Publiée par M. Horace DE S.t-AUBIN
auteur du Vicaire des Ardennes.
ANNETTE
ET LE CRIMINEL ,
OU SUITE DU
VICAIRE DES ARDENNES

Horace de Saint-Aubin / Annette et le Criminel ou Suite du Vicaire des Ardennes / Paris ; Emile Buissot ; 1824

TOME PREMIER

CHAPITRE I.er

PRÉFACE CHAPITRE II.er

[{Buis (19)}] MONSIEUR Luc-Joachim Gérard entra en qualité de sous-chef à l'administration des droits réunis, aussitôt que cette branche du service des contributions fut organisée ; et on aura sur-le-champ une première idée fort claire du caractère de M. Gérard, en annonçant qu'en 1816 il étoit encore sous-chef à la même administration.

{Buis (20)} Alors il comptoit vingt-neuf ans de services consécutifs, qu'aucun chef de bureau de pensions n'auroit pu lui disputer, car M. Gérard eut toujours le soin de tenir ses certificats en règle, et nulle administration ne possédoit d'employé aussi exact et aussi minutieux.

Depuis l'an 3 de la république, M. Gérard avoit adopté un costume dont il ne se départit jamais , et tous les matins à neuf heures trois quarts les habitans de la vieille rue du Temple voyoient passer l'honnête sous-chef, marchant le même pas, portant un chapeau à la victime et un gilet jaune , un pantalon et un habit couleur marron arrangés avec une telle symétrie , que jamais l'habit non plus que le gilet ne se {Buis (21)} dépassoient l'un l'autre , et l'on ne reconnoissoit les limites du pantalon et de l'habit que par une chaîne d'acier, au bout de laquelle la clef de la montre avoit pour compagnon un petit coquillage blanc tacheté de brun.

Dans les premiers temps de son union avec mademoiselle Jacqueline Servigné , madame Gérard mettoit la tête à la croisée, et suivoit des yeux son Gérard jusqu'à ce qu'elle l'eût perdu de vue ; mais cette attention conjugale étoit tombée en désuétude au temps que nous avons à peindre, et si quelqu'un regardoit alors par la croisée, ce ne pouvoit être qu'Annette Gérard , la fille unique , l'enfant cbéri de ce chaste couple, qui avoit, vingt ans durant, {Buis (22)} cheminé dans le même sentier, sans avoir jamais nui à personne, ni cherché à couper à droite et à gauche les branches de ses voisins pour se faire un fagot d'hiver : c'étoit la crème des bonnes gens du quartier , les héros de la bonhomie et les plus anciens locataires de leur maison ; jamais le propriétaire n'auroit conçu la pensée de les en chasser : ils en étoient les piliers protecteurs.

Arrivé à son bureau, de temps immémorial , M. Gérard mettoit son habit marron dans une armoire, et prenoit le dernier habit marron auquel il avoit accordé les invalides, en le consacrant au service du bureau. Là. il étoit au centre de son existence, car il avoit fini par se {Buis (23)} faire un véritable plaisir des occupations de sa place , et l'or de la séduction, l'espoir d'avancer , ne lui auroient pas fait donner le pas à un dossier ou à une affaire sur d'autres. Il avoit l'amour de son état, et ses papiers, ses cartons, étoient rangés avec une grosse élégance , avec une rigide propreté , qui sentoient l'artiste bureaucrate.

Satisfait d'exercer son empire par des circulaires sur les tabacs , et par les commissions dont il chargeoit ses garçons de bureau, il n'avoit point d'ambition, ne comprenoit jamais ce que c'étoit qu'une intrigue ; et , durant tout le temps qu'il siégea sur son fauteuil en bois de chêne peint en acajou , couvert en maroquin qu'il avoit vu de couleur {Buis (24)} verte, et à clous dorés, il n'eut jamais d'ennemis, connut quelques amis , et servit toujours d'autel conciliatoire aux partis divers , pour lesquels il étoit comme une borne , placée au milieu de l'arène qu'on se partageoit.

Il avoit sur la figure son caractère écrit : deux grands yeux bleus bien ronds, un visage aussi rond que ses yeux, le front sans aucune saillie, le nez gros par le bout et nul à sa racine, les lèvres épaisses et faciles à garder la même expression, qui tenoit le milieu entre un rire complaisant et une grimace de bonté un peu niaise ; enfin , ses cheveux étoient toujours collés contre les tempes et formoient deux boucles éternelles au-dessus de son front.

{Buis (25)} Il ne connut jamais la folle dépense de déjeuner à son bureau : du moment qu'il eut sa place il accoutuma son estomac à aller de neuf heures à quatre heures sans rien prendre ; et, pendant que les employés déjeûnoient, il lisoit le journal.

Ce fut en 1817, après avoir déposé le journal des Débats sur le bureau du chef , qu'il trouva une lettre venant du bureau du personnel. Le pauvre homme avoit alors trente ans de services : il ouvrit la lettre fatale , et , après l'avoir lue , il lui prit un éblouissement comme à un homme qui voit un précipice. Dans cette lettre il se trouvoit l'objet de l'attention spéciale de M. le directeur général des contributions indirectes , qui lui donnoit le conseil {Buis (26)} de demander sa retraite , attendu que sa présence à l'administration devenoit inutile et même impossible, en ce que son fauteuil n'étoit pas assez large pour le contenir , lui et M. De la Barbeautière , ancien receveur des droits du grenier à sel de Brives-la-Gaillarde.

Quel coup de foudre !.... À peine le père Gérard eut-il annoncé ce qui lui arrivoit que tous les employés du bureau accoururent , et chacun , l'entourant , s'écria : « Pauvre père Gérard!.... » L'ex -sous-chef , en voyant les marques de l'intérêt qu'on lui témoignoit , fut attendri et serra la main de ses employés. Tous faisoient une véritable perte , car nul doute que M. De la Barbeautière ne seroit pas aussi {Buis (27)} indulgent que son prédécesseur, et ne s'aperçût de tout ce que le bon Gérard pallioit. En effet , si quelque jeune homme arrivoit à midi , ou restoit quelques jours sans venir. « Faut que jeunesse s'amuse !... disoit Gérard au Chef » Si quelque surnuméraire plioit sous la besogne , le sous-chef l'aidoit de sa longue expérience.

Aussi chacun lui promit de s'occuper avec activité du règlement de sa pension , et lui tint parole. Pour le pauvre bonhomme , il étoit étendu sans force devant son bureau , n'osant regarder ses cartons et ses papiers , et gémissant sur sa vie future et sur un coup aussi imprévu. M. Gérard croyoit toujours être sous-chef, comme un mourant croit qu'il doit toujours vivre.

{Buis (28)} Vers quatre heures, après avoir bien réfléchi à tout le vide qu'il alloit trouver dans l'existence , après avoir songé à la réduction que cette retraite opéreroit dans ses dépenses , après avoir calculé de quelle manière il apprendroit cette nouvelle à madame Gérard et à sa chère Annette , un furet de surnuméraire , qui s'étoit glissé au Personnel , vint lui apprendre qu'on lui accordoit une indemnité préliminaire de six mois de traitement. Cette nouvelle jetoit quelque baume sur la plaie , et le père Gérard faisoit déjà l'emploi de cette somme en la consacrant au voyage que sa femme méditoit depuis vingt ans, voyage tant de fois désiré et tant de fois remis, lorsque tout-à-coup , un coup terrible {Buis (29)} fut porté au père Gérard : la porte s'ouvre, et un Monsieur, d'une quarantaine d'années , au visage sec , un peu hâve , habillé tout en noir, ayant une queue disposée en crapaud et des cheveux bien poudrés , entra et s'annonça pour être M. De la Barbeautière. À l'aspect de son successeur , et en en comparant la maigreur à l'honnête rotondité qui emplissoit son pantalon brun, M. Gérard jeta un regard de compassion sur ses papiers et ses cartons que son successeur avoit l'air d'avaler d'une seule bouchée , et, lui montrant le fauteuil , il n'eut que la force de lui dire : « Monsieur, voilà... ; » et il n'acheva pas, implorant, par un regard, le secours du Chef de bureau. {Buis (30)} Ce dernier installa la Barbeautiere ; et Gérard, après avoir salué tout le monde , se retira le cœur navré , avec la ferme croyance que tout iroit à mal aux droits réunis, et que l'on mettoit toutes les administrations de France à feu et à sang en les livrant à des inconnus.

Ce fut ainsi qu'il chemina à travers les rues de Braque , du Chaume et des Ouatre-Fils , vers le second étage du numéro 131 de la vieille rue du Temple, où l'on n'étoit guère prévenu de la fatale nouvelle. L'appartement étoit composé d'une antichambre modeste, d'un salon à deux croisées , ensuite duquel étoit la chambre conjugale avec son cabinet , car l'appartement d'Annette se trouvoit séparé par l'antichambre , {Buis (31)} et elle couchoit dans une jolie pièce parallèle au salon : la cuisine étoit au-dessus , et , en regard de la cuisine , il y avoit un autre logement occupé par M. Charles Servigné, neveu de madame Gérard et cousin d'Annette.

Ce jeune homme , âgé de vingt-sept ans , étoit fils d'un commissaire de police à Paris : il avoit fini son droit, comptoit parvenir, et brûloit d'être l'époux d'Annette, aussi étoit-il presque toujours chez M. Gérard qui le voyoit avec plaisir. Ce jeune homme avoit été grandement obligé par la famille Gérard pendant le temps qu'il faisoit ses études et son droit à Paris : c'étoit une chose toute simple puisqu'il étoit leur parent; néanmoins si l'on réfléchit à la {Buis (32)} modicité de la fortune de M. et M.me Gérard, on conviendra que ce n'est pas une chose ordinaire que d'avoir, pendant huit ans, un jeune homme presque tous les jours à sa table , et de l'aider souvent en mainte et mainte occasion.

Charles étoit de Valence , patrie de sa tante , M.me Gérard. Son père mourut de bonne heure à Paris , et sa veuve , trop pauvre pour y vivre , s'en retourna à Valence avec une fille , en laissant Charles aux soins de sa tante. Madame Gérard le mit au lycée en payant souvent les quartiers de sa pension , car madame veuve Servigné n'étoit pas assez riche pour en faire les frais à elle seule. Elle se saîgnoit bien pour envoyer de temps en temps quelques {Buis (33)} petites sommes insuffisantes , mais les bons Gérard achevoient le reste pour procurer une belle éducation à leur neveu. Charles fut donc élevé avec Annette , et dès leur enfance ils eurent l'un pour l'autre beaucoup d'amitié ; cette amitié fut du côté d'Annette , la tendresse d'une sœur pour son frère ; et du côté de Charles Servigné , un penchant décidé : de manière qu'à l'âge de dix-buit ans , Annette pouvoit bien se croire de l'amour pour Charles , et Charles pour Annette. Quand Charles sortoit jadis du collège , Annette et la domestique alloient souvent le chercher ; elle avoit été la confidente de ses chagrins et sa protectrice auprès de son oncle et de sa tante.

Charles ayant compris de bonne {Buis (34)} heure l'ordre social, avoit vu qu'il n'y auroit jamais de ressources pour lui que dans sa science et l'intrigue ; aussi avoit-il fait d'excellentes études. Le hasard le servit même hien : il possédoit un bel organe , une figure assez heureuse , mais où un observateur auroit remarqué peu de franchise , beaucoup d'ambition , et les plus heureuses dispositions pour sa profession d'avocat : une langue dorée , une manière insidieuse et complaisante d'envisager les choses , une logique serrée mais facile à tout justifier , le travail prompt , la conception vive , enfin un de ces caractères dont on ne peut comparer la souplesse qu'à celle de l'eau qui se glisse dans toutes les sinuosités d'un rocher en en prenant {Buis (35)} les formes , également propre à couler sur un sable fin et à menacer de son écume les abords d'une montagne , à ravager une prairie comme à la féconder.

En ce moment ils étoient réunis tous les trois et attendoient M. Gérard pour dîner. Madame Gérard , femme d'une cinquantaine d'années , respectable , et n'ayant pour tous défauts que ces petits travers par lesquels nous devons tous payer notre tribut à l'imperfection , étoit vêtue dans son genre comme son mari dans le sien : un bonnet de tulle brodé , orné de fleurs artificielles , lui enveloppoit la figure en se rattachant sous le menton ; un faux tour, exactement frisé de même depuis dix ans , cachoit quelques rides, {Buis (36)} et une redingotte à collet montant et de mérinos rouge ou bleu , composoient sa toilette. Elle étoit assise devant une table à ouvrage et raccommodoît , à l'aide de ses besicles, les bas de M. Gérard , tandis qu'Annette, de l'autre coté , ourloit un mouchoir à son cousin qui marchoit à grands pas dans le salon , les bras croisés et parlant assez haut.

— Je vous assure , ma tante , disoit-ïl , que mon oncle a eu grand tort de ne pas retirer de la chancellerie les pièces dont il avoit appuyé sa demande pour obtenir la croix de la légion d'honneur, car il s'y trouve des certificats constatant que le citoyen Gérard a offert un cheval à la convention , et l'habillement de trois gardes d'honneur a S. M. {Buis (37)} l'ex-empereur ; et au moment où l'on va épurer toutes les administrations , si quelqu'un de la chancellerie trouve ces renseignemens , pour peu qu'il ait quelque cousin à placer , il fera facilement passer mon oncle pour unjacobin et un bonapartiste... avec cela la pendule que voici ( et il montroit la cheminée du salon ) a un aigle !

— Ah! s'écria Mad.me Gérard , cet aigle y est depuis 1781 ; nous avons acheté cette pendule à la vente du duc de R.

— Cela ne fait rien , ma tante , vint il du mobilier du roi , cela n'en est pas moins un oiseau prohibé ! et dans les circonstances où nous sommes il faut de la prudence ; un moine doit chanter plus haut que {Buis (38)} son abbé ; or , quand nous avons ëté chez, M. de Grandmaison , le cbef de division , avez-vous remarqué que mademoiselle Angélique , sa fille, a fait enlever les abeilles qui entroient dans cette rucbe d'acajou , dont le dessus lui sert de pelotte , et dont l'intérieur forme une boîte ?

— Ah ! s'écria Annette , j'entends les pas de mon père , et elle courut ouvrir elle-même la porte de l'appartement.

M. Gérard entra l'air décomposé, il déposa sa canne à sa place habituelle , plaça son chapeau sur le piano de sa fille , s'assit sur un fauteuil , et, lorsqu'il y fut, chacun, silencieux , attendit ce qu'il alloit dire avec une espèce de terreur, car tous ses mouvemens avoient été {Buis (39)} empreints de cette douleur profonde que l'on rejette dans chaque geste, comme si l'âme vouloit la secouer. M. Gérard, trop abattu, gardoit le silence.

— Qu'as-tu , mon Gérard ? dit sa femme.

— Ah ! qu'as-tu , mon petit père ? dit Annette.

— Qu'avez-vous, mon bon oncle ? s'écria Charles. Tout cela fut prononcé en même temps , et tous trois regardèrent M. Gérard.

— Je suis destitué !.... répondit-ii d'une voix faible ; ainsi, ma pauvre Annette , plus de leçons de piano ; ainsi , ma femme , plus de voyage à Valence ; ainsi , Charles , il faudra penser à te faire un sort plus vite que je ne le comptois ; et , du reste , fions-nous à la providence qui n'a {Buis (40)} pas laissé la veuve et l'orphelin sans secours.

— Mon père , dit Annette en embrassant M. Gérard , que rien ne soit changé : avec ma dentelle je pourrai gagner beaucoup ; quant au piano , j'étudierai toute seule en me levant plus matin ; quant au diplôme de mon cousin , j'ai des petites économies!... vous aurez une retraite, hé bien, nous n'en serons que plus fixes , et vous n'aurez plus à trembler pour votre place.

— Charmante enfant !.... s'écria le vieillard.

— Qu'est-ce qui est nommé à votre place ? demanda le jeune homme avec une vive curiosité ; le connoissez-vous ?....

— C'est un M. De la Barbeautière !.... {Buis (41)} répondit Gérard avec un geste d'humeur. À ce nom Charles parut étonné , mais personne ne s'en aperçut.

— Notre voyage à Valence sera donc encore remis ?.... dit madame Gérard en regardant Annette , et nous ne pourrons pas revoir mon pays.

— Nous examinerons cette affaire là quand ma pension sera réglée , répondit M. Gérard.

Dès ce moment l'ex-sons-chef prit une manière de vivre qui combla à peu-près le vide opéré par son défaut d'occupation. Le lendemain de sa destitution , il se leva encore à la même heure , s'habilla et partit pour son bureau ; ce ne fut qu'à moitié chemin qu'il se rappela qu'il n'étoit {Buis (42)} plus employé : il auroit volontiers offert de travailler gratis , mais Charles Servigné lui trouva des occupations qui le ravirent de joie.

En effet , dès-lors le père Gérard ajouta à son costume un parapluie , et il s'en alloit tous les matins aux audiences pour écouter plaider : il devint tellement assidu et si connu que, souvent, dans les affaires importantes , les concierges lui gardoient sa place. De l'audience, il se rendoit aux cours publics et écoutoit les professeurs , entendoit quelquefois plusieurs cours de chimie , éprouvoit une véritable satisfaction a voir M. G. discuter sur la valeur de tel mot grec , et M. A. sur tel mot français : il couroit, comme au feu, à toutes les expositions gratis {Buis (43)} de tableaux et d'objets d'arts. Il ne manquoit jamais les cérémonies publiques , l'ouverture des chambres, les séances ; et , lorsque tout cela lui faisoit défaut , il alloit observer dans les ventes comment les marchands poussoient ce que les bourgeois veulent acheter , et comment ils s'entendoient entr'eux : il revoyoit vingt fois les tableaux au musée , les animaux empaillés du muséum , les travaux publics , la parade à midi au château , et il disposoit sa journée pour toutes ces choses là comme un homme d'affaires pour ses rendez-vous.

Ainsi , s'il rencontroit un ami , il s'empressoit de le quitter en lui disant : « Il faut que je sois à midi au collège de France , et à trois heures {Buis (44)} au Palais ; » ou bien, si on le voyoit faire faction à l'un des guichets des Tuileries, il répondoit : « j'attends la sortie de tel ou tel prince. »

Mais le comble de sa joie étoit lorsqu'il y avoit aux Champs-Elysées quelque belle partie de boule : il suivoit les joueurs et les boules avec une ardeur sans égale , et cependant une aventure fâcheuse le priva de ce spectacle. En effet , un jour qu'il étoit en sueur pour avoir couru avec deux joueurs intrépides, il se trouva que le jeu avoît été si animé que toute la galerie ambulante avoit fini par déserter : le père Gérard vint seul contre Marbeuf avec les deux virtuoses ; un coup difficile à décider survint , et les deux joueurs , s'en rapportant à l'avis {Buis (45)} du père Gérard , il arriva qu'il fut obligé d'avouer qu'il ne savoit pas le jeu, de manière qu'il n'osa pas retourner au carré du jeu de boules.

Pendant qu'il s'amusoit ainsi , on régla sa pension d'une manière avantageuse , si bien qu'avec son indemnité , les arrérages de sa pension , les économies de sa femme , celles de sa fille , et l'emploi de son capital , il se trouva posséder , sa pension comprise , autant de revenu que lorsqu'il a voit sa place. Alors il renonça à aller avec sa femme à Valence , et il fut convenu qu'elle iroit avec Charles et Annette aux vacances prochaines, si , d'ici-là , on économisoit assez pour fournir aux dépenses d'un voyage d'un {Buis (46)} sî long cours, pour lequel M.me Gérard s'apprètoit , comme s'il se fût agi de passer l'équateur. Le père Gérard, qui n'étoit jamais sorti de Paris , ne se soucia nullement de se hasarder à un tel péril à son âge , et il devoit , pendant l'absence de sa femme , se mettre en pension chez une voisine pour plus d'économie.






PRÉFACE CHAPITRE II


Variantes


Notes