Publiée par M. Horace DE S.t-AUBIN
auteur du Vicaire des Ardennes.
ANNETTE
ET LE CRIMINEL ,
OU SUITE DU
VICAIRE DES ARDENNES

Horace de Saint-Aubin / Annette et le Criminel ou Suite du Vicaire des Ardennes / Paris ; Emile Buissot ; 1824

TOME IV

CHAPITRE XXVIII

CHAPITRE XXVII CHAPITRE XXIX

{Buis ( 146 )}CETTE dernière affaire est la plus malheureuse ! s'écria Vernyct , car ils vont être désormais sur nos traces , et , à moins d'une grande célérité , il sera difficile de leur échapper. Nous n'avons pas à balancer, il faut nous mettre en marche car nous avons une nuit de repos , nous ne sommes plus guère qu'à dix lieues , et à la nuit nous prendrons le chemin à vol d'oiseau.

Ce discours ranima l'espoir dans le cœur d'Annette , qui heureusement ne réfléchissoit pas encore, tant {Buis ( 147 )} elle étoit absorbée par son amour et les dangers. Si une voix lui avoit crié : « Mademoiselle Gérard , compagne deshommes les plus criminels que la terre ait portés , les veille dans leur sommeil !... » elle eût demandé la mort à grands cris. En ce moment elle en étoit fière , elle regardoit Argow avec orgueil ! Tous ses pressentimens n'étoient-ils pas accomplis ?... Non il y avoit une horrible image de l'avenir qui n'étoit pas réalisée.

Enfin , ils se remirent en marche , et , après avoir passé deux nuits et un jour comme ils avoient passé les deux précédens , c'est - à - dire en proie à des transes perpétuelles , à des peurs paniques et à des terreurs si cruelles, qu'Argow commençoit à trouver la mort plus douce qu'une {Buis ( 148 )} telle vie ; ils arrivèrent enfin au rendez-vous donné par Vernyct à sa troupe.

C'étoit dans l'endroit le plus épais d'une forêt. Des rochers et des cavernes faisoient de ce lieu une forteresse où cent hommes pouvoient tenir en échec pins de dix mille hommes de troupes réglées. Arrivé au chêne désigné , Vernyct dit à Annette , à Jeanneton et à Argow , de s'asseoir en toute tranquillité , et qu'il espéroit que désormais ils parviendroient au bord de la mer sans difficulté. Alors, par trois fois, il jeta un cri rauque et bizarre , et à l'instant on entendit du bruit dans les arbres, dans les rochers , et il sembla que tous les hommes qui parurent fussent sortis de dessous terre ou tombés du ciel.

{Buis ( 149 )} — Combien êtes-vous ? demanda Vernyct sans les voir encore.

— Vingt-neuf, répondit une voix.

— Nous sommes trahis , je crois , dit Vernyct à voix basse , car je ne connois pas cette voix-là !....

— Qui es-tu ? demanda~t-il.

— Flatmers !....

— Bravo ! s'écria Vernyct ; amis, apportez des lumières, que l'on veille à six cents pas à la ronde, et que l'on apporte des lits de mousse ; servez-nous un repas, et nous réglerons nos comptes.

A ces mots , un hourra général s'éleva dans l'antique forêt , et bientôt on apporta des flambeaux : ces figures terribles, et toutes marquées au coin de l'énergie et du courage le plus féroce , effrayèrent Annette {Buis ( 150 )} qui se pencha dans le sein d'Argow.

— Ce sont eux qui l'ont délivré !... lui dit Vernyct. Cette phrase la fit regarder avec moins d^horreur ces brigands qui sourioient en voyant, au sein de la nuit, au milieu des rochers et du silence de la forêt, deux tètes aussi pures et aussi célestes que celles d'Annette et de Jeanneton. Jamais deux femmes n'éprouvèrent plus de marques de respect et de dévouement. Ces hommes grossiers, devant les femmes de leurs chefs , devinrent soumis , souples et dévoués comme à des divinités. Elles n'avoient qu à jeter un regard, il étoit interprété et satisfait.

On leur fit une tente avec des feuillages , et tous donnèrent leurs {Buis ( 151 )} habits pour empêcher les effets de l'humidité. Argow et sa femme y entrèrent , et l'on plaça des sentinelles à cent pas de cet abri champêtre.

Vernyct eut le sien , puis , le repas fini , le silence régna dans la forêt, comme s'il n'y eût eu aucun être vivant.

Vernyct leur distribua les sommes convenues ; et quand toutes ses instructions furent reçues par tous ses hommes , celui qui avoit eu le commandement en son absence , lui procura une grande surprise.

— Capitaine , dit-il , il n'y a plus rien à chercher, l'ancien et nous tous sommes sauvés !....

— Comment !.... demanda Vernyct.

Alors le vieux Tribel le mena {Buis ( 152 )} dans une avenue du bois , et là lui montra un de ces grands chariots qui servent aux rouliers. Cette charrette étoit chargée de fausses caisses, ballots, etc., si bien imités, que Vernyct, regardant avec étonnement le corsaire , lui demanda ce que cela signifioit. Ce dernier fit un geste d'épaule, en répondant :

— Hé ! mon lieutenant, êtes-vous fou de vouloir aller en poste gagner, avec vos relais, la côte et nos vaisseaux ? vous seriez pris mille fois pour une. Tenez ?.... A ces mots, il leva la masse de ballots qui sembloit être derrière la voiture , et il fit voir à Vernyct que sous cette masse de tonneaux et de ballots , dont le poids sembloit faire plier la voiture , ils avoient pratiqué très - ingénieusement {Buis ( 153 )} une petite salle dans laquelle on avoît artistement ménagé la place de deux personnes. Ils y avoient mis des vivres, et l'air venoit par-dessous la voiture.

— Voyez-vous , mon lieutenant, l'un de nous mènera cela grand train , et à chaque relais on changera de chevaux ; cela vaudra mieux qu'une voiture que les gendarmes peuvent visiter ; car on peut frapper là-dessus , je leur défie de s'imaginer 1 qu'il y ait du monde là-dedans. L'ancien et sa femme voyageront ainsi, tandis que vous et votre Jeanneton , vous les rejoindrez comme vous pourrez.

— Et qui de vous a fait cela ?

— C'est un de vos nègres qui est adroit comme un singe ; il a tout {Buis ( 154 )} arrangé avec une telle dextérité , que nous étions tous à l'admirer !.... et tenez ? voilà la lettre de voiture !....

De ce moment Vernyct ne douta plus du succès de l'entreprise , et il dormit avec une sécurité parfaite.

Le lendemain matin il renvoya Jeanneton à son auberge ; car c'étoit chez elle qu'étoit établi le premier relais. Tout en promettant d'aller la rejoindre aussitôt qu'Argow seroit passé, il lui enjoignit la plus grande prudence, et l'ayant conduite jusque sur la grande route , il la plaça à cbeval , et lui donnant un baiser d'espoir , il la suivit des yeux....

Quand il l'eut perdue de vue , il revint vers Argow et Annette, et leur montra, avec la plus vive allégresse, l'heureuse invention du nègre.

{Buis ( 155 )} Annette serra la main de ce serviteur zélé , loua et admira cette cabane impénétrable aux yeux des plus grands argus ; elle y monta , en descendit, l'essaya mainte et mainte fois , et, dans sa joie, elle embrassa Argow devant tous les brigands qui s'étoient réunis ; mais honteuse et rouge, elle se cacba en se jetant dans les bras de son mari.

— Allons , ne perdons pas de temps ! s'écria Vernyct , mettez-vous dans cette cachette , et voyagez pour arriver à bon port.

— Vous êtes un ange tutélaire , lui dit Annette, les larmes aux yeux !....

— Non , c'est un démon qu'il faut dire !....

A ces mots, il donna une poignée {Buis ( 156 )} de main à Argow, qu'il embrassa contre son ordinaire , en lui disant : « Adieu !... en voilà pour jusqu'au moment du départ !.... Je suis fâché de te quitter ; mais n'importe ! je veillerai sur la charrette ; elle emporte mon plus grand trésor !.... »

— Pourvu qu'il n'arrive rien de fâcheux !.... dit Annette.

Argow étoit passif au milieu de tous ces dangers ; il embrassa Vernyct à son tour , et lui dit : « La bonne réunion pour des amis, c'est dans le ciel ! tâche que nous soyons ensemble !... adieu !.... »

Jacques et Annette furent incarcérés dans leur cabane protectrice. On y attela quatre chevaux, et un brigand , vêtu en roulier et en costume analogue, conduisit les fugitifs vers la grande route.

{Buis ( 157 )} Vernyct, en les voyant sortir de la forêt , dit à ses hommes : « Je ne m'en défends pas, je pleure en le voyant partir !.... voilà depuis longtemps le seul péril que nous ne courrions pas ensemble !...

— Il se sauvera ! fut le cri général.

Le lieutenant distribua encore une fois et de l'argent et ses instructions , convint d'un rendez-vous , en cas de nouveaux malheurs ; puis , se déguisant en paysan et cachant ses armes dans une hotte couverte de fruits, il se dirigea, à travers les bois, vers l'auberge de Jeanneton.

Pour la première fois de sa vie , Vernyct , soit parce que sa sensibilité avoit été fortement excitée, soit par un pressentiment qu'on n'est {Buis ( 158 )} pas maître de rejeter, étoit en proie à une terreur, une impatience , une mélancolie , que son chant ne pouvoit pas dissiper. Il couroit à toutes jambes pour arriver plus vite à l'auberge de Jeanneton , et s'arrêtoit soudain à cause du bruit de ses armes qui sonnoient dans la hotte. Il auroit voulu avoir accompagné Jeanneton , ou du moins être sur la route . . . . . . . . . . . . . . . .

Il dévoroit la terre ; il marchoit comme le vent, et cependant, comme il avoit pris par des chemins détournés , il étoit physiquement impossible qu'il arrivât avant la charrette.

Après avoir déployé tant de courage , tant de forces , et fait de si grands efforts pour sauver un ami , {Buis ( 159 )} Il eût été déplorable pour Vernyct de voir ses travaux rendus vains , et Argow enlevé au moment où le succès couronnoit une œuvre dont la réussite avoit causé tant de forfaits.

Vernyct , secouant toutes ses terreurs , se mit à marcher d'un pas ferme et soutenu, en chantant la chanson des pirates , et bientôt il aperçut de loin l'auberge de Jeanneton. Il approcha, mais en arrivant il n'entendit aucun bruit dans la cour ; tout paroissoit morne et inhabité. A ce moment il ne fut pas maître d'un mouvement de terreur. En entrant dans la cour, il sifla l'air par lequel il avertissoit Jeanneton de son arrivée , et ne vit personne accourir.... il s'élança brusquement dans la salle , le même silence {Buis ( 160 )} régnoit an-dedans..... la cuisine de Jeanneton étoit vide : se dirigeant alors vers la salle des voyageurs , il parvint au-dessous de la trappe décrite dans le précédent volume 2 , et trouva Jeanneton évanouie et comme morte !....

Pour cette fois, si la peur et ses vertiges sifflèrent aux oreilles de l'intrépide lieutenant , ils ne furent que les avant-coureurs de la plus horrible colère et du plus violent emportement qui fussent jamais'.... il tomba sur un banc devant le corps de Jeanneton, et resta muet comme le mur , pâle comme sa gentille maîtresse , et chaque trait de son visage se contracta de telle manière , qu'il avoit quelque ressemblance avec le tigre devant sa proie.

{Buis ( 161 )} Tout immobile et muet qu'il étoit, il détourna ses yeux, et aperçut par la croisée la fatale charrette !.... il ne sortit seulement pas !... tout lui disoit que son ami et Annette avoient été découverts et enlevés !....

Il se leva, prit Jeanneton , la mit sur ses épaules, qu'il avolt débarrassées de la hotte , et , dans son désespoir, il s'en alla à pas lents , armé de son tromblon en bandoulière et de ses pistolets à la ceinture , vêtu cependant en paysan ; mais en sortant par la porte de l'auberge qui donnoit sur la grande route, il heurta le corps du fidèle roulier qu'il vit percé de balles !....

L'air fit rouvrir les yeux à Jeanneton, elle jeta un cri faible et plaintif ; ses mains, qui étoient pendantes, {Buis ( 162 )} vinrent avec peine se retenir à la chevelure de Vernyct , et elle s'écria : « Que dira-t-il !.... »

Le lieutenant rentra, et , posant Jeanneton sur une chaise , il se mit devant elle à genoux, puis avec de l'eau, du vinaigre, il essaya de la faire revenir tout-à-fait : ses yeux errèrent quelque temps sans idées ; enfin, elle vit Vernyct, le reconnut , et, se cachant le visage , elle jeta un grand cri.

— Qu'est-il arrivé?.... dit-il ; Jeanneton , raconte-le moi , pour savoir s'il y a encore moyen d'y porter remède.

Jeanneton remua la tête deux fois d'une manière négative, puis , relevant Vernyct , elle le fit asseoir, pencha sa tète sur son sein , et y pleura en abondance.

{Buis ( 163 )} — Hélas ! dit-elle en entremêlant son discours de larmes et de sanglots , quand je suis arrivée, j'ai trouvé mon auberge pleine de gendarmes déguisés en bourgeois ; ils paroissoient être des voyageurs, et Marie me dit que depuis mon absence la maison avoit toujours bien été : elle m'ajouta qu'il y avoit un poste de gendarmerie à vingt pas de notre maison. Ceci me donna du soupçon sur les voyageurs , et quand je fus babillée en costume d'aubergiste , je vins leur demander pourquoi ils restoient à boire , au lieu de continuer leur route. Ils me répondirent que cela ne me regardoit pas : alors en les examinant, je m'aperçus que c'étoient des gendarmes ; cela me fit trembler, et je songeai {Buis ( 164 )} que si la police avoit su que ton premier relais étoit ici , elle avoit dû naturellement s'emparer de mon auberge et y tenir garnison.... Alors je dis à Georges d'aller au-devant de la voiture que je lui dépeignis , et d'avertir le conducteur de ne pas s'arrêter chez moi.... Comme Georges sortoit, un des gendarmes déguisés lui barra le passage en lui disant impérativement : « On ne sort pas d'ici, vous êtes en surveillance ! » et il lui montra un papier....

La voiture arriva.... Ils ne se doutèrent de rien ; mais quand ils virent que l'homme dételoit et alloit mettre ses chevaux à l'écurie , ils l'accompagnèrent, lui firent mille questions, lui demandèrent ses papiers , et l'homme leur répondit imperturbablement {Buis ( 165 )} en leur montrant des papiers dont ils furent satisfaits. Alors , pour être plus sûr de son affaire , le roulier crut devoir temporiser, et il vint à table en faisant comme s'il avoit coutume d'arrêter ici. Tout alloit bien.... mais au bout d'une beure , quand il voulut repartir, il prit les cbevaux du relais.......... ils étoient différens des siens ; les gendarmes l'avoient remarqué ; ils eurent des soupçons.... ils ont fait venir le poste voisin ; ils ont entouré la voiture.... ils l'ont prise !... L'bomme a défendu M. Durantal si bravement , qu'il leur a tué cinq bommes, ils ont alors tous tiré sur lui !..... il est là.... fusillé!.... Ils ont emmené Argow lié sur une cbarrette de paysan , et madame est sur un matelas a {Buis ( 166 )} que je lui ai donné.... Pauvre petite femme , elle fait peur!.... elle l'embrasse !.... elle le console !.... lui ! est comme un saint !.... quoi ! cela a fait pitië aux gendarmes !.... Cette pauvre Annette est là, comme si j'y étois avec toi ; elle ne prend garde à rien, elle ne voit que son mari.... elle lui donne les plus doux noms , et je suis sûre qu'elle traversera tout Valence sans seulement s'en apercevoir. On aura beau être aux fenêtres et la regarder, elle ne verra que lui !... est-ce du malheur !....

Vernyct immobile lâcha un horrible jurement, et s'écria : « Vite , tous à cheval !.... à cheval ! courons , nous les rattraperons sur la grande route , et nous l'enlèverons.... non , c'est impossible.... je suis seul !.... {Buis ( 167 )} oh ! je le vengerai de manière à faire trembler tout le pays !.... oui , je n'ai plus qu'à le venger !.... et mourir !.. . O mon pauvre capitaine !.... un si brave homme !.... il vous sautoit sur un vaisseau avec sa hache avec la figure calme comme celle d'une fille quand elle s'avance pour ouvrir un bal.... mourir commeun voleur !.. »

Il termina cette oraison funèbre comme il l'avoit commencée , par un effroyable juron , et il dit à Jeanneton : « Reste à ton auberge , j'y viendrai presque tous les jours à cinq heures du soir.... tu me verras toujours.... et je veux mourir à tes côtés !.... »

— Est-ce que nous pouvons mourir autrement ? répondit Jeanneton...

Après l'avoir embrassée avec force, {Buis ( 168 )} Vernyct reprît ses habillemens véritables , s'arma et s'élança vers le chemin qui conduisoit à la forêt , plein d une rage qui le fit voler avec la rapidité d'un cerf.

En ce moment, Argow et Annette arrivoient en face de leur château de Durantal là b, Annette , jetant les yeux sur leur misérable équipage , arrêta le chef de l'escorte, et lui dit : « Monsieur , par pitié , ne nous laissez pas entrer à Valence sur cette horrible voiture ! M. Durantal n'a jamais eu la volonté de vous échapper , et je crois que sa délivrance est impossible.... permettez que l'on aille chercher une voiture au château....

L'officier étoit le même qui se trouvoit dans la diligence lors du {Buis ( 169 )} premier voyage d'Annette à Valence ; il condescendit à cette prière , et Annette eut la faible satisfaction de voir son mari dans sa voiture. Ils arrivèrent promptement à Valence. Chaque tour de roue étoit pour Annette une douleur, et , sans le contact de l'étre auquel elle avoit donné toute sa vie , elle seroit morte cent fois ; mais la patience , la résignation , les discours touchans et pleins de religion que lui adressoit Jacques , la maintenoient dans un état que l'on peut imaginer, mais qu'il est impossible de décrire. Elle ne pensoit pas ; son amour seul la guidoit , et cet amour étoit devenu plus que folie .... Tout avoit disparu devant le malheur d'un époux adoré ... et , où la société voyoit un criminel , elle voyoit {Buis ( 170 )} le plus sublime des hommes. Elle lui avoit pardonné , M. de Montivers l'avoit absous, elle ordonnoit, par ses regards , à tout homme , de les imiter ; et, si elle avoit comparu devant la société entière , elle l'auroit persuadée !

Ils arrivèrent quelques heures avant la nuit à Valence : la ville étoit calmée , grâces aux soins de l'autorité ; mais , quand on apprit qu'on ramenoit M. de Durantal, une foule immense suivit et escorta la voiture jusqu'à l'ancienne prison. M. de Durantal y fut incarcéré , et sur-le-champ l'autorité déploya la force la plus imposante autour de cette prison.

Ce fut là que se passa la scène la plus touchante et la plus attendrissante {Buis ( 171 )} dont les murs d'une prison aient jamais été témoins. On voulut séparer Annette d'Argow, elle ne céda qu'à la force, et on l'entraîna mourante chez madame Servigné !...

— Quelle barbarie ! s'écria Charles en voyant sa cousine , ils vous séparent d'un homme qu'ils mènent demain au supplice , car les délais de l'appel sont expirés !....

— Grand Dieu ! cria Annette , mon cousin, faites que je le voie !... Que je vive le reste de ma vie !.... Elle tomba sans connoissance sur le lit de madame Gérard que ces événemens avoient presque déjà mis dans le tombeau !....

Charles s'en fut plaider cette cause de l'amour devant les autorités , et il obtint qu'Annette resteroit dans {Buis ( 172 )} la prison de son mari jusqu'au matin.

Adélaïde, Charles, M. Gérard, la conduisirent à la prison , et lui apprirent que M. de Montivers étoit arrivé à Valence... Elle leva les yeux au ciel et y jeta un regard de douleur : « Mon Dieu ! dit-elle , voici long-temps que je vous abandonne mais quel calice amer !... Mes amis, prévenez M, de Montivers qu'il sera agréable à Jacques d'être conduit par lui jusqu'au portique des cieux !.... Oui ! mon époux de gloire ne fera que passer d'un vaste édifice de la création dans la création elle-même ! .... »

— Courage ! lui dit M. Gérard.

— Oh ! répondit-elle, j'en aurai tant qu'il vivra !...

{Buis ( 173 )} La porte de la prison se referma.

Quel ange !... se dirent-ils.

— Elle est femme !.... ce qu'elle a été fille !.... dix M. Gérard en pleu- rant.






CHAPITRE XXVII CHAPITRE XXIX


Variantes

  1. mtelat {Buis} ( nous corrigeons )
  2. La ponctuation de {Buis} est ici défaillante.

Notes

  1. Défier à < quelqu'un > de < verbe à l'infintif > : autre exemple chez Émile Zola : « Je défie bien à un moineau de passer » ( La Faute de l'abbé Mouret ).
  2. Voir au tome III, chapitre XVIII, pp.76 : “ Dans la grande salle il y avoit au plancher d'en haut une vaste trappe : elle servoit a monter dans le grenier qui se trouvoit au-dessus, et ce , par le moyen de l'escalier le plus simple que les ingénieurs aient jamais inventé : une échelle ”.