M. HORACE DE SAINT-AUBIN,
Bachelier ès-lettres, auteur du CENTENAIRE.
LE VICAIRE DES ARDENNES

Horace de Saint-Aubin / Le Vicaire des Ardennes / Paris ; Pollet Libr.-éd.; 1822

TOME QUATRIÈME

CHAPITRE XXX.

Bonheur de Mélanie. — Vengeance d'Argow.



{Po 213} Il est impossible de décrire le bonheur pur et suave qui régnait dans l'hôtel de la rue de la Santé ! la douce Mélanie, ayant tout ce qu'elle souhaitait, ressemblait à une sainte nouvellement admise dans le séjour des bienheureux. Cette volupté tranquille n'offre aucun trait à l'art du poète ou de l'écrivain : c'est comme la peintures du paradis que rien ne peut désigner à l'esprit, parce qu'une fois qu'on a dit : « Ils ont tout le bonheur possible, » on a tout dit, car il n y a pas de nuance dans la perfection ; c'est le bien et le mal mélangés {Po 214} qui donnent seuls des choses saisissables. Enfin, la passion de ces deux êtres s'épura même dans cet état où les passions des hommes prennent une teinte de sensualité. La destinée de ces deux êtres charmans, était de donner à tout ce qu'ils toucheraient la qualité de l'or comme ce roi de la fable. En elfet, ils ennoblissaient tout par le charme de leurs manières, la beauté de leurs âmes et la perfection de leurs qualités.

Mme de Rosann ne fut point déplacée au milieu de cette scène touchante et perpétuelle d'un amour qui devait survivre à ce qui tue les amours. Elle garda si bien le silence sur les secrets terribles de son fils, qu'elle n'en reparla même pas à Joseph, et cette tendre mère sentit le bonheur de Joseph absolument comme si c'était le sien propre, elle ne pouvait {Po 215} quitter Mélanie dont la douceur, la beauté et le charme la séduisaient. Enfin, Mme de Rosann, voulant rendre cette félicité durable, et la mettre hors de toute atteinte, la placer hors de la portée des dévorantes mains du malheur, usa de son crédit et de celui du marquis pour faire cesser les vœux de son fils et le relever de ses sermens de prêtre. Elle se trouvait parente de l'ambassadeur à Rome, et i'évêque d'A......y connaissait un des cardinaux les plus intimes avec le S. Fère. Ainsi, sans instruire son fils de toutes ses démarches que le succès sembla vouloir couronner, elle comptît, un beau jour, rendre son cher Joseph tout-à-fait heureux, en lui apportant le bref du pape qui le séculariserait, et l'ordonnance du roi qui transporterait sur sa tête le titre et la pairie de M. de Rosann.

{Po 2l6} Ainsi, tout se préparait pour le bonheur de ce couple, et la fortune paraissait devoir leur sourire pour toujours. Hélas ! le démon avait décrété que l'être qui s'était acharné sur leur famille la poursuivrait sans cesse.

Quoique le vicaire fût parvenu à faire taire tous les cris de sa conscience, ou du moinsà les écouter sans laisser paraître sur son visage le chagrin qui le dévorait, Mélanie n'en devinait pas moins que son mari n'était pas tranquille.

Un soir, que Joseph avait été obligé d'accompagner M. de Rosann à une réunion diplomatique, et que Mélanie se trouvait seule avec Mme Hamel, la jeune femme poussant un soupir, regarda sa seconde mère et lui dit :

— Mère, as-tu remarqué comme par fois mon Joseph est rêveur ?

— Ma fille, c'est tout simple, les {Po 217} hommes ont souvent à penser aux grandes affaires dont ils s'occupent.

— Mais, petite-mère, Joseph ne serait pas rêveur pour cela....... Tiens, bonne mère, laisse-moi t'expliquer ma pensée : je suis tellement heureuse, que je ne puis me comparer qu'à un ciel pur dont l'azur doux et tranquille, ne présente aucun nuage ; hé bien, certes Joseph ressemble à ce ciel enchanteur, mais il y a sur lui, ce voile que l'on aperçoit quelque fois dans l'air lorsqu'il fait du vent, et que l'on est sur une haute montagne.

Mme Hamel restait ébahie en contemplant a le visage de Mélanie qui resplendissait de grâce, et sur le front de laquelle toute la poésie de ses idées apparaissait : Mélanie se mit à sourire, en se souvenant que jamais la bonne femme n'avait pu se mettre {Po 218} à la hauteur d'une idée poétique ; et elle reprit ainsi :

— Ecoutez-moi, ma mère.

— Je t'écoute, cela me fait plaisir, mais je ne te comprends pas.

— Tiens, dit Mélanie, regarde la glace, vois-tu cette tache qui en ternit l'éclat ?

— Hé bien ? dit Mme Hlamel.

— Hé bien, reprit Mélanie, cette tache est l'esprit de Joseph, et l'autre partie de la glace c'est le mien.

— Où vas-tu chercher tout ce que tu dis, petite fille, dit Mme Hamel, tu t'amuses de moi... Joseph est heureux, il n'a pas de chagrin.

— Si, ma mère, il en a... c'est-à-dire, il est heureux, mais son bonheur n'est pas complet. J'ai peur, ou qu'il ait une maladie chronique qui le ronge, ou qu'il n'ait pas trouvé en moi, tout ce qu'il s'imaginait trouver... {Po 219} Je le lui demanderai !... dit-elle en versant une larme.

— Quellcs chimères tu inventes ! s'écria la bonne femme.

— Non ma mère, je n'invente rien : pour mon malheur, j'ai une âme trop la sienne, je sens, par contre-coup, ce qu'il a dans son cœur, car il n'a pas une pensée qui ne soit la mienne, et je soutiens qu'il n'est pas le même qu'il aurait été si, n'ayant jamais su que nous étions frère et sœur, nous nous étions épousés à la M.......

— Mais, qui te fait présumer toutes ces choses-là ? dit Mme Hamel en posant ses lunettes sur ses genoux, et regardant la pendule qui marquait onze heures.

— Ma mère, quelquefois je le regarde, il ne me sourit pas : souvent, dans son sommeil, éveillée par des {Po 220} rêves ou l'inquiétude, je tâte son front pour m'assurer qu'il est toujours-là ; son front est brûlant : il parle, et il semble en dormant, se disputer avec des étrangers qui veulent qu'il soit prêtre.... Enfin, que veux-tu, mère aimée, je sens qu'il a quelque chose dans son âme ; hier, il entendait une cloche de St.-Etienne, il a dit : « En voilà un d'heureux !.... » Son accent disait encore bien plus que sa parole elle-même.

— Mélanie, interrompit la bonne femme, il est tard.... adieu !

— Adieu !... tu devrais rester, pourtant, car Finette est sortie.... Elle est sourde, la pauvre mère, se dit-elle ; en effet, Mme Hamel n'avait pas entendu, et elle s'était en allée.

Mélanie demeura toute seule dans son grand salon, comptant les minutes, et croyant que chaque voiture {Po 221} était celle de Joseph. Après un moment de réflexion, elle s'écria : — « Bah ! Mme Hamel a peut-être raison, je me forge des chimères... » Au bout d'un quart d'heure elle dit : — « J'ai froid... mon âme frissonne en elle-même, il va m'arriver quelque chose.... »

Elle regarda le salon, écouta au milieu du silence, en cherchant des sons. Dans le lointain, elle entendit le roulement d'une voiture : le roulement approche... son cœur bat. — « Oh ! dit-elle, c'est Joseph !.. » En effet, le carrosse entre dans la cour, elle s'élance, en éprouvant un frisson général b !... la porte s'ouvre... Argow paraît... Mélanie tombe dans sa bergère, et l'effroi la glace.

— Vous attendiez votre mari !.... dit le pirate avec un sourire exécrable. Ma belle fugitive, n'ayez aucune peur de moi... Tenez, je reste à cette {Po 222} place, et je jure de m'y tenir... je ne vous condamne qu'à une seule peine, celle de m'entendre...

— C'est un effroyable supplice, répondit Mélanie, et je veux m'en délivrer...

— Non, vous ne m'échapperez pas ! J'ai tout prévu, vous êtes à moi !...

Mélanie fut en proie à une profonde horreur, en voyant que les cordons de sonnette étaient coupés.

— On n'en remontre pas à un homme qui veut se venger, dit Argow, toutes mes précautions sont prises : votre mari ne reviendra que dans une heure, vos gens n'y sont pas. Finette est absente, et on la retient, vous êtes en ma puissance... mais je ne vous toucherai pas !.. Je vous abhorre !.. s'écria-t-il avec énergie. Oui, pour dévorer le charme de cette minute de vengeance, j'ai tendu, comme {Po 223} l'araignée une toile invisible. Puisque je dois être un démon, je le serai jusqu'à mon dernier soupir !.. et, vassal de Satan, je ferai tout le mal que je pourrai, puisque tu as refusé, beauté cruelle, de me tendre la main pour me tirer de l'ornière du crime.

— Ah ! ne me parlez pas ainsi...

— Ne pas te parler ?... Ce que je vais te dire, retentira dans ton oreille jusqu'à ta mort !... Elle s'approche, Il y a un fer sur ta tête, il tient à un fil, je vais le couper !...

— Non, monsieur, dit Mélanie, avec un léger sourire, mon bonheur et ma vie, ne sont plus entre vos mains...

— Enfant, répliqua le forban avec le ricanement de la mort, je te l'ai dit, je suis extrême, et le jour que je deviendrai vertueux, je le serai trop peut-étre !.. mais en ce moment. {Po 224} je ne veux qu'une seule ehose, me venger !... et, je t'ai prévenue jadis, de ne jamais exciter la tempête qui renverse les forêts, parce que tu n'es qu'une fleur !...

Mélanie, stupide, l'œil fixé sur le visage énergique d'Argow qui restait calme, ressemblait à une statue.

— Un reste de pitié m'anime, continua le pirate, et je te laisse une minute de bonheur, avant d'attacher, pour toujours, le chagrin dévorant à ton jeune cœur.

Maxendi se tut, puis, après un moment, il dit :

— Tu aimes M. Joseph ?..

— Oh oui !... et un sourire vint errer sur la lèvre glacée de Mélanie.

— Ton amour est fondé sur l'estime ?

Elle fit un doux mouvement de tête.

{Po 225} — Elle va cesser, reprit le pirate.

— N'achevez pas, la calomnie déshonore l'homme !... s'écria Mêlanie.

Le pirate se mit à rire, et lui dit :

— Mélanie, tu te crois belle, vertueuse... tu n'es qu'une infâme, ton mariage est nul, ton mari est prêtre !.. et lu es... une concubine !.. Tu rougis ?... tu peux t'en dispenser, tes pareilles ne rougissent jamais.

— Je meurs !.. s'écria, Mélanie, je meurs !.... au secours ! ah ! je suis frappée à mort, je le sens.

— Joseph, cet homme rare, continua Maxendi, en jouissant de l'agonie de sa victime ; ce Joseph si chéri, est un scélérat, il t'a menti !.. il t'a abusée !...

Non, non, dit elle, mon frère est vertueux !.. Son cri d'amour était déchirant.

{Po 226} — Vertueux ?... comme toi... Vous êtes plongés dans la débauche, l'infamie...

— Est-ce tout ? reprit Mélanie avec calme, et en contenant sa terreur.

— Non !., dit Argow froidement, ce n'est rien !...

— Comment, ce n'est rien !.. s'écria la jeune femme, en frissonnant.

— Oui, tu vas venir à mes pieds, je vais t'y voir !... dit-il avec une hideuse expression de rage, en lui montrant le parquet. Mélanie le regarda fixement, comme l'agneau qui tremble devant le Boa de l'Afrique.

— A tes pieds !... murmura-t-elle faiblement, avec l'accent de l'aliéné qui rit de sa propre souffrance.

— Oui, reprit le forban, je veux que ma vengeance soit éclatante : crois-tu, que je sois satisfait du chagrin qui va t'assaillir ?.. N^on, non, je {Po 227} veux que toute la terre sache que tu n'es qu'une infâme, que Joseph aille sur l'échafaud !..

— Taisez-vous, taisez-vous !.. monsieur iMaxendi,.... par grâce, taisez-vous...

— Sur l'échafaud, répartit-il, en appuyant sur chaque syllabe du mot ; qu'un procès criminel fasse retentir partout : « Mélanie de Saint-André, n'est qu'une concubine !.. » et tu ne trouveras pas un être, en France, qui ne te le dise !.. On ne te recevra plus dans le monde, la mère ne voudra pas que sa fille t'approche ; et, dès demain, un avis sera porté au parquet du procureur-général, pour l'instruire de vos crimes. Ma vengeance sera secondée par celle des lois.

— M. Maxendi, si, pour empêcher {Po 228} un tel désastre, vous voulez me voir à vos genoux, certes, je vais m'y traîner.... La pauvre Mélanie, voyant une espèce d'hésitation sur la figure du pirate, s'avança lentement vers lui, s'agenouilla, lui prit les mains, et, le contemplant avec une expression de supplication, qui aurait attendri un tigre, elle lui dit :

— « Argow, si vous avez eu une mère, que vous l'ayez aimée !... c'est par son doux souvenir que je vous conjure d'épargner Joseph... J'ai, depuis dix minutes, la mort dans le sein, j'ai senti le coup de sa faulx, vous devez être content d'une victime telle que moi !.. C'est vous qui m'aurez tuée !... si... ce que vous venez de me dire est vrai...

— Vous pouvez vous en assurer, répliqua froidement le pirate, si {Po 229} Joseph est prêtre, il est tonsuré, et tel soin qu'il prenne pour vous dérober le sommet de sa tête...

— C'est vrai, dit-elle avec effroi...

— Vous n'avez qu'à l'examiner !...

— Argow, reprit-elle, je vous en supplie, gardez le secret ?...

— Que m'en reviendra-t-il ?

— Un crime de moins, répondit-elle.

— Hé bien, soit !... j'y consens.. Adieu, Mélanie, nous ne nous reverrons plus qu'aux enfers !...

Le pirate s'en alla doucement, en laissant l'épouse du vicaire toujours agenouillée, au milieu du salon. Elle resta dans cette attitude assez long-temps, comme si elle était ensevelie dans une profonde méditation, et elle tendit ses mains en disant :

— Vous me le promettez !... Tiens, dit-elle, il n'y est plus !... Alors, elle se {Po 230} releva, se mit dans sa bergère, appuya sa téte sur une de ses mains, posa son coude sur le bras du siège, et elle ne fut tirée de son absorption, que par une douce voix qui lui dit :

— Hé bien ! Mélanie, ton amour sommeille, je crois ?...

— Qui me parle ?... répondit-elle d'un air égaré.

— Ab ! ciel ! qu'as-tu, Mélanie ?...

Alors, elle regarda, reconnut son époux, et cette céleste créature, lui déguisant son chagrin, répondit :

— « Ah ! c'est toi, Joseph, je dormais... quel malheur de n'avoir pas entendu ta voiture, je n'ai pas pu accourir jusques dans l'escalier, et être ramenée, portée dans tes bras !..

— Mélanie, reprit le vicaire inquiet, tu as pleuré !... tu es pâle, changée, tes yeux ne me sourient plus, qu'as-tu ?

— Tiens, dit-elle, Joseph, j'ai fait {Po 231} un vilain rêve !... cela m'a troublée, et j'aurai pleuré en dormant.

— Pourquoi ne t'es-tu pas couchée ? il est une heure et demie...

— C'est une heure sacrée pour nous, dit-elle en s'efforçant de sourire, et de plus, il y a aujourd'hui un mois que nous sommes mariés...

— Mélanie, tu trembles !... s'écria le vicaire effrayé.

— C'est que j'ai froid !

— Tu as froid, et cependant voici un feu qui brûle à dix pas....

— N'importe, mon ami, je suis toute glacée.... toute !... reprit-elle, oh non, mon cœur brûlera toujours..... Joseph, réchauffe-moi par tes baisers.... tiens, assieds-toi-Ià... et Mélanie indiqua à son frère sa place ordinaire dans une causeuse. Le vicaire s'y mit : alors la jeune femme prit la tête de Joseph, et la posa {Po 232} doucement sur son sein palpitant de terreur.

— Qu'as-tu donc ce soir, Mélanie, ton cœur bat avec une violence extraordinaire ! qu'as-tu, ma chérie ?... tu me caches quelque chose, je le répète, car ton œil ne me regarde plus avec cette charmante expression d'amour qui l'anime toujours.... il s'y mêle un sentiment que je crains de nommer....

Pendant que le vicaire prononçait ces mots, Mélanie, tenant la tête de son époux, captif entre ses jolis doigts, caressait doucement les cheveux de son frère... Une horreur secrète l'empêchait de regarder la place de la tonsure, qui n'était pas tellement effacée, qu'un œil exercé ne pût la reconnaître. La fatalité poussait la pauvre infortunée... Elle y jeta un coup-d'œil furtif....

{Po 233} — Mélanie ! s'écria Joseph, Mélanie. Le vicaire prend un flacon et lui fait respirer des sels, elle reste immobile c. Il la couvre de baisers !... A cette caresse, elle r'ouvre son œil et le referme soudain. Le vicaire effrayé, n'ayant aucune idée de ce qui pouvait tuer Mélanie, lui prodigua les soins les plus touchans.

— Mon ami, dit-elle d'une voix faible... je te remercie.... Puis, saisissant le vicaire par une étreinte d'une énergie terrible, elle le serra avec toute la chaleur de l'amour, en l'embrassant avec cette volupté que l'idée d'un sacrifice rend plus ardente et comme frénétique.

— Mélanie, reprit le prêtre avec un ton de reproche, crois-tu qu'une pareille scène au milieu d'un bonheur pur ?....

Pur !... s'écria la jeune femme {Po 234} avec effroi ; mais se rcmettant soudain, elle dit : — Joseph... mon frisson est passé... il a fait place à la fièvre... tiens.... Elle prit la main du vicaire, en la portant à son front ; il tressaillit de terreur, en trouvant Mélanie aussi brûlante que si des torrens de (lammes eussent remplacé le sang dans ses veines.

— Mon ami, dil-elle, ne t'étonne pas de me voir malade.... je t'aime trop pour vivre.... les âmes qui dirigent toutes leurs forces morales vers un seul sentiment, doivent se consumer bien vite quand leur passion est trop-vive.

— Mélanie ! s'écria le vicaire en reculant de dix pas, tu me glaces à mon tour...

— Viens, viens, chéri ! viens et bannis toutes tes craintes.... tu sais {Po 235} que les femmes ont des momens de folie... c'est une méditation trop sombre, faite au milieu de cette nuit, lorsque j'étais seule.... cette tête de mort que nous avons vue à Saint-Etienne la nuit de notre mariage, est venue s'offrir à ma mémoire ; une pensée m'a envahie..... mes esprits se sont trouvés dans une mauvaise disposition... que te dirai-je ?.. .tiens, viens, un baiser remettra tout !..... ne t'absente plus !... Joseph, s'écria-t-elle en l'entraînant, je me sens des forces pour t'aimer plus que jamais !...

Chassant alors de dessus son front les nuages de tristesse funèbre qui le déparaient, Mélanie rejeta son froid de mort et son horreur dans le fond de son âme. Par un admirable dévouement, elle se tut, et revêtit parmi les robes diaprées de la joie, la {Po 236} plus brillante et la plus voluptueuse ; elle s'en couvrit pour toujours, et son mal n'en fit que plus de progrès.

Néanmoins, cette scène singulière frappa le vicaire, qui devint plus pensif, et qui se mit à observer l'étonnant accroissement que l'amour de Mêlanie prit depuis cette fatale soirée. En effet, cette victime de l'amour, couronnée de fleurs, comme ceux qui marchent à la mort dans le jeune âge, redoublait ses témoignages de tendresse, en les imprégnant d'un charme tellement enflammé, que le vicaire ne pouvait s'empêcher de croire que quelque chose de surnaturel agissait en Mélanie.

Ne serait-ce d pas que devant la tombe les jouissances sont plus senties, et que les étreintes à la vie ont plus de force ?

CHAPITRE XXIX CHAPITRE XXXI


Variantes

  1. restait ébahie en contemplait {Po} (hésitation entre et contemplait ou en contemplant ? Nous optons pour la seconde)
  2. un frisson génénal {Po} (nous corrigeons)
  3. elle resta mobile {Po} ( mobile fait contresens ; nous corrigeons
  4. Ne serais-ce {Po} (nous corrigeons)

Notes