JULES SAND
LA PRIMA DONNA.

Revue de Paris, avril 1831; t.XXV pp.234-248



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INTRODUCTION

HISTOIRE ET PERSONNAGES

Au théâtre à Vérone, un soir où Gina, « la diva, la benedetta » fait sa rentrée, le français Numa, qui vient d'arriver dans la ville, est reconnu par Valterna: ils se sont connus au collège à Montpellier.

Valterna raconte à son ami qui s'interroge sur cette Gina dont on parle tant: Gina était la grande cantatrice de Vérone. Il en était amoureux. Mais deux roués — le duc de R**, français, et le comte de C**, un étranger, voulaient tous deux la conquérir. « Ne pouvant se la partager ils la tirèrent au sort. » Elle échut au duc; Gina, on ne sait pourquoi, accepta ce jeu du sort et devint la duchesse de R**. « Son mariage fut splendide et triste. [...] Dès le premier jour elle se sentit à l'étroit dans cette destinée nouvelle. » Ayant par son mariage dû quitter la scène, elle dépérit lentement et sa raison s'égara. Pendant ce temps, Valterna, déçu, « voyageait dans l'espoir de se distraire. »

Ne pouvant rester loin d'elle bien qu'il ne se fût jamais déclaré et qu'il ne crût pas même qu'elle connaissait son nom, Valterna revint à Vérone. Un soir, il se mêla aux invités d'une soirée donnée par le duc en son hôtel. Plus tard dans la nuit, Gina, épié par Valterna, erra comme un fantôme dans le palais désert et se mit à chanter. Valterna lui déclara sa flamme, elle parut le reconnaître puis s'enfuit comme une ombre. Valterna fut pris d'une fièvre « et les jours s'écoulèrent sans qu'[il] en marqu[â]t le cours. »

À demi guéri, Valterna voulut revoir le théâtre où naguère Gina triomphait. La duchesse est là, dans une loge d'avant-scène. On joue Don Juan; Rosetta, une débutante amie de Gina, tient le rôle de dona Anna. Elle est très applaudie mais Valterna ne voit que Gina et s'écrie: « A Gina, à la reine du chant. » La duchesse le reconnait mais est aussitôt emmenée par le duc.

On dit que Gina se meurt. Valterna va trouver un « célèbre médecin qui venait d'arriver de Londres » et le prie de sauver Gina. Par ce truchement, il obtient le retour de la duchesse à la scène. Fin du récit, retour au temps présent.

On joue Romeo et Giuletta. Gina est Giulietta, Rosetta est Romeo. Triomphe de l'une et de l'autre. Mais à la toute fin, Gina est morte, comme l'héroïne qu'elle incarnait. Valterna et le duc se précipitent vers elle: « le premier avait été Valterna qui, rugissant de douleur, alla s'éteindre aux pieds de Juliette. »

On a donc trois protagonistes: Valterna et Gina qui s'aiment mais ne se savent pas aimés, et le duc de R** qui veut Gina et l'obtient. Cela ne tient pas debout, c'est à la fois du roman gothique et du romantisme à grandes passions déchirantes. Mais c'est bien venu car simplement raconté, et donc c'est assez efficace. Un tel amour, un tel enfermement des personnages, ne peuvent finir que par un happy end ou par un cataclysme. Point de happy end, restons sous l'empire d'Ann Radcliffe et aussi d'Ernst Theodor Amadeus Hoffmann — car la musique est partout présente. Comme dans Hernani les morts s'entassent à la fin; mais ici ça ne traine pas, c'est instantané: en cinq phrases tout est dit.

L'intérêt n'est pas dans l'intrigue et pas vraiment dans les personnages — pas même Gina puisque, au fond, c'est une sorte d'ombre de Gina qu'on nous raconte. L'intérêt est dans la progression dramatique et dans la manière dont l'auteur fait varier les émotions du lecteur.

COMPOSITION

La Prima Donna a été écrite vers le mois de janvier 1831 par Aurore Dudevant et Jules Sandeau; ce récit était destiné à la Revue de Paris où il fut publié en avril de la même année sous le pseudonyme de J. Sand dont c'était la première utilisation. Il n'a paru en librairie qu'en 1840 dans le volume intitulé Les Revenan[t]s et comprenant des œuvres de Jules Sandeau et Arsène Houssaye.

Dans la correspondance de George Sand, la première trace de La Prima Donna est dans la lettre du 15 janvier 1831 à son mari: « je suis très occupée d'un article qui doit être inséré dans la Revue de Paris » (L.342 in Corr.I p.780). Il est possible que le récit avait déjà été entamé en décembre 1830; dans une lettre de fin décembre à Félix Pyat, se trouve une allusion que Georges Lubin attribuait à Aimée mais qui pourrait tout aussi bien s'appliquer à La Prima Donna: elle annonce à Pyat qu'elle arrive à Paris « avec un ouvrage auquel il ne manque plus que peu de chose, c'est le commencement et la fin. Je sais bien que les commencements sont supprimés par la mode et qu'on peut s'en passer, mais les catastrophes sont indispensables et il faut tuer cinq ou six personnes à la fin. Je vous chargerai de cela » (L.335 in Corr.I p.762). Tuer « tuer cinq ou six personnes à la fin », voilà bien qui fait penser à La Prima Donna.

Le 19 janvier 1831, Aurore écrit à son amie Laure Decerfz: « J'ai fait avec Sandeau un article incroyable. Il y a de quoi [...] enfoncer toute la boutique des romantiques. À la fin nous tuons tous les personnages. Il n'en réchappe pas un seul. Nous avons envoyé cela à Delatouche [Latouche, rédacteur en chef du Figaro], il a dit que c'était superbe. [...] Je ne sais quand l'article paraîtra. Il est signé J. Sandeau. Il n'a pas le sens commun, cependant il y a du bon et tout ce qu'il y a de bon est de Jules. S'il te tombe sous la main, tu feras la part du mauvais goût nécessaire à la revue de Paris et tu m'en diras ton avis. » (L. S 94 in Corr.XXV p.220). Le même jour, à Charles Duvernet: « Quant à la Revue de Paris, il [Véron] a été tout à fait charmant. Nous lui avons porté un article incroyable; Jules [Sandeau] l'a signé et (entre nous soit dit) il en a fait les trois quarts, car j'avais la fièvre. D'ailleurs je ne possède pas comme lui le genre sublime de la Revue de Paris. Il a promis solennellement de le faire insérer et il l'a trouvé bien » (L.344 in Corr.I p.783). Ces deux extraits ont très probablement pour sujet La Prima Donna; voir aussi la lettre 366 du 7 mars 1831 (Corr.I p.826).

Latouche avait recommandé J. Sand à Véron, mais Aurore est « obligée d'employer beaucoup de subterfuges pour n'être pas connue. Mr Véron déteste les femmes et n'en veut admettre aucune » (L.348 du 28 janvier à Casimir Dudevant, in Corr.I p.790). Mais Véron refuse l'article et Latouche doit s'entremettre encore une fois (L.352 du 4 février, in Corr.I p.796) et la certitude ne vient que vers le 12 février (L.355 in Corr.I p.801). Mais il faut attendre: « les noms connus passent avant moi » (L.364 du 4 mars, in Corr.I p.818). La parution est prévue pour avril (L.366 du 14 mars, Corr.I p.826).

Il est malaisé de dire quelle part a pris à la rédaction du récit chacun des deux auteurs. Dans la correspondance de George Sand, on voit souvent Aurore attribuer à Sandeau la plus grande part du mérite de leurs œuvres communes; mais parfois elle dit tout le contraire, comme d'ailleurs on l'a vu plus haut dans les extraits de lettres. Aurore a plus de maturité que Jules Sandeau — il est de plus de six ans son cadet —, elle est aussi de loin plus entreprenante et travailleuse (souvenons-nous que de la collaboration de Sandeau avec Balzac en 1834-1835, il n'est rien résulté). On peut penser qu'une partie de la rédaction initiale et une grande partie des achèvements sont dues à Aurore. Mais sans manuscrit on ne peut que spéculer, et d'ailleurs, devenue George Sand, Aurore se désintéressera de cette œuvrette et n'en parlera pas dans Histoire de ma vie.

Si on admet que la la L.335 peut désigner La Prima Donna, on remarque qu'Aurore disait qu'à son ouvrage il manquait « le commencement et la fin ». Or il est possible de distinguer trois parties dans La Prima Donna:
(1) du début à « Certes elle pourrait dire tout ce qu'il y a de maux vivans sous l'éclat des richesses » (fin du 17e alinéa);
(2) l'histoire de Gina: de « Elle était si belle autrefois » (18e alinea) à « et Gina lui sourit en la pressant sur son cœur » (fin du 37e alinea);
(3) la fin, à partir de « La foule attendait, le rideau se releva aux accords lugubres d'un chant de mort ».
Ce qui distingue la première partie de la suite, c'est l'emploi de doubles interlignes: treize fois sur dix-sept alinéas, contre cinq dans la deuxième partie, aucun dans la troisième. Ce qui distingue la troisième partie est le changement de prénom du personnage de l'opéra: auparavant Giuletta, désormais Juliette.

Ce qui caractérise la deuxième partie, qui constitue le gros de l'ouvrage, c'est qu'elle est une histoire dans l'histoire, une histoire à laquelle il manque un début et une fin. De cet ensemble on peut ôter l'intervention de Valterna et du français au 19e alinea: « Valterna laissa tomber sa tête sur son sein. “ Vous l'aimez! ” dit le Français en lui pressant la main avec un sentiment d'affection sympathique » et modifier légèrement le début du vingtième alinéa:
« Oh! elle était ma vie. La voir et l'entendre [...] »
au lieu de:
« — Oh! elle était ma vie, répondit le jeune homme. La voir et l'entendre [...] ». À l'appui de cette modification, on notera que l'alinéa dix-neuf est précédé et suivi d'un double interligne, ce qui le rapproche de la caractéristique de la première partie. De même, on peut supprimer l'alinéa vingt-sept — qui est également entouré de doubles interlignes. Et de même, en tout ou en partie, pour l'alinéa trente-six — qui est précédé mais non suivi d'un double interligne.

On peut certes objecter que les doubles interlignes de ces trois alinéas sont nécessités par l'interruption du récit, et il n'y a pas grand-chose à opposer à cela ... sinon que dans Les Revenants, le texte de La Prima dona (sic), contrôlé par Sandeau, n'a pas de double interligne.

Il est très probable que le travail de découpage proposé ci-dessus ne conduit pas ipso facto aux parties écrites par Jules (le début et la fin et les interventions de Valterna et du français dans la deuxième partie) et par Aurore (l'histoire de Gina). L'histoire de Gina avait peut-être un début — dont l'actuel premier alinea (ou les deux premiers) faisait partie?) —, début qui ne satisfaisait pas Aurore. Probablement le personnage de Valterna existait et était introduit d'une quelconque manière; peut-être l'histoire était-elle restée inachevée. Aller plus loin devient hasardeux.

PUBLICATION

La Prima donna fut publiée
– dans la Revue de Paris d'avril 1831; t.XXV pp.234-248. Nous utilisons le sigle {RDP}.
– très probablement dans l'édition bruxelloise, en contrefaçon, de la même Revue de Paris: avril ou 1831. Nous n'avons pu consulter cette revue, laquelle, suivant de près son originl parisien, ne devait pas présenter de différence signficative.
– Jules Sandeau et Arsène Houssaye, Les Revenants; Paris, Desessart, 1840, 2 vol. in-8°. Le texte se trouve dans le tome I en pp.1-39. Nous n'avons pu consulter ce texte.
– Jules Sandeau et Arsène Houssaye, Les Revenants; Bruxelles, Méline, Cans et Cie, 1840, 2 vol. in-8°. Le texte se trouve dans le tome I en pp.1 à 33. Cette édition en contrefaçon ne devait pas présenter de variante significative par rapport à l'édition Desessart. Nous utilisons le sigle {Mel}.
Présence de George Sand n° 17 (juin 1983), pp.40-45. Nous utilisons le sigle {PGS}. Le texte est dit conforme à celui de {RDP} mais, quelques inattentions mises à part, présente de curieuses variantes: curieuses car on les retrouve dans {Mel}. Cette similitude de divergence par rapport à {RDP} donne à penser que tant {Mel} que {PGS} pourraient avoir subi l'effet d'une lecture trop rapide du texte témoin.

Balzac a aimé ce récit, il en fit part à Jules Sandeau le 4 mai 1831: « j'ai lu avec beaucoup de plaisir La Prima Donna, et j'y trouve plus que des espérances... » (Corr.de Balzac, éd. R.Pierrot : Garnier, I, p.522-523; Gallimard, coll. Pléiade, I, p.353).

LA RÉVISION PAR JULES SANDEAU (1839)

Cette révision a très probablement été faite à l'occasion de la publication du recueil les Revenants, donc en 1839. À la fin du texte, Sandeau ajoutera une date: avril 1831. Or ce n'est pas la date de composition du texte mais celle de sa publication dans la Revue de Paris. Cela semble donc indiquer qu'en 1839, Sandeau ne se souvenait plus précisément de l'époque où il avait avec Aurore écrit ce texte. Cela peut aussi signifier que cette date était inscrite au bas du manuscrit, peut-être ajoutée après la publication en revue. Mais le manuscrit existait-il encore?

On verra que le nombre de variantes est très considérable pour un texte de cette taille: nous avons relevé cent dix-huit variantes. La plupart de ces variantes sont introduites dans {Mel}, elles résultent donc d'une révision du texte, qu'il est légitime d'attribuer à Jules Sandeau. On laissera de côté l'utilisation du tiret et du guillemet, et les changements d'orthographe. Il reste alors essentiellement deux types de variantes: les altérations de ponctuation et les altérations du texte.

Les modifications du texte sont peu nombreuses:
♦ la prima donna ⇒ la prima dona
♦ une chaise demi-brisée prête à manquer sous son poids. ⇒ une chaise demi-brisée (suppression d'une redondance)
♦ Numa l'interroge avec cette réserve ⇒ Numa l'interrogea [...] (leçon qui paraît préférable)
♦ la femme du duc de R** ⇒ la femme de R** (peut-être imputable au typographe)
♦ Oh! elle ⇒ Oui, elle
♦ et mes jours se passèrent à désirer le soir, et le soir je sentais ⇒ [...] je sentis
♦ et elle ⇒ et Gina
♦ bénédiction! et ma vie ⇒ bénédiction! ma vie
♦ se réveilla enthousiaste et forte aux ⇒ se réveilla aux (suppression de qualificatifs superflus)
♦ qui tuent et qui enivrent ⇒ qui enivrent et qui tuent (davantage dans la logique des choses)
♦ Ne pouvant se la partager, les deux seigneurs la tirèrent au sort ⇒ Ne pouvant la partager, les deux seigneurs tirèrent au sort (leçon préférable)
♦ sa tête tombait tristement ⇒ sa tête s'affaissait tristement (la leçon originale est plus expressive mais on avait déjà eu plus haut: « Valterna laissa tomber sa tête » )
♦ je contemplais sa façade ⇒ j'en contemplais la façade
♦ silence solennel de la nuit ⇒ silence de la nuit (suppression d'un cliché)
♦ en deux bandes noires et luisantes, et éclairées ⇒ en deux bandeaux noirs et luisants et éclairés*
♦ Je m'élançais, je saisis ⇒ Je voulus saisir
♦ de pierreries, et les ⇒ de pierreries, les

* La coiffure en bandeaux devint à la mode vers cette époque (années 1830). On a par exemple: « Je suis mal en bandeaux; mes cheveux sont trop courts » (Alfred de Musset, À quoi rêvent les jeunes filles (1833), scène I).

À l'inverse les changements de ponctuation sont très nombreux et de tout type! Nous résumons en un tableau qui dénombre, pour un signe de ponctuation dans la colonne de gauche, les altérations subies (reste de la ligne). Exemple: le point est remplacé onze fois par point-virgule, une fois par deux-points, dix fois par virgule, etc.:

  ajout suppr. remplacement par
. ; : , !
.       11 1 10 3
;     6   15 6  
:     1 1   2  
, 15 23 1 2 6   4
!           6  
?             1
... 1   1        
3            

À quoi s'ajoutent un déplacement de virgule et neuf alinéas supplémentaires. Quand on examine tous ces changements, on en retire une impression de minutie excessive. Si certaines modifications sont heureuses, la plupart sont insignfiantes, et certaines paraissent même négatives.






Nous donnons le texte de la Revue de Paris repris par le n° 17 de la revue Présence de George Sand (pp.40-45), avec les variantes de cette dernière — la plupart de celles-ci semblent être des inadvertances.
Nous donnons aussi les variantes de {Mel}. Dans presque tous les cas de variantes, nous rappelons le texte de {RDP} avant celui de {Mel} nous ne rappelons celui de {PGS} que si celui-ci diffère de {RDP}. Quelques exemples:
"Vérone on vit {RDP}, {Mel} ♦ Vérone, on vit {PGS}" : {RDP} et {Mel} sont identiques.
"extraordinaire. Des {RDP} ♦ extraordinaire; des {Mel}." : {RDP} et {PGS} sont identiques.
Dans les variantes, le signe '/' indique un alinéa.

Le texte est ici paginé sous la forme {RDP n}, {Mel n} — sans rappel du tome qui est toujours le premier — et {PGS n}. Ces indications toutefois ne coupent pas un mot et la césure est placée avant ou après le mot coupé dans l'édition.






{RDP 234; Mel 7} LA PRIMA DONNA. a 1

Dans une des principales hôtelleries de Vérone on vit b un soir un mouvement extraordinaire. Des c groupes se formaient dans la salle et jusque dans la cour; on d parlait avec chaleur. Un e étranger eût pu croire qu'il s'agissait d'un grand événement politique; car pour ce peuple restreint à la passion des arts, le début d'un chanteur ou le succès d'un opéra sont d'aussi puissans f motifs d'intérêt que chez nous le renvoi d'un ministre ou une déclaration de guerre.

Or il ne s'agissait rien moins à Vérone ce soir-là que de la rentrée de la signora Gina, {Mel 8} jadis les délices de la ville, mais éloignée du théâtre durant plusieurs années. Son g nom partait de toutes les bouches accompagné des épithètes de diva, de benedetta 2.

Un grand silence succéda aux transports. Tous les yeux se tournèrent vers un jeune homme qui venait d'entrer sans rien dire à personne, et qui s'était jeté sur une chaise demi-brisée prête à manquer sous son poids. h

Il était beau, mais étrange. Près de lui, sur une table, il avait posé son manteau roulé autour d'une épée, et sa main droite était cachée dans son sein.

« Valterna! » lui i cria quelqu'un en lui frappant sur l'épaule. {RDP 235} Il ne bougea pas; seulement j ses grands yeux noirs se tournèrent lentement vers le cadran de la pendule.

« Il n'est pas temps encore, » k dit-il; et son l regard, un instant animé, se voila de nouveau des longs cils de sa paupière.

« m Quel est cet homme? n demanda un Français arrivé depuis une heure à Vérone. — C'est o Valterna, lui répondit-on. — Un officier? dit le Français en regardant l'épée et les moustaches du jeune homme. — Non p, répondit-on, un dilettante. {Mel 9}— Un q voyageur autour du monde, dit un autre. — Un r furieux, un fou, ajouta un troisième en s'éloignant.

— Peut-être pas si fou qu'on le pense, dit le premier qui avait parlé; mais qui peut savoir la vérité? — C'est s une histoire singulière, et que nul autre que lui ne peut raconter. » t

Le Français, frappé profondément de l'aspect de Valterna, céda à un sentiment d'intérêt irrésistible en poursuivant ses questions. Les uns lui dirent que c'était l'amant disgracié de la cantatrice Gina; d'autres, que u c'était l'amant heureux de la duchesse de R**. « v Écoutez, lui dit-on, si vous êtes curieux de le connaître, essayez de le faire parler; peut-être vous montrera-t-il plus de confiance qu'à un ancien ami, peut-être aussi vous tournera-t-il le dos sans vous répondre, car w il est bizarre, inégal, inexplicable, mais il n'est pas méchant. Avant sa folie c'était un grand cœur. Allez, parlez-lui de Gina. Si une fois vous le mettez en train de raconter, il vous en dira, beaucoup; mais on ne peut que médiocrement se fier à ses récits, car il ne sait pas toujours lui-même ce qu'il doit penser de sa vie. »

{Mel 10} Le Français s'assit à la même table que Valterna; c'est alors seulement qu'il crut ne pas contempler ses traits pour la première fois. Il se demanda à quelle époque de sa vie le vague souvenir de cet homme devait le reporter, lorsque celui-ci, avec autant {RDP 236} d'assurance que s'il l'eût quitté la veille, se jeta dans ses bras en l'appelant son ami, son camarade, son cher Numa. A ce nom le Français tressaillit; il crut se retrouver enfant au collége x de Montpellier, et serra contre sa poitrine un ancien compagnon dont la figure et le nom s'étaient presque effacés de sa mémoire, mais dont le caractère enthousiaste et sombre marquait comme un trait ineffaçable dans la vie de ceux qui l'avaient une fois rencontré.

« y Vous me voyez bien changé, dit-il à son ami, après ces premières effusions délicieuses pour deux cœurs qui retrouvent l'un dans l'autre le témoignage d'un bonheur perdu; le chagrin et la maladie m'ont vieilli plus que les années. » Numa z l'interroge aa avec cette réserve délicate qui inspire la confiance sans l'exiger. « Gina! ab répondit le Véronais ; et un sourire infernal sillonna sa bouche flétrie. Gina! c'est toute mon histoire.

{Mel 11} — Quelle est donc cette Gina dont le nom trouve ici tant d'échos? dit le Français.

— Vous ne le savez pas? dit Valterna avec amertume, c'est la duchesse de R**. » ac

Numa fit un mouvement de surprise.

« ad Oui, reprit Valterna, la femme du duc de R** ae, votre compatriote. N'avez-vous pas entendu dire qu'il s'était marié ici avec une chanteuse?

— Il est vrai; je m'en souviens à présent.

— Gina! pauvre Ginetta; dit af le Véronais; on a vanté son bonheur, elle fut seule à ne pas y croire. Certes elle pourrait dire tout ce qu'il y a de maux vivans sous l'éclat des richesses.

» Elle ag était si belle autrefois, jeune fille chantant chaque soir sur le théâtre de Vérone, puisant le bonheur et la vie dans les {RDP 237} applaudissements d'un public qu'elle enivrait de sa voix magique, et qui l'épuisait à son tour des transports de son enthousiasme; jeune fille si belle à voir et si ravissante à entendre qu'on ne pouvait la voir et l'entendre à la fois. ah Oh! si vous l'aviez vue paraître, froide d'abord et belle comme une statue antique, absorbant dans son regard toute une foule muette et pâlissante! si vous aviez vu ses narines se gonfler, ses lèvres frémir, son sein s'agiter aux premiers accords! {Mel 12} puis comme tout à coup sa voix, sortant à flots harmonieux, coulait douce et sonore, ou éclatait forte et passionnée! Voix du ciel, voix de l'enfer, remuant tous les cœurs, vibrant dans toutes les ames ai, les rafraîchissant de suaves mélodies, ou les torturant sans pitié d'accens aj cruels et déchirans! Moi, je l'ai vue, cette femme, comme un lutteur épuisé de sa victoire, s'arrêter, les bras pendans, les yeux éteints, et l'on eût pu entendre son haleine embrasée s'échapper inégale et pressée de sa gorge haletante; et la foule était là sans force, sans voix, osant à peine aspirer l'air... Puis c'était comme un rêve dont on sortait par un coup de tonnerre; il n'y avait qu'un seul cri, qu'un seul enthousiasme, et la jeune fille souriait; ses mains tremblantes se croisaient sur sa poitrine, et des larmes de bonheur brillaient à ses cils abaissés. »

Valterna laissa tomber sa tête sur son sein. « Vous ak l'aimez! dit le Français en lui pressant la main avec un sentiment d'affection sympathique.

— Oh! elle al était ma vie, répondit le jeune homme. La voir et l'entendre, c'était toute ma joie. Avant elle mes jours coulaient tristes et nonchalans am, j'existais sans passions, sans tourmens, {Mel 13} sans désirs: je la vis, je l'entendis, et mes jours se passèrent à désirer le soir, et le soir je sentais an à mes larmes que j'étais né pour le bonheur. Les autres l'admiraient, je la bénissais en secret; ils avaient pour elle de l'enthousiasme, pour elle mon ame avait un culte; elle n'était que le soir de leurs jours, elle était mes jours tout entiers. Oh! vous ne savez pas ce que c'est que cette existence fade et monotone à laquelle on se laisse aller, vide d'émotions, de {RDP 238} sourires et de peines. C'était mon existence à moi, et elle ao m'apparut, bienfait et bénédiction! et ma vie ap s'alluma à son regard, et mon ame engourdie et triste se réveilla enthousiaste et forte aux aq accens enchanteurs de sa voix. Le croirez-vous? Jamais ma main n'avait pressé la sienne, je croyais que mon regard n'avait jamais arrêté le sien; mais elle m'avait donné de ces émotions qui tuent et qui enivrent ar; elle devint un besoin pour moi. Il fallut que chaque soir me rendit le bonheur de la veille. C'était comme une religion que je portais dans mon cœur, une religion à laquelle je vouais la vie qu'elle m'avait donnée. Gina m'avait-elle remarqué? le bruit de mon admiration fanatique était-il parvenu jusqu'à elle? et son ame d'artiste, son ame enthousiaste et neuve avait-elle rêvé quelquefois à {Mel 14} celle qui lui devait ses joies et ses délices? Je l'ignorai long-temps as: mais, étrange bizarrerie de ma destinée! j'étais heureux, je me disais que l'amour de la gloire remplissait sa vie tout entière, et qu'il n'y avait plus en elle de place pour les autres passions. Elle pleurait aux applaudissemens d'une foule idolâtre, elle riait à une parole d'amour; je n'avais donc pas de rival à craindre. Après le bonheur de l'aimer, il at n'y avait rien de plus enivrant que le bonheur d'être aimé d'elle; je au n'y croyais pas, et, persuadé qu'elle dépensait tout son cœur dans ses chants, qu'elle le jetait tout entier sur la scène, je puisais dans l'activité qu'elle avait fait éclore en moi le sentiment exquis et pur d'une félicité sans mélange. Après vous avoir dit mes premièrs joies sur la terre, je ne vous parlerai ni du bruit que fit dans Vérone mon amour romanesque pour Gina, ni des étranges commentaires que chacun hasarda sur mon compte. Le vulgaire ne comprendra jamais ce qui tranche hardiment avec le commun de la vie; et comme pour se venger av de ne pouvoir me comprendre, il s'en rit comme d'une sottise, ou aw s'en étonne comme d'une folie.

» Cependant deux seigneurs étrangers, voyageant par manie et s'ennuyant partout, {Mel 15} arrivèrent à Vérone. Le ax plus jeune, le comte de C**, fat par principes, sceptique par ton, doutant de tout, excepté de sa beauté et de ses moyens de séduction; le plus vieux, le duc de R**, profondément égoïste, saturé de plaisirs, prêt à {RDP 239} tout faire, à tout sacrifier pour colorer un peu la vie pâle et morne qu'il promenait depuis dix ans.

» Il n'était bruit alors que de la prima donna ay. Ne pouvant se la az partager, les deux seigneurs la tirèrent ba au sort. Elle échut au duc de R**. Gina se rit bb et du duc et du sort. Le duc amusa tout Vérone. Son amour-propre fut cruellement blessé. Je l'aurai! bc s'écria-t-il un matin. Le soir elle était à lui; Gina était duchesse.

» Ne me demandez pas les raisons qui la déterminèrent à échanger son bonheur contre un titre et de l'opulence; je bd les ai toujours ignorées. Pensa-t-elle s'élever plus haut dans l'opinion en joignant un faux éclat à tant d'éclat solide et réel dont l'entourait son talent? Eut-elle la faiblesse de se croire au-dessous de ces femmes qui l'applaudissaient tout haut, et qui l'enviaient en secret? Hélas! elle était plus qu'elles toutes; elle préféra devenir la dernière d'entre elles.

» Vérone perdit ses soirées de délices. Une {Mel 16} fièvre brûlante s'empara de moi, et je n'échappai à la tombe que pour me sentir agité de tous les tourmens de l'enfer. Le barbare! il avait désenchanté ma vie; et cette femme que j'idolâtrais, cette femme que j'avais respectée jusque dans mes rêves les plus doux, elle était à lui, il l'avait à lui seul; je voulus mourir.

» Je n'eus pas même la consolation de la savoir heureuse, pour adoucir la douleur qui consumait mes jours. Pauvre Gina! la plante qui croît be sur la montagne périt à l'ombre des vallons. Son mariage fut splendide et triste. On enviait le bonheur de Gina, elle bf s'y laissa traîner en tremblant. Dès le premier jour elle se sentit à l'étroit dans cette destinée nouvelle. bg Adieu cette vie d'artiste, si pleine et si brûlante; adieu les agitations du théâtre, les enivremens de la gloire! Vint le positif de la vie, froid et sec comme le cœur du riche; celui de Gina s'y brisa. Pauvre femme! le luxe et l'opulence ne lui allaient pas; il fallait à ses larges poumons un air et plus âpre et plus libre. Ses joues se cavèrent, et ses grands yeux bleux se marbrèrent de noir. Triste sans chagrin, on la vit d'abord joyeuse sans gaieté. Si le soir, dans ses salons brillans qui réunissaient toute la noblesse de Vérone, elle {Mel 17} s'abandonnait à la {RDP 240} verve de son talent, si elle retrouvait ses brûlantes inspirations, vous eussiez vu ses joues se colorer, ses yeux s'animer, quelque chose d'inspiré briller dans ses regards. Qu'elle était belle encore! On l'entourait alors, on la complimentait, et son regard s'éteignait tout à coup, et sa tête tombait bh tristement sur son sein. Ce n'étaient plus cette extase immobile, ce silence contemplatif, ces trépignemens frénétiques; ce n'étaient plus ces femmes brûlant de sa passion et pleurant de ses larmes, ces mouchoirs qui s'agitaient, ce lustre étincelant sous la voûte retentissante, cette pluie de fleurs qui tombait à ses pieds; ce n'étaient plus ces cris qui la rappelaient sur la scène: dans ses salons tout était froid et morne. En vain chercha-t-elle à vaincre cette rêverie amère qui la consumait; en vain essaya-t-elle des chants vifs et joyeux: si elle venait à laisser courir ses doigts sur le piano, si elle forçait sa voix à des mesures vives et pressées, bientôt seule au milieu de la foule étonnée, elle revenait aux noires pensées qui l'assiégeaient sans cesse, ses bi doigts erraient lentement sur les touches plaintives, sa voix s'affaiblissait, des phrases d'une harmonie poignante sortaient sourdement de sa poitrine, et {Mel 18} les chants commencés dans la joie allaient mourir dans la douleur.

» Bientôt son état empira. En vain son mari l'entourait de tout le bien-être de la vie extérieure, la berçait de toutes les molles aisances que peut donner la fortune, chaque bj jour emportait un débris de sa beauté; depuis longtemps bk c'en était fait de son bonheur. » bl

Valterna s'interrompit, passa à plusieurs reprises sa main sur son front découvert, regarda la pendule, et continua après quelques instans de silence bm. Sa voix était altérée; quelques éclairs de joie traversaient parfois son visage, et son cœur semblait bondir d'impatience.

« Je voyageai dans l'espoir de me distraire; je bn revins plus malheureux que jamais. L'image de Gina m'avait suivi partout, comme bo un génie de malheur attaché à mes pas, comme un remords {RDP 241 } cramponné à mon cœur. Partout bp je l'avais retrouvée, partout j'avais entendu sa voix, dans le bruit des vents, dans le murmure des vagues, dans le silence du désert. Gina! le soleil des sables brûlans m'avait consumé de tous ses feux, j'avais gravi tout sanglant le rochers, j'avais dormi sur la neige des monts, et je n'avais jamais été torturé que de son souvenir. Mon ame s'ulcéra, mon caractère {Mel 19} s'aigrit; je revins à Vérone, mort aux émotions douces. Je ne sentis que colère et fureur au théâtre, à cette place solitaire où j'avais goûté la vie; dans ces lieux où elle m'avait versé des torrens de délices, je n'éprouvai que rage et jalousie.

» 3 La tête de l'infortunée Gina s'était égarée. Malheureuse, son mari l'avait accusée de folie. Folle bq, il l'accusa d'ingratitude. Il était dans sa nature de s'indigner de tout ce qui froissait son tiède bonheur, de s'irriter des maux d'autrui, non par pitié, mais par égoïsme. Il vint un temps où la pauvre femme se levait toutes les nuits, pâle et silencieuse, s'habillait lentement, bouclait avec soin ses longs cheveux noirs, et après avoir contemplé avec un sourire mélancolique la glace qui l'avait autrefois réfléchie et si br fraîche et si belle, elle parcourait les vastes appartemens de son palais; et tout à coup elle s'arrêtait; se bs croyant sur la scène, pensant avoir un public à remuer, des couronnes à recevoir, elle bt était tour à tour Anna, Juliette bu, Aménaïde; sa voix s'élevait sous la voûte sonore, les modulations les plus suaves sortaient de ses lèvres, et bv les phrases harmonieuses coulaient douces bw et cadencées, comme l'eau murmurant sur les cailloux polis. On dit que {Mel 20} parfois, lorsque ses chants avaient cessé, ses yeux inquiets et hagards semblaient interroger la foule; qu'elle répondait par un long cri au silence de mort qui régnait autour d'elle, et qu'elle tombait alors, froide comme la pierre qu'allait frapper sa tête échevelée.

» On assure qu'à cette époque ma raison se troubla. Il est certain qu'une étrange rêverie s'empara de mon cerveau; je bx ne sais par quelle fatalité je vins à croire que Gina m'aimait, qu'en des temps plus heureux ma tête avait reposé sur son sein; qu'elle by m'appelait encore dans le silence embrasé de ses nuits. Que vous dirai-je? J'étais fou, fou de malheur. Je ne sais ce que je résolus, {RDP 242} mais un soir que le duc de R** donnait une fête aux seigneurs de Vérone, je me mêlai à la foule élégante qui se pressait dans la cour de son palais, et je glissai inaperçu bz à travers les colonnes de marbre: bientôt ca la fraîcheur parfumée du soir caressa mon visage, et je me trouvai dans les allées ombreuses d'un jardin immense et désert. J'errai long-temps cb, sombre et soucieux, aux sons de la mandoline, aux refrains de la Tarentaise, et lorsque cc je secouai les idées vagues et pénibles qui cd m'oppressaient comme un cauchemar, les chants de fête avaient cessé, les {Mel 21} flambeaux étaient éteints, et le palais s'élevait devant moi, silencieux comme une tombe. Rafraîchi par la brise, qui m'apportait les parfums des cythises, la tête plus calme et les sens reposés, je contemplais sa façade ce d'architecture composite, sans cf chercher à me rendre compte de l'endroit où je me trouvais et des motifs qui m'y avaient conduit, lorsque j'aperçus à travers les larges carreaux l'éclat d'une lumière qui tremblait, blanche et triste, sur des rideaux de velours cramoisi. Une voix s'éleva dans le silence solennel de la nuit cg, et l'air vint en frémissant se briser sur les vitres qui, frappées ch en même temps des rayons de la lune, brillaient de mille facettes d'argent. Je tressaillis: c'était sa voix céleste! Je sentis mon cœur rajeuni s'épanouir comme en ses beaux jours; c'était Gina! Je l'entendais encore! Plusieurs portes de glace roulèrent sur leurs gonds; la voix s'approcha plus ci grave et plus sonore; l'herbe fraîche fléchit en criant; un cj frôlement de robe agita le feuillage, et à travers les citronniers et les myrthes ck je vis Gina s'avancer lentement, pâle, les cheveux séparés sur le front en deux bandes noires et luisantes, et éclairées cl par la lune qui, bizarrement cm découpée par les nuages, jouait de ses {Mel 22} rayons capricieux avec les plis de son vêtement blanc. Son aspect me fascina, et je restai immobile, les mains tendues vers elle.

» Ses bras cn étaient nus, ses épaules à moitié découvertes, et sa robe fine et légère dessinait la maigreur diaphane de ce corps que depuis si long-temps l'ame fatiguait et brisait sans cesse. Elle alla s'asseoir sur un tertre de gazon humide, et là, appuyée sans art, presque sans grâce, d'une voix triste et plaintive, elle co chanta la romance du Saule cp: c'était Desdemona, la Desdemona de {RDP 243} Shakspeare; cq mélancolique comme la nuit qui cr semblait gémir avec elle, pressentant sa terrible destinée, la prédisant dans chacun de ses accens, la racontant dans chacun de ses regards. Je l'écoutais dans une muette extase; tout-à-coup cs elle poussa un cri délirant, et je frissonnai. Elle avait vu dans l'ombre surgir une figure froidement atroce; elle ct venait d'apprendre qu'il fallait mourir! Oh! il fallait la voir, naïve comme la peur d'un enfant, ou cu amère comme le mépris, passer de la crainte qui supplie à l'indignation qui foudroie, et se dresser, grande et terrible, dans sa fierté de femme outragée! et puis comme cv une pauvre fille qui a besoin d'amour et de pardon. Il cw fallait la voir arrondir ses {Mel 23} bras souples et blancs, comme cx pour enlacer le cou rude et basané du barbare, le menacer, le prier encore, et, glacée de terreur, tomber à ses pieds, palpitante comme la colombe sous la serre cruelle du vautour! et ses larmes mélodieuses, ses énergiques protestations, ses lamentables cris, si vous les aviez entendus! Pleure! pleure! pauvre cy Vénitienne! c'était cz bien la peine de quitter ta patrie, et ton père, et ta gloire da pour ce monstre altéré de sang! Ton heure est venue; le poignard est bien luisant; la db nuit est bien sombre..... dc Pauvre Vénitienne, il faut mourir. dd — Mourir! et elle de fuyait, pâle, les yeux égarés, sublime de peur..... et au df moment où l'amour de la vie déployait dans toute sa vigueur la puissante énergie de ses moyens, au moment où sa voix poignait l'ame de toute l'harmonie déchirante de ses accens, elle s'arrêta, comme frappée d'une commotion électrique, le regard fixe, le cou tendu, immobile et froide comme une statue de marbre..... L'orchestre dg ne va pas, murmura-t-elle lentement, les lumières pâlissent; tout est muet autour de moi!... Oh! mon Dieu! s'écria-t-elle avec désespoir. Lui aussi! et dh sa main semblait indiquer une place où ses yeux se reposaient tristement. Lui aussi, il {Mel 24} se tait!... Lui, dont j'étais la vie, di ajouta-t-elle d'une voix mystérieuse... Pourquoi donc?... Je brûlais; je m'élançai vers elle: dj je voulus l'attirer sur mon sein; mais à peine eus-je touché son vêtement qu'elle frissonna de la tête aux pieds, et ses traits peignirent une souffrance physique qui me glaça d'effroi... Reste, dk oh! reste, m'écriai-je! Gina, dl j'ai tant souffert! Oh! {RDP 244} viens, plus près encore! ma Gina! dm mon amour! souffrances dn, tourmens, peines amères; do un chant de ta voix a tout emporté!... Elle me regarda d'un air étonné; une de ses mains s'appuya sur son cœur, l'autre sur son front, et elle eut l'air de chercher à se ressouvenir. Oh! je te connais bien, dp dit-elle... Mon regard était étincelant, ma voix forte et brève. La dq terre fuyait sous mes pieds. Je m'élançai; je saisis Gina dr dans mes bras; mais elle poussa un cri perçant, et s'arrachant ds à mes étreintes, elle glissa comme une ombre à travers le feuillage; je courus sur ses pas, mais dt la lune n'éclairait plus, la nuit était noire; furieux du, égaré, après avoir escaladé le mur du jardin et parcouru long-temps les rues désertes de Vérone, sans dv savoir où j'allais, sans chercher à le savoir, je rentrai chez moi, j'eus la fièvre; j'ignore dw ce que je devins, et les jours {Mel 25} s'écoulèrent sans que j'en marquasse le cours.

» Rendu à la vie et à la raison, cette nuit de délire me poursuivit d'abord de paroles vagues et mystérieuses. Je me rappelais qu'autrefois tout Vérone avait parlé de la passion sympathique que la prima donna nourrissait pour moi; incrédule dx comme autrefois, je souriais de mes souvenirs: mais au moins j'avais marqué dans la vie de Gina, je n'avais point traversé son existence comme une joie qui passe et qu'on oublie, comme un jour qu'un autre jour efface. Puis une incertitude effrayante me plongea dans mille tourmens. Je songeai à mes jours de folie: je me crus abusé par les rêves fantasques de la fièvre qui m'agitait alors; cette nuit de délices disparut dans un lointain douteux; ma tête trop dyfaible pour tant de bonheur la rejeta bientôt sans y croire; et cependant, ange déchu, je ne sais quelle idée confuse du ciel vivait en moi, j'ignore dz à quels souvenirs du passé mon sang refluait violemment vers mon cœur. Je fus long-temps souffrant et faible. Dès que j'eus retrouvé des forces, je ea voulus revoir encore ce théâtre où j'allais autrefois pour vivre. Je m'y traînai avec peine, et je tombai accablé de fatigue sur le dernier banc. Gina remplissait encore cette salle {Mel 26} déserte et eb le passé se dressa tout vivant devant moi. Hélas! je ne vous dirai ni ma joie ni mes peines. Qui n'a pas revu après ec des jours de tourmente ed et d'orage les ee lieux où s'écoula la {RDP 245} fraîche matinée de la vie? Qui ef n'a pas eu à y pleurer sur des souvenirs et des tombes?

» Le rideau n'était pas levé, les premiers accords de l'ouverture n'avaient pas encore fait passer le frisson sur toutes les ames eg, lorsqu'un mouvement semblable se communiqua à l'assemblée. Tous eh les regards se portèrent avec intérêt, avec une admiration mêlée de pitié, vers ei une loge d'avant-scène, où venait d'apparaître une femme voilée. Je n'eus pas besoin de voir ses traits, je n'eus pas besoin d'entendre prononcer son nom pour la reconnaître. Son ej apparition apportait dans le cœur comme un souvenir des mélodies du ciel. Je n'écoutai pas le Don Juan qu'on jouait sur la scène, et pourtant toutes les émotions de cette œuvre sublime passèrent dans mon cerveau exalté. Je m'étais approché jusqu'au banc adossé contre cette loge, où Gina s'enivrait douloureusement des triomphes d'autrui. Là, tout près d'elle, je respirais ses parfums, je comptais les palpitations de son sein. La cantatrice qui remplissait le rôle de dona Anna 4 fut applaudie {Mel 27} avec transport. Je ek secouai tristement la tête, et je fus froissé de dépit; j'étais jaloux, comme si la gloire de Gina m'eût appartenu el, comme si c'eût été me voler que d'en donner à une autre qu'elle. Mais Rosetta était l'amie de Gina: plus em jeune qu'elle de quelques années, elle en avait reçu ses leçons; elle lui devait son talent, son succès, et peut-être aussi le sentiment élevé d'une reconnaissance généreuse et délicate. Gina l'encourageait de ses regards et de ses gestes; le eo triomphe de la jeune débutante fut complet. Elle ep fut redemandée et couronnée à la fin de la pièce. Alors, modeste et touchante, elle s'approcha de la loge d'avant-scène, et eq tendit la couronne à son amie, qui la refusa. Je la ramassai comme elle tombait des mains de Rosetta, et, me penchant vers celle dont une faible barrière me séparait, je la posai sur sa tête, en m'écriant: « A Gina er, à la reine du chant! » Un es tonnerre d'applaudissemens me répondit. Gina s'était levée, faible, émue, malade, mais radieuse de joie. Elle appuya une main sur mon épaule; au milieu de l'enivrement de sa gloire, elle eut un regard pour moi; sa bouche murmura faiblement mon nom. Aussitôt elle fut entraînée par le duc {RDP 246} de R**, qui s'élança, sombre et mécontent, au milieu {Mel 28} de cette scène de délire, et vint arracher sa femme aux rapides instans de joie qu'elle venait de retrouver.

» Ce n'était donc pas un songe, une vision de mes nuits agitées. Gina et savait mon nom, mon amour; peut-être eu aussi se rappelait-elle confusément m'avoir parlé dans une de ses nuits de fièvre et d'égarement. Une rapide espérance me rendit la raison: je fis des projets comme eût pu les faire un homme dans son bons sens, je prêtai intérêt aux choses extérieures, je compris ce qui se passait autour de moi. Gina se mourait: je passai mes jours et mes nuits à songer aux moyens de lui rendre la vie. J'entendis parler d'un célèbre médecin qui venait d'arriver de Londres, et ev qui était descendu dans cette hôtellerie. Je vins le trouver. « Si ew vous la sauvez, lui dis-je, je suis à vous. Ce n'est pas seulement ma fortune que je vous donnerai, c'est mon sang, c'est mon cœur, c'est ma vie qui vous appartiendront. » Le ex médecin m'interrogea. On l'avait déjà fait appeler auprès de la duchesse de R*** ey. Il ez l'avait trouvée au dernier période 5 d'une maladie de langueur dont il ignorait la cause. Ce n'est pas le duc de R*** qui la lui aurait apprise. Je fa m'en chargeai pour lui. « Ne fb voyez-vous pas, lui dis-je, que {Mel 29} cette ame d'artiste, avide de secousses et d'émotions, languit et meurt dans la fastueuse indolence des grandeurs où on l'a reléguée? La cantatrice est devenue duchesse; et fc l'on demande pourquoi Gina se meurt d'ennui et de dégoût! C'est la gloire qu'il lui faut: qu'on la rende à son élément, et vous la verrez refleurir. » fd

» Le médecin parla. Le duc repoussa d'abord cette idée avec hauteur. Il vit sa femme prête à mourir; elle était nécessaire à son bonheur: il fit pour lui-même ce qu'il n'eût pas fait pour elle. Il fe promit tout. L'espoir et la joie ont donné un peu de force à Gina; ce soir ff elle est rendue au théâtre, à Vérone, à la vie; dans fg un instant je vais l'entendre... Mon ami, dites-moi, pensez-vous qu'on meure de bonheur? »

La pendule sonna sept heures; la fh foule se précipita hors de l'hôtellerie, et fi se porta vers le théâtre. Valterna agrafa son épée, jeta {RDP 247} son manteau sur lui, saisit convulsivement le bras du Français, et fj fut s'asseoir fk à l'orchestre.

L'ouverture de Romeo et Giuletta fl 6 finie, le rideau se leva lentement; l'orchestre se tut, et fm tel fut le religieux silence qui régnait dans la salle qu'on put entendre frémir long-temps les derniers accords, s'élevant légers comme {Mel 29} un nuage, planant sur la foule immobile, et se brisant sur la voûte, comme fn les ondulations de l'eau agitée contre la pierre du bassin qui l'enferme. Lorsque Gina parut, tous fo les fronts se découvrirent, et d'un mouvement spontané la foule se leva comme un seul homme. Pas un cri, pas un murmure: elle fp était muette. Il n'y eut alors ni joie ni enthousiasme; il fq n'y eut qu'attendrissement et pitié, et fr ce fut un touchant spectacle que de voir tous ces visages empreints d'une commune douleur au milieu de cette salle parée de luxe et d'élégance. Gina s'avança à pas lents, les bras maigres, les yeux éteints et les joues caves; mais fs plus belle que jamais de la beauté qu'elle avait perdue, belle de ses longues souffrances, de son long veuvage de gloire, belle comme la jeune épouse qui sort de ses habits de deuil, pâle et les yeux brûlés de larmes. Mais lorsqu'elle fut arrivée sur le bord de la scène, et que, simple et naïve, elle se fut inclinée, alors, comme la bombe tombant avec fracas sur les pavés d'une ville endormie, la foule éclata tout à coup. La clarté des lumières vacilla au bruit des longs cris d'enthousiasme; les fleurs pleuvaient, les loges étincelaient de pierreries, et les ft écharpes blanches et roses s'agitaient dans l'air embaumé. {Mel 31} Gina était sublime alors. Les fu yeux brillans, dévorée d'inspiration, victime haletante sous le génie qui la pressait, les ressorts de son âme ardente reprenaient toute la verve, toute la hardiesse de la jeunesse, plus énergiques, plus brûlans que jamais, comme la force élastique qui, long-temps fv comprimée, ne bondit qu'avec plus de violence. Qu'elle était belle avec sa figure pâle et passionnée, avec son sein qui palpitait, impatient d'harmonie! Elle chanta comme jamais elle n'avait chanté en ses plus beaux jours. Dans tout le cours de la pièce, exaltée par les applaudissements frénétiques, elle s'éleva au-dessus de tout ce que l'Italie avait produit de génie et de mélodie. Surprise elle-même {RDP 248 } de la puissance de ses moyens, elle dit à Rosetta, dans le dernier entr'acte, qu'il lui semblait qu'une autre voix que la sienne, une voix magique, s'exhalait fw, mâle et pleine, de ses poumons élargis. Rosetta remplissait le rôle de Roméo. Sa belle voix de contralto, grave et sonore, avait été cultivée par les soins de la duchesse de R**. Maintenant fx elle partageait son triomphe, son enthousiasme et ses inspirations. Elle-même l'arrangea dans le cercueil qui renferme, au dernier acte, Giuletta endormie, sous les fausses apparences du trépas. {Mel 32} Elle détacha ses longs cheveux noirs, arrangea la couronne de roses blanches sur son front; et l'embrassant fy avec tendresse: « Heureuse et guérie! » lui dit-elle, et Gina fz lui sourit en la pressant sur son cœur.

La foule attendait, le ga rideau se releva aux accords lugubres d'un chant de mort. Roméo paraît, chante le beau récitatif du dernier acte, ôte le couvercle du sépulcre, y trouve son amante à la place de l'ennemi qu'il a tué, se tord les bras avec une pathétique énergie d'effroi et de désespoir, boit le poison qui doit le réunir à Juliette 7, revient à elle pour lui adresser un dernier adieu, la soulève dans ses bras..... gb

Ici le public interdit se leva. Rosetta avait poussé un cri de terreur, et le corps qu'elle avait soulevé retomba lourd et roide dans le cercueil où Juliette devait se réveiller....... gc Juliette ne se réveilla pas.

Tant d'émotions long-temps perdues, longtemps désirées, retrouvées et senties avec tant de puissance, avaient gd brisé ce corps épuisé de maladie. Gina ge était morte aux accords suaves et religieux de Zingarelli, au milieu du dernier et du plus beau de ses triomphes.

Deux hommes comprirent les premiers la {Mel 33} vérité; ils gf s'élancèrent sur la scène par deux côtés différens. Le second fut le duc de R**; le premier avait été Valterna, qui, rugissant de douleur, alla s'éteindre aux pieds de Juliette.



JULES SAND. 8


Variantes

  1. LA PRIMA DONA {Mel}
  2. Vérone on vit {RDP}, {Mel} ♦ Vérone, on vit {PGS}
  3. extraordinaire. Des {RDP} ♦ extraordinaire; des {Mel}
  4. la cour; on {RDP} ♦ la cour, on {Mel}
  5. chaleur. Un {RDP} ♦ chaleur; un {Mel}
  6. puissans {RDP} ♦ puissants {Mel} (Nous ne relèverons plus ces variantes ~ans - ~ants)
  7. années. Son {RDP} ♦ années; son {Mel}
  8. une chaise demi-brisée prête à manquer sous son poids. {RDP} ♦ une chaise demi-brisée. {Mel}
  9. « Valterna! » lui {RDP} ♦ — Valterna! lui {Mel} (Par la suite nous indiquerons par la mention [TIRET] ce remplacement des guillemets par un tiret. L'appel de variante sera placé après le guillemet droit si l'échange de paroles est bref; il sera placé après le guillemet gauche dans les autres cas, et un autre appel de variante sera alors placé après le guillemet droit.)
  10. sur l'épaule. Il ne bougea pas; seulement {RDP} ♦ sur l'épaule. / Il ne bougea pas, seulement {Mel}
  11. [TIRET] {Mel}
  12. dit-il. Et son {RDP} ♦ dit-il. / Et son {Mel}
  13. [TIRET] {Mel}
  14. cet homme? {RDP} ♦ cet homme! {Mel}
  15. à Vérone. C'est {RDP} ♦ à Vérone. / — C'est {Mel}
  16. jeune homme. Non {RDP} ♦ jeune homme. / — Non {Mel}
  17. un dilettante. Un {RDP} ♦ un dilettante. / — Un {Mel}
  18. autre. Un {RDP} ♦ autre. / — Un {Mel}
  19. la vérité? — C'est {RDP} ♦ la vérité?... / — C'est {Mel}
  20. pas de guillemet dans {Mel}
  21. Gina; d'autres, que {RDP} ♦ Gina, d'autres que {Mel}
  22. [TIRET] {Mel}
  23. répondre, car {RDP} ♦ répondre; car {Mel}
  24. collége {RDP}, {Mel} ♦ collège {PGS}
  25. [TIRET] {Mel}
  26. les années. » Numa {RDP} ♦ les années. / Numa {Mel}
  27. l'interroge {RDP} ♦ l'interrogea {Mel}
  28. l'exiger. « Gina! {RDP} ♦ l'exiger. / Gina! {Mel}
  29. pas de guillemet dans {Mel}
  30. [TIRET] {Mel}
  31. la femme du duc de R** {RDP}, {Mel} ♦ la femme de R** {PGS} (oubli?)
  32. pauvre Ginetta; dit {RDP} ♦ Ginetta! dit {Mel}
  33. des richesses / » Elle {RDP} ♦ des richesses. Elle {Mel} des richesses / « Elle {PGS}
  34. à la fois. {RDP} ♦ à la fois! {Mel}
  35. ames {RDP} ♦ âmes {Mel} (il en va ainsi tout au long; on n'y reviendra plus)
  36. accens {RDP} ♦ accents {Mel} (Nous ne relèverons plus ces variantes ~ens - ~ents)
  37. son sein. « Vous {RDP} ♦ son sein. / — Vous {Mel}
  38. Oh! elle {RDP} ♦ Oui, elle {Mel}
  39. nonchalans {RDP} ♦ nonchalants {PGS}
  40. je sentais {RDP} ♦ je sentis {Mel} (indavertance ou correction?)
  41. et elle {RDP} ♦ et Gina {Mel}
  42. bénédiction! et ma vie {RDP} ♦ bénédiction! ma vie {Mel}
  43. se réveilla enthousiaste et forte aux {RDP} ♦ se réveilla aux {Mel}
  44. qui tuent et qui enivrent {RDP} ♦ qui enivrent et qui tuent {Mel}
  45. long-temps {RDP} ♦ longtemps {Mel}(Nous ne relèverons plus cette variante)
  46. l'aimer, il {RDP} ♦ l'aimer il {Mel}
  47. aimé d'elle; je {RDP} ♦ aimé d'elle, je {Mel}
  48. et comme pour se venger {RDP} ♦ et, comme pour se venger {Mel}, {PGS}
  49. sottise, ou {RDP} ♦ sottise ou {Mel}
  50. à Vérone. Le {RDP}, {Mel} ♦ à Vérone: le {PGS}
  51. prima dona {Mel} (Il en sera de même pour la seule autre occurence de ce mot, outre celle du titre)
  52. Ne pouvant se la {RDP} ♦ Ne pouvant la {Mel}
  53. les deux seigneurs la tirèrent {RDP}, {Mel} ♦ les deux seigneurs tirèrent {PGS}
  54. au duc de R**. Gina se rit {RDP}, {Mel} ♦ au duc de R**; Gina rit {PGS}
  55. blessé. Je l'aurai! {RDP} ♦ blessé. — Je l'aurai! {Mel}
  56. l'opulence; {RDP} ♦ je l'opulence: je {Mel}
  57. croît {RDP} ♦ croit {Mel} (inadvertance)
  58. Gina, elle {RDP} ♦ Gina; elle {Mel}
  59. nouvelle. {RDP} ♦ nouvelle! {Mel}
  60. sa tête tombait {RDP} ♦ sa tête s'affaissait {Mel}
  61. sans cesse, ses {RDP} ♦ sans cesse; ses
  62. la fortune, chaque {RDP} ♦ la fortune: chaque {Mel}
  63. depuis long-temps {RDP} ♦ depuis longtemps {PGS}
  64. (le guillemet est présent dans {Mel} .)
  65. instans de silence {RDP} ♦ instants de silence {PGS}
  66. me distraire; je {RDP} ♦ me distraire: je {Mel}
  67. partout, comme {RDP} ♦ partout comme {Mel}
  68. mon cœur. Partout {RDP} ♦ mon cœur; partout {Mel}
  69. de folie. Folle {RDP} ♦ de folie; folle {Mel}
  70. réfléchie et si {RDP} ♦ réfléchie si {Mel} (oubli?)
  71. elle s'arrêtait; se {RDP} ♦ elle s'arrêtait, se {Mel} ♦ elle s'arrêtait: se {PGS}
  72. à recevoir, elle {RDP} ♦ à recevoir; elle {Mel}
  73. Juliette {RDP}, {Mel} ♦ Julienne {PGS} (inadvertance)
  74. de ses lèvres, et {RDP} ♦ de ses lèvres; et {RDP} ♦ de ses lèvres, et {Mel}, {PGS}
  75. coulaient douces {RDP} ♦ coulaient, douces {Mel}
  76. cerveau; je {RDP} ♦ cerveau: je {Mel}
  77. sur son sein; qu'elle {RDP} sur son sein, qu'elle {Mel}, {PGS}
  78. inàperçu {RDP} (c'est bien sûr une coquille)
  79. marbre: bientôt {RDP} ♦ marbre. Bientôt {Mel}
  80. long-temps {RDP} ♦ longtemps {PGS}
  81. la Tarentaise, et lorsque {RDP}la Tarentaise et, lorsque {Mel}
  82. péniblesq ui {RDP} (autre coquille)
  83. je contemplais sa façade {RDP} ♦ j'en contemplais la façade {Mel}
  84. composite, sans {RDP} ♦ composite sans {Mel}
  85. silence solennel de la nuit {RDP} ♦ silence de la nuit {Mel}
  86. sur les vitres qui, frappées {RDP} ♦ sur les vitres, qui, frappées {Mel}
  87. s'approcha plus {RDP} ♦ s'approcha, plus {Mel}
  88. en criant; un {RDP} ♦ en criant, un {Mel}
  89. et les myrthes {RDP} ♦ et les myrtes {Mel}
  90. en deux bandes noires et luisantes, et éclairées {RDP} ♦ en deux bandeaux noirs et luisants et éclairés {Mel}
  91. la lune qui, bizarrement {RDP} ♦ la lune, qui, bizarrement {Mel}
  92. Ses bras {RDP} (le guillemet était oublié)
  93. plaintive, elle {RDP} ♦ plaintive elle {Mel}
  94. la romance du Saule {RDP} ♦ la romance du Saule {Mel}
  95. Desdemona, la Desdemona de Shakspeare; {RDP} ♦ Desdémona, la Desdémona de Shakespeare, {Mel}
  96. la nuit qui {RDP} ♦ la nuit, qui {Mel}
  97. tout-à-coup {RDP} ♦ tout à coup {Mel}, {PGS}
  98. atroce; elle {RDP} ♦ atroce: elle {Mel}, {PGS}
  99. d'un enfant, ou {RDP} ♦ d'un enfant ou {Mel}
  100. et puis comme {RDP} ♦ et puis, comme {Mel}
  101. pardon. Il {RDP} ♦ pardon, il {Mel}
  102. blancs, comme {RDP} ♦ blancs comme {Mel}
  103. entendus! Pleure! pleure! pauvre {RDP} ♦ entendus!... Pleure, pleure, pauvre {Mel}
  104. c'était {RDP} ♦ C'était {Mel}
  105. ta patrie, et ton père, et ta gloire {RDP} ♦ ta patrie et ton père et ta gloire {Mel}
  106. luisant; la {RDP} ♦ luisant, la {Mel}
  107. bien sombre..... {RDP} ♦ bien sombre...... {Mel} ♦ bien sombre... {PGS} (il en est de même un peu plus bas, après de peur et après de marbre)
  108. mourir. {RDP} ♦ mourir! {Mel}
  109. Mourir! et elle {RDP} ♦ Mourir! elle {Mel}
  110. sublime de peur..... et au {RDP} ♦ sublime...... et, au {Mel}
  111. marbre..... L'orchestre {RDP} ♦ marbre. — L'orchestre {Mel}{PGS} insère des guillemets autour des parties dialoguées de ce paragraphe. Nous respectons le choix de {RDP}.
  112. Lui aussi! et {RDP} ♦ Lui aussi! — Et {Mel}
  113. tristement. Lui aussi, il se tait!... Lui, dont j'étais la vie, {RDP} ♦ tristement. — Lui aussi il se tait! lui dont j'étais la vie! {Mel}
  114. Je brûlais; je m'élançai vers elle: {RDP} ♦ Je brûlais: je m'élançai vers elle, {Mel}
  115. d'effroi... Reste, {RDP} ♦ d'effroi. — Reste! {Mel}
  116. m'écriai-je! Gina, {RDP} ♦ m'écriai-je, Gina! {Mel}
  117. viens, plus près encore! ma Gina! {RDP} ♦ viens! plus près encore, ma Gina, {Mel}
  118. souffrances {RDP} ♦ Souffrances {Mel}, {PGS}
  119. peines amères; {RDP} ♦ peines amères, {Mel}, {PGS}
  120. ressouvenir. Oh! je te connais bien, {RDP} ♦ ressouvenir. — Oh! je te connais bien! {Mel}
  121. brève. La {RDP} ♦ brève; la {Mel}
  122. sous mes pieds. Je m'élançai; je saisis Gina {RDP} ♦ sous mes pieds. Je voulus saisir Gina {Mel} ♦ sous mes pieds. Je m'élançai, je saisis Gina {PGS}
  123. et s'arrachant {RDP} ♦ et, s'arrachant {Mel}, {PGS}
  124. feuillage; je courus sur ses pas, mais {RDP} ♦ feuillage. Je courus sur ses pas; mais {Mel}
  125. noire; furieux {RDP} ♦ noire. Furieux {Mel}
  126. Vérone, sans {RDP} ♦ Vérone sans {Mel}
  127. la fièvre; j'ignore {RDP} ♦ la fièvre. J'ignore {Mel}
  128. pour moi; incrédule {RDP} ♦ pour moi. Incrédule {Mel}
  129. ma tête trop {RDP} ♦ ma tête, trop {Mel}
  130. en moi, j'ignore {RDP} ♦ en moi; j'ignore {Mel}
  131. forces, je {RDP} ♦ forces je {Mel}
  132. salle déserte et {RDP} ♦ salle déserte, et {Mel}, {PGS}
  133. revu après {RDP} ♦ revu, après {Mel}
  134. de tourmente {RDP}, {Mel} ♦ de tourment {PGS} (oubli?)
  135. d'orage les {RDP} ♦ d'orage, les {Mel}
  136. de la vie? Qui {RDP} ♦ de la vie? qui {Mel}
  137. les ames {RDP} ♦ les âmes {PGS}
  138. à l'assemblée. Tous {RDP} ♦ à l'assemblée: tous {Mel}
  139. de pitié, vers {RDP} ♦ de pitié vers {Mel}
  140. la reconnaître. Son {RDP} ♦ la reconnaître; son {Mel}
  141. avec transport. Je {RDP} ♦ avec transport: je {Mel}
  142. appartenu {RDP} ♦ appartenue {Mel}
  143. Gina: plus {RDP} ♦ Gina; plus {Mel}
  144. années, elle {RDP} ♦ années elle {Mel}
  145. de ses gestes; le {RDP} ♦ de ses gestes. Le {Mel}
  146. complet. Elle {RDP} ♦ complet; elle {Mel}
  147. d'avant-scène, et {RDP} ♦ d'avant-scène et {Mel}, {PGS}
  148. « A Gina {RDP} ♦ — A Gina {Mel}
  149. » Un {RDP} ♦ — Un {Mel}
  150. agitées. Gina {RDP} ♦ agitées: Gina {Mel}
  151. mon amour; peut-être {RDP} ♦ mon amour, peut-être {Mel}
  152. de Londres, et {RDP} ♦ de Londres et {Mel}
  153. hôtellerie. Je vins le trouver. « Si {RDP} ♦ hôtellerie: je vins le trouver. — Si {Mel}
  154. appartiendront. » Le {RDP} ♦ appartiendront. — Le {Mel}
  155. duchesse de R*** {RDP} ♦ duchesse de R** {Mel}, {PGS} (de même un peu plus loin: duc de R**)
  156. de R**. Il {RDP} ♦ de R**: il {Mel}
  157. apprise. Je {RDP} ♦ apprise: je {Mel}
  158. pour lui. « Ne {RDP} ♦ pour lui. — Ne {Mel}
  159. duchesse; et {RDP} ♦ duchesse, et {Mel}
  160. comme {PGS} nous ajoutons le guillemet qui s'impose.
  161. pour elle. Il {RDP} ♦ pour elle, il {Mel}
  162. à Gina; ce soir {RDP} ♦ à Gina. Ce soir {Mel}
  163. à la vie; dans {RDP} ♦ à la vie, dans {Mel}
  164. sept heures; la {RDP} ♦ sept heures: la {Mel}
  165. l'hôtellerie, et {RDP} ♦ l'hôtellerie et {Mel}
  166. du Français, et {RDP} ♦ du Français et {Mel}
  167. et fut s'asseoir {RDP}, {Mel} ♦ et fus s'asseoir {PGS} (inadvertance)
  168. Romeo et Giuletta {RDP}Romeo e Giuletta {Mel}
  169. lentement; l'orchestre se tut, et {RDP} ♦ lentement, l'orchestre se tut; et {Mel}
  170. la voûte, comme {RDP} ♦ la voûte comme {Mel}
  171. Gina parut, tous {RDP} ♦ Gina parut tous {Mel}
  172. un murmure: elle {RDP} ♦ un murmure, elle {Mel}
  173. ni enthousiasme; il {RDP} ♦ ni enthousiasme, il {Mel}
  174. et pitié, et {RDP} ♦ et pitié; et {Mel}
  175. les joues caves; mais {RDP} ♦ les joues caves, mais {Mel}
  176. de pierreries, et les {RDP} ♦ de pierreries, les {Mel}
  177. alors. Les {RDP} ♦ alors: les {Mel}
  178. force élastique, qui, long-temps {RDP} ♦ force élastique qui, longtemps {Mel}, {PGS}
  179. une voix magique, s'exhalait {RDP} ♦ une voix magique s'exhalait {Mel}
  180. de R**. Maintenant {RDP} ♦ de R**: maintenant {Mel}
  181. sur son front; et l'embrassant {RDP} ♦ sur son front, et, l'embrassant {Mel}
  182. avec tendresse: « Heureuse et guérie! » lui dit-elle, et Gina {RDP} ♦ avec tendresse: — Heureuse et guérie! lui dit-elle. — Et Gina {Mel}
  183. attendait, le {RDP} ♦ attendait: le {Mel}
  184. dans ses bras..... {RDP} ♦ dans ses bras... {Mel}, {PGS}
  185. se réveiller....... {RDP} ♦ se réveiller... {Mel}, {PGS}
  186. puissance, avaient {RDP} ♦ puissance avaient {Mel}
  187. de maladie. Gina {RDP} ♦ de maladie: Gina {Mel}
  188. vérité; ils {RDP} ♦ vérité: ils {Mel}

Notes

  1. voir la variante du dernier paragraphe.
  2. la rentrée de la signora Gina: Le modèle de Gina pourrait être la Malibran (1808-1836) qu'Aurore Dudevant avait vue dans Otello en janvier 1831 (L. 348 du 28 (?) janvier 1831 à Casimir Dudevant, in Corr.I p.789). Mais ce pourrait aussi être Giudita Pasta (1797-1865) qu'Aurore avait très probablement vue (elle en parle dans la L. 433 du 28 octobre 1831 à Laure Decerfz, in Corr.I p.972 et n.1); cette dernière avait triomphé dans Giuletta e Romeo — de Zingarelli (voir note 6); une lithographie de C. Motte la représente dans le rôle de Romeo (1821, année de ses premiers succès), Talma avait encore pour son jeu des paroles admiratives en 1826.
  3. Notons que dans {Mel} le début du récit de Valterna avait été introduit par un tiret et qu'ici, à la reprise, il y a un guillemet.
  4. dona Anna: notons ici l'emploi de dona et non donna. C'est la seule fois dans {RDP}.
  5. au dernier période: La forme masculine est correcte. « On fait encore Période masc. lorsqu'il s'agit d'un espace de temps vague. Dans un certain période de temps. Dans un court période. Dans le dernier période de sa vie, pour dire, Dans les derniers temps de sa vie » (Dict.Acad.Fr., 5e éd., 1798). Cette acception est toujours correcte aujourd'hui (cfr. Maurice Grevisse; "Le bon usage", 13e éd. par André Goosse, 1993).
  6. Romeo et Giuletta: L'opéra de Zingarelli (1752-1837) s'intitule en réalité Giulietta e Romeo; il fut créé en 1796 et représenté à Paris pour la première fois le 16 décembre 1812.
  7. Juliette: notons le passage de Giuletta à Juliette.
  8. Dans {RDP}, le nom de l'auteur n'apparaît pas sous le titre mais sous le dernier alinéa; et dans la table des matières du t. XXV, à la page 259, rubrique LITTÉRATURE MODERNE, on a l'entrée suivante: « La Prima donna, par M. Jules Sand . . . . . . . . . . 234 ».
    Dans {Mel}, au lieu de la signature, on a une date: « Avril 1831. » C'est la date de la parution dans {RDP}.
    Dans {PGS} le nom de l'auteur apparaît après le titre.