M. HORACE DE SAINT-AUBIN,
Bachelier ès-lettres, auteur du CENTENAIRE.
LE VICAIRE DES ARDENNES

Horace de Saint-Aubin / Le Vicaire des Ardennes / Paris ; Pollet Libr.-éd.; 1822

TOME QUATRIÈME

CHAPITRE XXIX.

Argow chez Cachel. — Bruits qui courent dans le village. — Leseq découvre tout. — On arrête Argow. — Séduction de Leseq, qui devient riche.



{Po 187} PENDANT que tous ces événemens avalent lieu à Paris, il se passait d'étranges choses à Aulnay-le-Vicomte ; et pour bien connaître les ressorts de cette aventure, il faut se reporter au moment où Jacques Cachel emmenait sur sa charette Argow, son domestique et le pauvre M. Gargarou.

Le charbonnier arriva sans encombre à sa chaumière, et après avoir ouvert sa cave, il y transporta chaque captif l'un après l'autre, et {Po 188} lorsqu'ils y furent tous, il les regarda de travers, et leur dit : « Songez à ne pas crier, car je ne suis pas bon quand je me mets en colère !... vous serez bien traités, et remis en liberté quand j'en aurai reçu l'ordre.... »

— Monsieur, interrompit Gargarou, étes-vous attaché au gouvernement légitime ?

— Après ?...

— C'est que si vous êtes bon français, vous ne devez pas retenir un maire nommé par le roi.

— Chantez-moi autre chose, dit le charbonnier.

— Ecoute, reprit Argow, venx-tu me délivrer avant deux heures, je te fais compter cent mille francs ?...

A cette proposition le charbonnier s'enfuit, et chargea sa femme de porter à manger aux prisonniers, en se {Po 189} bouchant les oreilles pour ne pas se laisser séduire.

Cependant, malgré le silence des prisonniers et la discrétion de Cachel et de sa femme, on ne put empêcher la renommée de jaser, et comme elle jasa à Aulnay-le-Vicomte par l'organe de Marguerite et de Leseq, nous allons introduire le lecteur dans la boutique de M. Gravadel.

A cause que, voyez-vous, disait ce dernier, Jacques Cache] a fait ajouter une écurie à sa maison, et qu il me prend bien des articles et qu'il les paie au comptant et avec de l'or, il est devenu riche... è cause que.... Ici il regarda Leseq.

— Oui, acheva ce dernier. c'est clair, on ne s'enrichit pas si subitement sans quelque manigance, sine turpitudinc, et latet anguis in {Po 190} herbâ, comme dit Cicéron, il y a queiqu'angiiille sous roche.

— Ecoutez-moi, dit Marguerite en posant sa livre de sucre sur le comptoir... la sœur de madame Vernillet, le concierge du château, est venue hier, et elle a dit que le gros seigneur de Vans-la-Pavée, était un quelqu'un qui ne sentait pas comme baume, et que M. Joseph à qui il avait enlevé une sœur qui n'est pas sa sœur, car c'est une histoire que vous ne connaissez pas et que je vous conterai quelque jour ; elle est bien intéressante, il y a des pirates, oui c'est pirate que M. Joseph a dit à Vans.

Fiat lux, s'écrie Leseq, c'est-à-dire donnez-nous une chandelle pour y voir clair dans ce que vous dites, age quod agis, ne courez pas deux lièvres !...

{Po 191} — Enfin reprit Marguerite, il y a qu'elle a dit que notre vicaire avait enlevé une demoiselle, et que le gros seigneur qui est un scélérat, à ce que dit madame Gargarou, a été transporté de nos côtés, et je soutiens, je répète et je prétends, comme je le soutenais tout-à-l'heure, que Jacques Cachel y est pour quelque chose, et au château de Vans on voudrait bien le tenir ; mais comme on connaît les saints on les honore, dit M. Gausse, et Jacques ne va plus au château.

Fortunate senex, heureux Leseq, s'écria le maître d'école, je vois encore douze cents francs à gagner, et il s'échappa comme un trait.

— Que dit-il ? reprit le maire en ouvrant de grands yeux, où va-t-il ?...

— Je l(ignore, répondit Marguerite ; mais ce que je sais, c'est que c'est {Po 192} un rusé gaillard, et que s'il veut que je fasse son bonheur... M. le maire, dit-elle, s'il gagne comme cela des douze cents francs tous les mois, c'est un bon parti...

— Bah ! le commerce ne va pas ! répondit le maire.

Marguerite s'en fut tout raconter au bon curé qui devina facilement que la jeune fille que le vicaire avait enlevée, était Mélanie.

— Je vois bien ce qu'il en arrivera, répondit-il à Marguerite, mais, chacun est fiis de ses œuvres.

Cependant Leseq courait vers le château, et lorsqu'il fut en présence de madame de Rosann, il tira respectueusement son chapeau et lui dit :

Risum teneatis, soyez joyeuse, madame la marquise, à force de soins et de démarches, j'ai découvert où est notre vicaire.

{Po 193} — Hé bien, reprit madame de Rosann, où ? dites, voyons, dépêchez ?

Leseq tortillait son chapeau. — « Madame, reprit-il, Jacques Cachel l'a vu l'autre jour, et il...

La marquise s'était précipitée dehors, laissant Leseq tout seul : elle pressa elle-même les gens pour que ses chevaux fussent prêts, et elle se rendit chez le charbonnier.

La première chose qu'elle aperçut en entrant, ce fut, sur la cheminée, l'adresse que Joseph avait donnée au charbonnier, pour lui écrire, en cas de malheur. Alors, Joséphine, sans dire un seul mot, saisit le papier, redescend la montagne en courant à toutes jambes, au grand étonnement de Cachel et de sa femme, et elle se dirigea vers A....y, en faisant galopper ses chevaux. Elle prit la poste et se rendit à Paris où nous l'avons revue.

{Po 194} Le départ précipité de la marquise donna beaucoup à penser à tous les habitans d'Aulnay-le-Vicomte, mais Leseq, entr'autres, concevant qu'alors la chaumière de Jacques Cachel renfermait quelque mystère, se mit à roder tout-au-tour, et à épier ce qui s'y passait. Un matin, il y entra, sous prétexte de dire à madame Cachel d'envoyer ses enfans à l'école, parce que le vicaire lui avait payé leur pension.

— Oh ! oh !... s'écria-il, en voyant la femme du charbonnier, tailler une soupe trop forte pour son ménage, oh ! oh ! la mère Cachel, vos enfans mangent donc beaucoup ?...

— Beaucoup, répondit la ménagère.

— Hé, voilà un gigot, un poulet !...

— C'est fête, chez nous !... dit madame Cachel.

— Vous êtes maintenant de gros {Po 195} seigneurs !.. reprit Leseq, on jetant des regards furtifs sur toute la maison.

— Cela ne regarde personne !..... répondit brièvement la femme du charbonnier ; que nous voulez-vous, ce matin ?..

— Je venais pour vos enfans... En ce moment, un éclat de rire d'Argow retentit sous les pieds de Leseq.

— Qui diable est donc là-dessous ?... demanda-t-il...

— Mon mari tire du vin, avec un de ses cousins.

Plus la femme de Cachel s'impatientait, plus l'astucieux Leseq, feignant de ne pas la voir, restait en furetant des yeux.

Alors, Jacques Cachel arriva de la forêt en faisant claquer son fouet.

— Holà ! hé, femme !.. ouvre la porte ?..

Pour le coup, Leseq comprit {Po 196} qu'il y avait quelque mystère, et il jura de le découvrir. Saluant madame Cachel, après lui avoir lancé un malin coup d'œil, il s'en retourna à Aulnay-le-Vicomte.

Le lendemain, il se rendit avec le juge de paix chez le maire, sous prétexte de parler d'une affaire extraordinairement importante... Lorsqu'ils furent assis dans l'arrière boutique, le maître d'école prit la parole en ces termes :

— Messieurs, vous êtes les deux grandes autorité du village, consules Romæ ; or, vous savez, si jusqu'à présent, j'ai manqué vos servire, de vous être utile, il se présente aujourd'hui magnum præium, une grande occasion ire Corintho, de vous faire monter en grade, et de rendre célèbres les noms de Gravadel et de Marignon. Il y a dans la commune, des {Po 197} chefs de voleurs, de faux monnoyeurs, ou de grands scélérats, choisissez !...

A ces mots, le maire et le juge de paix regardèrent le triomphant Leseq avec une anxiété sans égale.

Florenleni cytisum sequitur lasciva capella, ces paroles de Cicéron signifient qu'un juge de paix doit poursuivre les criminels, trahit sua quemque voluptas, on ne dispute pas des goûts, mais, si vous m'en croyez, il y a une marche à suivre.

— Mais, dit le juge de paix, expliquez-vous, et si vous me faites trouver le moyen d'être juge à A...y, je vous laisse ma place de juge de paix.

— Si vous me faites aller mon commerce...

— Tout ira, reprit Leseq. Alors il leur détailla tout ce qu'il avait entendu chez Jacques Cachel. Vous sentez {Po 198} que, rem tetigeris acu, vous mettrez le doigt sur la plaie en faisant une descente judiciaire chez le charbonnier, car ceci annonce, ou qu'il tient renfermés les scélérats de Vans-la-Pavée, que le gouvernement cherche, ou qu'il est chef de brigands, ou qu'enfin, il fabrique de la fausse monnaie, falsos nummos. Car où a-t-il pris cet or qu'il vous apporte ; voilà trente bouteilles de Bordeaux qu'il achète.

— Et du bon encore !... s'écria le maire.

— Ceci devient très-important, dit le juge de paix.

— Leseq, dit Gravadel, de ma vie je ne chercherai à faire pendre un homme !...

— Monsieur le maire, reprit gravement le juge de paix, la sûreté de l'état exige....

{Po 199} — Oui, oui . interrompit Leseq, il faut coércere latrones, poursuivre les criminels !... La-dessus, le maître d'école, s'élevant à de hautes considérations, prouva, par sa harangue, que l'on devait cerner la maison de Cachel et découvrir le mystère : son éloquence entraîna le maire, et il fut résolu, qu'au commencement de la nuit, Gravadel, en écharpe, monsieur le juge de paix en robe, se rendraient l'un avec l'autre avec son greffier, et Leseq, pour visiter la chaumière de Cachel.

En effet, sur les huit heures du soir, l'escadron se mit en marche, suivi par le garde champêtre, et le garde de M. de Rosann, qui firent l'office de la gendarmerie. Arrivés à la porte du charbonnier, Leseq frappa rudement : — « attolle portas, c'est-a-dire, ouvrez de par la loi, le Roi, etc ?

{Po 200} — Vois-tu, s'écria la femme de Cachel, que nous nous attirerons une mauvaise affaire, en gardant ces brigands.

— Qui étes-vous ?... demanda Cachel.

— Ouvrez de par la loi !... dit le juge de paix.

En reconnaissant cette voix, le charbonnier ouvrit la porte et l'escouade judiciaire entra dans la maison de Cachel.

— Jacques, dit le juge de paix, vous êtes signalé comme recélant, chez vous, des personnes que vous auriez dû remettre entre les mains de la justice... Nous allons visiter votre maison, si vous n'aimez pas mieux nous déclarer la vérité.

— Allons, dis tout ? reprit sa femme.

— Cachel, reprit le juge de paix, d'après votre dernière aventure, si {Po 201} vous vous trouviez coupable de quelque chose, cela irait fort mal pour vous... Déclarez-nous franchement..

— Parguienne, monsieur, j'allons vous le dire : j'ai dans ma cave trois brigands, qui avaient enlevé la bonne amie à M. Joseph, le vicaire d'ici. Ils allions la transporter en Dauphiné, lorsque, il y a un mois, notre vicaire, a arrêté la voiture de monsieur Maxendi, qui est, à ce qui paraît, comme qui dirait, un chef de brigands sur mer, et qu'il me l'a baillé à garder, jusqu'à ce qu'il m'écrivît, pour m'instruire de ce qu'il faudrait en faire par la suite.

— Affaire criminelle ! dit le juge de paix ; un chef de brigands !... si c'était celui que monseigneur a signalé au procureur du roi d'A....y, quelle découverte !... Cachel . vous allez {Po 202} nous suivre, et remettre entre nos mains le criminel.

— Oui, M. le juge-de-paix, mais vous m'assurez bien qu'il ne me sera rien fait pour l'avoir arrêté et retenu...

— Non» non, tu seras mémo récompensé !...

A ces mots, Cachel, jugeant que tout ce que le vicaire désirait, c'était d'être délivré d'Argow, trouva que son prisonnier serait encore mieux entre les mains de la justice qu'entre les siennes, et alors il guida tout le monde dans sa cave, et lorsque l'assemblée y fut descendue, M. Gargarou se mit à crier :

— Messieurs, je suis attaché au gouvernement... et je suis...

— Tais-toi, brigand, lui répondit Leseq.

{Po 203} — Comment, brigand, reprit Gargarou, je suis maire de Vans-la-Pavée...

— Le maire de Vans-la-Pavée, s'écria M.Gravadel, et c'est vrai !... voici M. Gargarou.

— Ah M. Gravadel ! dit le maître de poste, vous êtes bon français et dévoué au gouvernement, j'espère que vous allez me délivrer de mes liens et me faire rendre justice.

— Monsieur, répondit gravement le juge-de-paix, vous vous trouvez cependant impliqué dans une affaire criminelle au premier chef, car, il ne s'agit rien moins que de vols faits à main armée et avec effraction, en pleine mer... Vous êtes avec des pirates ?

— Non monsieur, reprit Gargarou, je suis maître de poste, attaché {Po 204} sincèrement à la légitimité, et je suis innocent.

— Comment vous nommez-vous, dit Leseq à Argow.

— Je suis le comte Maxendi.

— Maxendi !.. reprit M. Gravadel, vous êtes dénoncé, à tous les maires du canton, comme un homme à arrêter sur-le-champ ! le procureur du du roi d'A...y nous l'a écrit.

— Et c'est moi qui ai lu la lettre !... s'écria Leseq.

Argow les regarda tous fièrement, et leur dit : « Cela peut-être, MM., mais je suis innocent, l'estimable M. Gargarou vous l'affirmera, et du reste, pour vous prouver que je ne crains pas les regards de la justice, faites moi délier, et je vais vous suivre. Si vous croyez nécessaire de me metttre en prison, je m'y rendrai avec plaisir, car je suis certain qu'en {Po 205} vingl-quatre heures le qui-proquo cessera et que c'est, au contraire, moi, qui aurai à réclamer la vengeance des lois pour punir mes assassins...

— Ta... ta... ta... dit Leseq, monsieur, c'est vous qui avez enlevé la bonne amie de M. Joseph, notre vicaire...

— Quoi !.. s'écria Argow, en faisant paraître la joie la plus vive, Joseph est prêtre !

— Voyez-vous, reprit le maître d'école, habemus reum confitentem, il se trahit.

— Non, non, je ne me trahis pas, mon ami, répondit Argow en reprenant sa tranquillité, allons, messieurs, finissez-en...

Sur l'observation de Gravadel, on délivra M. Gargarou, qui, après avoir remercié la compagnie, s'enfuit sans {Po 206} attendre son reste. Argow et son domestique furent remis entre les mains des deux gardes ; on les conduisit à Aulnay ; et, attendu qu'il n'y avait pas de prison, on les enferma dans l'école de Leseq, que l'on nomma intendant de la geôle.

Cette arrestation donna lieu à bien des bavardages ; et, comme dans toute espèce d'affaires il y a deux opinions, la moitié d'Aulnay regarda Maxendi comme un scélérat, et l'autre moitié comme une victime. L'opinion de cette dernière moitié inquiétait beaucoup le juge-de-paix et M. Gravadel, qui eurent grand peur de s'être compromis, car l'assurance du prisonnier, sa mise, son opulence, appuyaient fortement les raisonnemens de ceux qui prétendaient que l'épicier et le juge-de-paix se fourvoyaient.

{Po 207} Mais il arriva un événement qui délivra l'honnête Gravadel de son inquiétude. M. Maxendi commença par envoyer, Leseq a, acheter un pain de sucre, six bouteilles d'eau-de-vie, des liqueurs, du tabac à fumer, du thé, et d'autres provisions, en telle quantité, que l'épicier trouva que ce pirate avait de fort bonnes manières, et n'était pas si diable qu'on le disait.

Lorsque tout fut arrivé dans la prison, Argow pria Leseq de l'aider à faire son punch, et l'invita poliment à en boire.

— Vous me paraissez, lui dit le pirate, un excellent garçon, et je serais vraiment fâché qu'il vous arrivât malheur !...

— Et moi aussi, me quoque, répondit Leseq.

— Raisonnez-vous quelques fois, lui demanda le forban ?

{Po 208} — Presque toujours, dit le maître d'école.

— Eh bien ! écoutez moi ? reprit Maxendi, il n'y a pour moi que deux manières d'être, ou je suis criminel, ou je suis innocent.

Æquum et justum est, rien n'est plus vrai.

— Si je suis criminel, dit Argow, je suis sûr que vous vous repentirez toute votre vie d'avoir fait sauter la tète à un homme, car il est possible que, bien que je sois innocent, on trouve des preuves... mais il n'y en a pas... Si je suis innocent, vous êtes gravement compromis, et l'on n'arrête pas, impunément, un homme comme moi... De toute manière, qui diable pourra vous en vouloir, de ce que je me sois sauvé par le tuyau de votre cheminée... Ecoutez-moi ? vous n'avez aucune responsabilité, rien ne {Po 209} peut vous atteindre, je vous offre cent mille francs pour m'ouvrir la porte ce soir...

— Cent mille francs !... s'écria Leseq, et où sont-ils ?...

— Tenez !... s'écria Maxendi en ouvrant son porte-feuille et étalant des billets de banque, les voyez-vous !....

Le maître d'école resta stupéfait.

— Ce n'est pas tout, je veux vous mettre la conscience à l'abri de tous remords : si je demande à fuir, vous devez tout naturellement me croire coupable... Il n'en est rien, je veux sortir parce que je veux me venger et qu'il faut que dans trois jours je sois à Paris ; que si je reste ici une nuit de plus, on me transférera à À...y ; et que là, il faudra que j'attende que mon affaire s'éclaircisse : or, concevez-vous une vengeance retardée ?... tandis qu'il faudrait qu'en {Po 210} ce moment même, je jouisse du spectacle qu'un mot va produire... Allons, mon ami, buvons, et songez à cela...

— Cent mille francs pour ouvrir une porte !... s'écria Leseq, attendez, je vais allez consulter M. Gravadel et le curé...

— Imbécille, dit Argow en l'arrêtant, est-ce qu'il faut qu'on sache cela !... écoutez-moi avant tout : vous me répondez que M. Joseph, un grand jeune homme, beau, brun, est prêtre.

— Comment, c'est notre vicaire !...

— Hé bien ! mon ami, s'écria le pirate, allons décide-toi !... car dans deux heures il ne sera plus temps.

— Je crois bien qu'il ne sera plus temps, dit le maître d'école, equites, c'est-à-dire, la gendarmerie va arriver ; on l'attend...

{Po 211} — En ce cas, reprit Argow, je ne te donne plus que trois minutes !... Le pirate mit sa montre, garnie de brillans, sur la table, et pendant que Leseq réfléchissait, il défit sa bague et chercha son épingle, en s'écriant : «Que tout m'écrase, je veux me venger !... »

Ego prendo, tope !.... dit Leseq.

— Et tu as bien fait, l'ami, répondit Argow, en remettant son épingle dans sa bague. Partons !...

— Et les cent mille francs !...

— Je te les laisse là,... dit Argow ; conduis nous hors le village, et tu viendras les reprendre.

Le maître d'école guida le forban et son matelot jusqu'où chemin de la forêt, et après leur avoir souhaité un bon voyage, il regagna son école et {Po 212} serra les cent billets de banque. Puis, feignant un grand désespoir, il ferma la porte de la prison et se rendit chez le juge de paix et le maire, auxquels il raconta que les deux criminels s'étaient échappés par la fenêtre. Gomme il achevait ses doléances, le procureur du roi et des gendarmes arrivaient à Aulnay pour se saisir d'Argow : on leur fit part de l'évasion, et sur-le-champ les gendarmes se mirent à la poursuite du forban.

Ce dernier, se gardant bien d'aller à son château, se rendit chez Gargarou et courut en poste à Paris.

CHAPITRE XXVIII CHAPITRE XXX


Variantes

  1. par envoyer, Leseq {Po} (nous éliminons la virgule)

Notes