissa peu à peu les grains de la poudre mortelle entre l'ongle et la peau de son pouce; la serra fortement; se servit alors librement de son mouchoir; et acheva son chocolat en causant avec Léonie et sa femme. Il s'agissait de renvoyer Léonie? 2 et le marquis, tel adroit qu'il fût, sentait qu'il était très-difficile de le faire sans que l'on s'aperçût qu'il le voulait. Il commença donc par parler des bonnes qualités du duc de Parthenay, éloge qu'Ernestine confirma; il félicita Léonie de l'avoir pour père, et finit par lui demander s'il était à l'hôtel ou à Versailles, enfin si elle avait été lui présenter ses devoirs.

Léonie confuse, convint qu'elle ne l'avait pas vu; elle s'excusa 3 en disant qu'elle était habituée à toute {Hu 75} autre chose qu'à ces petites démonstrations puériles, à ces devoirs commandés par l'étiquette; que Barnabé le pyrrhonien lui donna d'autres idées sur les sentimens, sur la vie, la liberté, la nature...... Hélas! dit-elle, c'est un homme bien instruit, un homme de bien, et il connaît la vertu comme si c'était son élément... Au surplus, tout cela n'empêche pas que je ne doive faire voir à mon père que je l'aime, je cours l'embrasser. Là- dessus elle sortit.

— Quelle charmante enfant! s'écria la marquise: c'est elle qui est cause de mon bonheur... »

A ces mots, le marquis attira sa femme sur ses genoux; elle s'y assit, et Vandeuil embrassa sa tendre moitié avec une effusion de cœur qu'il {Hu 76} était impossible de ne pas croire véritable.

— Ah! dit-elle, nous n'avons pas bu notre verre d'eau.

— C'est vrai, s'écria le marquis; il prit son verre et en but la moitié; mais, voyant briller dans les yeux de sa femme le desir de l'achever, afin de boire dans le verre de celui qu'elle aimait, il lâcha dans le clair breuvage, la poudre qu'il avait entre son ongle et son pouce, en procédant à cette opération derrière le dos de sa femme.

« Donnez-le-moi, mon cœur, dit-elle au marquis avec un regard suppliant.

— Non, ma belle, prends le tien.

— Je le veux!... s'écria-t-elle d'une voix tendre; et, saisissant le verre {Hu 77} fatal, elle appliqua ses lèvres précisément à l'endroit où son mari avait bu. »

Ce dernier parut touché de ce trait d'amour; il embrassa sa femme tout en tremblant, et il s'écria:

« Va..... tu seras désormais la source de ma félicité, de ma fortune, de tout ce qui peut charmer la vie... »

La joie que ressentait la pauvre Ernestine, en se voyant pressée dans les bras de son époux, l'empêcha de sentir une légère chaleur dans son estomac... Le poison parcourut ses veines, et s'attacha à son cœur, qui tressaillait d'amour et de bonheur. Malgré son effronterie, Vandeuil pâlit, et se sentit inonder d'une sueur froide. Ne voulant pas de témoin de {Hu 78} son émotion, il se leva, et courut se renfermer dans son cabinet pour reprendre ses sens et retrouver son audacieux sang-froid.

Il ne tarda pas à reparaître, et ne cessa de prodiguer les soins les plus touchans à la victime qu'il venait de consacrer à la mort.

Il l'entraîna dans les bals, aux spectacles, dans les fêtes, à la cour, partout; et partouu, chacun fut convaincu que la marquise de Vandeuil était la femme la plus heureuse. Pour elle, en reparaissant dans le monde sans cesse accompagnée de son époux, ne prenant aucun plaisir qu'il ne le partageât, elle crut renaître à la vie, et nageait dans la joie, en voyant son bonheur envié de toutes les femmes.

Quant au marquis, il essuya de {Hu 79} bonne grâce les plaisanteries que l'on fit sur sa fringale d'amour conjugal, et il finit par en parler si sérieusement, par vanter tellement le bonheur qu'il éprouvait, et les qualités de sa femme, que cette conversion fut le signal d'une foule d'autres. Pendant quelque temps, il fut de mode d'aimer sa femme. Le monarque sut beaucoup de gré au marquis de Vandeuil de sa conduite; et dès ce jour il le distingua de la foule, et l'honora de sa bienveillance. Alors tous les courtisans tombèrent éperdument amoureux de leurs moitiés, étonnées d'une telle révolution.

C'est à l'occasion de ce changement que le duc de R** dit au comte de Brog**: « Mon ami, où en sommes-nous?... Qu'est-ce qui se prépare?...

{Hu 80} — Une grande révolution, car revenir à nos femmes est une véritable convulsion de l'état social. »

La marquise de Vandeuil devint sujette à de fréquentes indispositions, mais les médecins n'y virent aucun danger; ils attribuèrent son défaut de force et son énervement aux soins du marquis de Vandeuil, qui fut décidément cité comme le modèle des époux. Tout, à l'hôtel de Parthenay prit l'aspect de la joie; on y donna des fêtes; et la seule Léonie garda au fond de son cœur un sujet de méditation et de rêveries, qui la rendirent distraite aux hommages dont l'entourèrent une foule de prétendans à sa main. Dire qu'elle était une des plus riches héritières de France, c'est {Hu 81} assez indiquer que sa cour devait être nombreuse....... et les louanges très-hyperboliques.

Cette fumée, ces grandeurs, ce luxe, rien ne put la détacher de Jean Louis... Heureux Jean Louis!

CHAPITRE II CHAPITRE IV


Variantes


Notes

  1. Au chapitre précédent, on a l'impression que Maïco, dans sa haine des femmes, donne le poison au marquis; il n'est pas fait mention d'argent.
  2. Ce point d'interrogation est curieux; il résume le questionnement que se fait le marquis.
  3. Léonie a dit peu avant: « je n'ai vu personne depuis ce matin, » et on aurait pu croire qu'elle avait erré dans la maison déserte, ce qui serait vraisemblable, vu l'heure à laquelle les Vandeuil prenent leur [petit-]déjeûner.